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Du Pain et des Roses

Violences patriarcales

Féminicide : un policier tue sa compagne et fuit, ses collègues s’inquiètent... pour lui

Un policier est en cavale depuis vendredi, soupçonné d'avoir tué sa compagne alors qu’il était déjà connu pour des faits de violences conjugales. Un douzième féminicide de l'année qui révèle le deux poids deux mesures dans le traitement des violences conjugales quand les policiers en sont les auteurs.

lundi 31 janvier

Crédits photo : AFP

Alors que les féminicides n’attirent en règle générale pas l’attention des médias, ce vendredi et durant tout le week-end, le douzième féminicide de l’année 2022 a défrayé la chronique. Vendredi soir dernier, la police découvre le corps de Amanda G., une jeune femme de 28 ans, inanimé dans la douche de son appartement. Tout porte à croire que Arnaud B., le compagnon de la jeune femme, est l’auteur de ce crime. L’homme âgé de 29 ans a disparu sans laisser de trace depuis vendredi et est actuellement recherché par la police.

Or, si l’affaire a déclenchée ce week-end une vague de polémiques sur les réseaux sociaux, c’est qu’elle semble cristalliser à elle seule les privilèges dont jouissent les policiers et l’impasse de la prise en charge par l’Etat des violences patriarcales. En effet, l’auteur présumé de l’étranglement de Amanda G. est policier, en fuite avec son arme de service, probablement alcoolique est déjà connu pour des faits de violences conjugales. En 2019, ce dernier a suivi un stage de sensibilisation réservé au « bas du spectre » des auteurs de violences conjugales suite à des faits de violences sur une ex-petite amie. Avec sa compagne actuelle, le policier, décrit comme « fragile » sur le plan émotionnel, avait réitéré ces violences. Le 17 juin 2021, suite à une dispute, la police intervient au domicile du jeune homme. Sa compagne dénonce à cette occasion les « violences régulières dont elle était la victime », selon Le Journal du Dimanche, mais le policier reste en service.

Alizée Bernard, auteur de Silence on cogne, une enquête sur les violences conjugales chez les policiers et gendarmes, dénonce sur BFM TV l’impasse des dispositifs prévus par l’Etat dits « alternatifs aux poursuites » et suivis par le policier. Elle dénonce une procédure qui tend à faire croire aux auteurs de violences que leur geste n’est « pas si grave que cela », sans « protéger les victimes ». De son côté, le collectif féministe Nous toutes a dénoncé : « Comment un policier connu pour des faits de violences est-il toujours en fonction ?! Ce féminicide aurait pu être évité ».

Mais au-delà de l’horreur du crime, c’est la solidarité corporatiste apparente qui a largement choqué. A commencer par la réaction sur BFMTV de Jean-Christophe Couvy, représentant du syndicat Unité SGP Police FO, interviewé le samedi matin alors que le policier suspecté de meurtre est toujours en cavale avec son arme de service. En direct, le policier a en effet appelé d’un ton calme son « collègue » à « se manifester très rapidement » pour « trouver une solution ensemble ». Il surenchérit en apportant son soutien au policier en fuite à qui il indique « qu’il ne se sente pas seul et qu’il ne commette pas l’irréparable ». Un discours aussi choquant qu’indécent comme le pointe Kaoutar Harchi, écrivaine et sociologue, dans un tweet : « Il ne faudrait pas qu’il “commette l’irréparable” : se donner la mort. Mais il a déjà commis l’irréparable : tuer une femme. Tout des commentaires laisse entendre que la vie de cet homme compte plus que la mort de cette femme ».

Une solidarité au sein de la police que certains ont également perçu dans le traitement de la cavale du policier. Le refus de donner le signalement du policier en fuite ont été critiqués par les internautes comme des marques d’un deux poids deux mesures visant à protéger les policiers, même lorsqu’ils commettent un crime. Le compte Stop Féminicides a ainsi dénoncé le refus apparent des forces de répression de lancer un avis de recherche et de publier le signalement de Arnaud B. ainsi que le numéro d’immatriculation du véhicule avec lequel il a pris la fuite.

En ce début d’année marqué par les violences patriarcales, on ne peut que constater une fois de plus que les moyens nécessaire pour éviter les féminicides ne sont pas à la hauteur. Les déclarations de bonnes intentions de Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur, à propos de la révocation des policiers et gendarmes condamnés à de la prison pour violences conjugales ne sauraient suffire à prendre en charge le problème. Les policiers auteurs de telles violences sont rompus aux procédures et aux techniques pour « minimiser les faits » comme le souligne Alizée Bernard. Face à l’État qui organise, reproduit et légitime ces crimes et toutes les violences faites aux femmes, seul un féminisme de combat qui revendique des salaires décents pour les femmes, des centres d’acceuil en cas de violence et qui lutte contre la précarité est a même de mettre un terme à ces violences.



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