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Politique

Une primaire sans éléphant

Faux départ pour les primaires de la gauche

AFP Dans ce premier débat de la primaire de la gauche, les absents n’ont cessé de planer au dessus de celles et ceux qui briguent l’investiture socialiste. Dans un contexte politique ou le PS et ses alliés peinent à exister face à Mélenchon à sa gauche et Macron à sa droite, il s’agissait hier soir pour les sept candidats de lancer une dynamique autour de cette « machine de guerre électorale » que devait être la primaire. Au-delà des candidats déclarés à la primaire de la Belle Alliance Populaire, c’est aussi l’ombre du président qui a plané sur le débat, dans une échéance taillée pour lui que Valls, son ex-premier ministre, n’a pas su préempter. Face à la nécessité pour le PS d’échapper au fiasco pour exister dans ces présidentielles, c’est malgré tout la fébrilité qui a dominé. La peur de faire un faux pas étant plus forte. Pas de grands gagnants mais pas de perdants non plus.

vendredi 13 janvier 2017

Près de trois heures de débat n’auront pas réussi à faire émerger un favori, issus du PS et de ses alliés, en lice pour l’investiture présidentielle. Deux sujets ont été particulièrement importants dans ce premier round de ce qui s’annonce être une pâle imitation de la primaire de 2012, ainsi qu’une piètre opposition à la primaire de la droite et du centre : le bilan hollandiste, autour des deux questions de la loi travail et de la déchéance de nationalité, ainsi que les questions sécuritaire et de programme face au terrorisme. Et c’est autour de ces deux pôles de discussions qu’ont rapidement émergé ceux qui s’annoncent comme étant les principaux éligibles à cette investiture, à savoir Benoît Hamon et Manuel Valls, qui ont eclipsé, dans une certaine mesure, les autres personnalités présentes, entre un Peillon peu convaincant dans la défense du bilan d’Hollande, et un Montebourg qui n’a su ravir à Hamon l’image de « candidat de la gauche » du PS. Quant à Sylvia Pinel, François de Rugy et Jean Luc Bennahmias, les deux premiers ont été sans originalité dans l’éloge ou la contrefaçon de la politique du quinquennat passé, quand le dernier a joué l’originalité jusqu’à admettre son manque d’humour.

La première partie de l’émission était surement la plus difficile pour Manuel Valls, qui a du assumer coup sur coup le bilan de la politique du gouvernement, notamment sur le CICE et la loi travail. Difficile mais pas cauchemardesque, face à des orateurs qui ont tout mis en œuvre pour tenter de se démarquer tout en n’attaquant pas trop brutalement le bilan des socialistes ces cinq dernières années. Equilibre difficile, duquel Benoît Hamon s’est particulièrement bien sorti, s’affichant comme le candidat le plus « à gauche » sur les questions économiques et sociale : il a regretté un CICE « sans contrepartie … avec des résultats décevant ». Mais son élan le plus « radical » contre Valls a surement été contre la loi-travail, mettant en exergue l’exemple du plan de licenciement de La Voix du Nord, plan rendu possible par ladite loi. De son côté, Valls s’est réduit à sa défense habituelle, tentant de faire passer le compte pénibilité, la garantie jeune ou le compte personnel d’activité comme de grande avancée. Benoît Hamon a aussi particulièrement bien réussi à attirer les débats à lui, notamment autour du revenu universel, qu’il a tenté de placer au niveau des « grandes avancées sociales », au même titre que le RMI, ou la Sécurité Sociale.

Finalement, la deuxième grande partie du débat a particulièrement bien profité à Manuel Valls, qui a su, face aux questions des journalistes sur le terrorisme et la sécurité, endosser son costard de premier ministre belligérant. « Nous sommes en guerre » a t il répété deux fois, face à des concurrents qui, faute de trouver des points de désaccords, n’ont pu que se réduire à un éloge de la politique sécuritaire et répressive du gouvernement. Les seules remontrances, sur les assassinats ciblés, n’ont d’ailleurs été que des désaccords de forme : loin de condamner l’interventionnisme français, certains candidats ont tout juste dit que cela aurait du rester secret défense… La course s’est donc fait dans le nombre de policiers et gendarmes à engager en cinq ans : 12 000 pour Montebourg, 9 000 pour Valls et 5 000 pour Peillon. Tous semblaient bien comprendre la gravité que voulait donner Valls à ce moment, au point où aucune réelle critique contre l’usage du 49.3 n’est apparue, alors que c’est bien cela qui aurait pu permettre à Montebourg ou Hamon, se prétendant de la « gauche » du parti, d’émerger.

Ce qui ressort de ce premier tour n’est donc pas un leader pour les socialistes, mais bien une profonde incapacité à trouver un leader. Dans un débat où le moindre faux-pas peut être fatal pour des candidats qui restent des figures assez jeunes du parti et qui s’efforcent depuis 15 ans de le réformer en profondeur, c’est surtout un Parti Socialiste en crise qui est apparu à l’écran, dans un débat sans les ténors de Solferino que sont Aubry, Royal ou encore Hollande. Dans un parti qui cherche avant tout le moyen de survivre, il s’agissait ici pour chacun de faire croire à la force d’une candidature socialiste, face à une pression de plus en plus grande d’Emmanuel Macron, vers qui certains socialistes commencent déjà à lorgner. Une tâche difficile et peut-être irréalisable, quand on se penche sur les deux questions sur lesquelles se sont le plus démarquées certains du débat, à savoir la loi El Khomri et la déchéance de nationalité, justement les deux mesures emblématiques qui ont scellé le divorce entre une partie du « peuple de gauche » et l’héritier de la SFIO.




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