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Politique

Gouvernement des patrons

« Faire un effort ». Lemaire et Pénicaud veulent faire payer la crise aux travailleurs

Suite à l’adoption de la loi sur l'urgence sanitaire dimanche dernier, la ministre du Travail Muriel Pénicaud et Bruno Lemaire s’associent pour attaquer durement les travailleurs en première ligne face à la crise.

mercredi 25 mars

Crédit photo : AFP/Ludovic Marin

Dans la nuit de samedi à dimanche, l’Assemblée a adopté la loi d’urgence sanitaire, une loi qui profite de la crise sanitaire pour attaquer violemment les travailleurs et travailleuses, étendant le pouvoir des patrons sur leurs salariés et qu’ont aujourd’hui défendu les ministres du gouvernement, avant qu’elle ne commence à être sérieusement appliquée par décrets et arrêtés.

Les travailleurs, au front et sans armes

Afin de clarifier et d’approfondir les informations, déjà contradictoires, sur cette loi et l’impact qu’elle aura sur les travailleurs, la ministre a été interviewée mardi matin. En qualifiant la chaîne économique qui unit plusieurs secteurs indépendants comme une « autre forme de solidarité », Muriel Pénicaud a précisé qu’il y a « très peu de secteurs où on peut se passer ».
Cette manipulation perverse consistant à culpabiliser les travailleurs dans une période terrible de l’histoire, et de cette manière déguiser l’exploitation derrière l’unité nationale et la solidarité, n’est pas nouvelle, alors que les ministres multiplient les sorties grotesques contre les travailleurs. Comme Gérald Darmanin, qui s’était moqué des soignants en disant que la meilleure prime que nous pouvions leur donner était « respecter les gestes sanitaires ».

Lui et Bruno Lemaire, expliquaient ainsi qu’il fallait que les travailleurs prennent leur congé pendant le confinement pour empêcher les employeurs de perdre encore de l’argent à la fin de la crise. Ce matin tous les ministres étaient ainsi de sortie pour appuyer leurs mesures de casse de droit du travail. Après la logique de privatisation c’était l’heure du grand soutien pour Lemaire, expliquant notamment : « chacun voit bien qu’il y a des secteurs, je pense à l’aéronautique, à l’automobile, qui a besoin de soutien aujourd’hui ». Ce sont les travailleurs qui le voient le mieux, eux que les entreprises veulent remettre le plus vite au boulot malgré les droit de retrait.

Et Pénicaud semble bien décider à les aider, elle a ainsi déclaré qu’il faut « accepter qu’il y ait moins de profitabilité, moins de rentabilité ou de productivité. Le plus important c’est : un, éviter les défaillances d’entreprises, deux, protéger l’emploi et trois, protéger les salariés qui travaillent pour les autres ». D’abord les profits et la rentabilité et en dernier les travailleurs donc, obligés de continuer leurs activités et dans des conditions bientôt encore plus précaires. Pénicaud oublie de préciser ce dont elle entend protéger les travailleurs, si du virus ou de l’exploitation qui se poursuit sans aucun scrupule pour prendre jusqu’au dernier centime de profit. En tout cas, aucune protection n’a été garantie après l’adoption de cette nouvelle loi dont l’application n’est d’ailleurs pas limitée dans le temps pour le moment.

Cette volonté de maintenir à tout prix le fonctionnement des usines et entreprises pour que les patrons ne perdent pas leurs immenses profits, compte tenu du fait qu’aujourd’hui, rien qu’en France, il y a 1100 morts et que les équipements de protection sont insuffisants, peut se résumer par la phrase souvent entendue : on envoie les travailleurs au front et sans armes.

Appel au « patriotisme économique » : le chauvinisme pour sauver l’économie

Pénicaud n’était pas la seule à réclamer un engagement commun et sans différence pour tous soi-disant. Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, qui a annoncé que 730 000 salariés ont été mis en chômage partiel en France, soutient qu’on est face à une « crise économique sans précédent depuis 1929 » et appelle « les grands distributeurs à un nouvel effort : approvisionnez-vous en produits français ».

D’autre part, il est revenu sur la prime de 1000 euros défiscalisée que les entreprises pourront accorder aux employés « courageux » qui prennent le risque (vital) d’aller travailler, en disant que cette prime ne sera plus soumise à « aucune condition » préalable. Ainsi, il continue d’exposer les incohérences qui résident dans les mesures mises en place et l’impression d’une gestion à deux vitesses, entre le confinement généralisé et renforcé et l’obligation pour les travailleurs de prendre les risques nécessaires à faire « un effort » pour l’économie.

Cet appel à un effort commun n’a d’autre intention que d’effacer les inégalités sociales qui sont devenues évidentes ces derniers temps. Au contraire il s’agit de refuser toute union nationale fondée sur de faux principes, comme si les travailleurs n’avaient jamais eu les mêmes intérêts que le patronat et que la crise imposait un arrêt à la séquence de lutte des classes brulante que nous avons connu notamment en France. Surtout, nous devons rompre cette unité nationale, comme l’ont fait les travailleurs en Italie et en Espagne récemment, par la lutte collective à l’instar de celle menée par les ouvriers de l’aéronautique et tant d’autres travailleurs et travailleuses, pour défendre nos vies contre les profits du patronat.




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