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L'Europe des barbelés

Fichages, expulsions, internements... L’Allemagne renforce sa traque contre les migrants

Mercredi dernier, Olaf Scholz a pris une série de mesures afin de renforcer la politique anti-migrants de l'Allemagne. Plus d’expulsions, renforcement de la police aux frontières, accords économiques avec les pays de départs, une politique qui se déploie à travers toute l'Europe.

Léo Stella

17 mai 2023

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Fichages, expulsions, internements... L'Allemagne renforce sa traque contre les migrants

Crédits photo : Parlement Européen

Le 10 mai après une réunion avec les 16 dirigeants des Länder, Etats-Régions allemands, le gouvernement allemand a pris une série de mesures afin de lutter contre « l’immigration illégale ». Sous couverture de cette logique raciste entre le « bon et le mauvais migrant », l’Allemagne s’apprête à faire un saut dans la répression des migrants aux frontières ainsi que dans la traque et les expulsions de ces derniers. Une politique d’ensemble des pays membres de l’Union Européenne, en prévision du prochain pacte européen Asile et Immigration prévu pour 2024.

Un nouveau saut dans la politique xénophobe allemande

Les mesures annoncées par le chancelier social-démocrate Olaf Scholz (à la tête d’une coalition avec les Verts et les Libéraux) se déploient selon deux axes : renforcer les mesures répressives à l‘intérieur du territoire tout en fermant davantage les frontières.

Pour le premier point le gouvernement allemand compte s’appuyer sur une refonte des systèmes informatiques afin d’améliorer les capacités de traitement des demandes d’asile ou de visa de manière expéditive afin de pouvoir plus facilement mettre en place l’expulsion de ceux qui ont été refusés.

En parallèle de cette rationalisation administrative des traitements pour expulser davantage, le gouvernement prévoit des changements réglementaires afin de pouvoir enfermer plus systématiquement et plus longtemps les déboutés du droit d’asile, la durée maximale de rétention en vue de l’expulsion doit ainsi être portée de 10 à 28 jours.

Par ailleurs, Olaf Scholz compte s’appuyer sur des accords d’incitation ou de contraintes économiques envers les pays de départ pour faire accepter les multiplications des expulsions comme le rapporte France 24 : « Il s’agit de faciliter l’arrivée de personnel qualifié en provenance de ces pays, mais en contrepartie, de conclure des accords très clairs sur le retour de ceux qui seront déboutés, a dit Olaf Scholz. ».

De l’autre côté, le chancelier et les gouvernements fédéraux prévoient aussi un contrôle policier plus systématique aux frontières grâce à des accords bilatéraux avec ces pays voisins comme elle le fait déjà avec l’Autriche ou la France. L’accord avec la France consiste en la mise en place d’une une police commune afin de réprimer toujours plus durement les migrants qui tenteraient le passage de frontière entre les deux pays au gré des refus de demandes d’asiles. Voilà le sens de la solidarité et de la coopération pour l’Union européenne du capital et des barbelés.

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Une politique globale de l’UE et de l’OTAN

Le Pacte Asile et Immigration prévu pour le printemps 2024 prévoit une homogénéisation des réglementations européennes selon les mêmes axes que ceux mis en avant par Scholz ou en France par Macron. L’UE se prépare, une fois de plus, à la surenchère sécuritaire aux frontières (drones, tours de guet, renforcement de Frontex) tout en perfectionnant la chasse aux migrants que ce soit par des échanges bilatéraux entre pays membres ou encore le renforcement d’Eurodac, système biométrique qui permet l’identification de toute personne entrant dans l’espace Schengen et donc la traque des migrants. Les impérialistes européens comptent peser de tout leur poids sur les pays semi-coloniaux pour accélérer les expulsions, quitte à menacer économiquement des pays comme le Pakistan à l’image des propos tenu par Ursula Von Leyer dans une lettre envoyée aux 27 fin janvier : « Des mesures rapides sont nécessaires pour garantir des retours effectifs de l’Union européenne vers les pays d’origine en utilisant comme levier toutes les politiques, tous les instruments et tous les outils pertinents de l’UE ».

Cette orientation était déjà au cœur des résolutions du sommet de l’OTAN, tenu à Madrid en juin 2022, qui définissait l’immigration comme une « menace hybride ». Au sein de l’Union européenne, les mêmes politiques sont appliquées dans les différents Etats qu’ils soient d’ailleurs gouvernés par la droite ou par la gauche.

Ainsi, si Pedro Sanchez (Premier ministre espagnol à la tête de la coalition PSOE/Podemos/PCE) refuse l’édification de nouvelles clôtures barbelés financées par des fonds européens (simple désaccord comptable), il est en pointe du modèle qui veut resserrer la dépendance économique des pays d’origine des migrants pour utiliser ces derniers comme des monnaies d’échange contre des « aides au développement ». Il promet que « l’Espagne va travailler dur pour parvenir » à un consensus sur le pacte européen sur l’immigration. L’Espagne sous-traite en effet désormais directement le traitement des migrants à la monarchie marocaine et laisse les gens mourir dans les barbelés de Ceuta et Melilla.

En Belgique, en plus de restreindre l’accès au regroupement familial, l’accord gouvernemental de mars sur les migrations donne la possibilité au gouvernement de doubler les expulsions en l’espace de deux mois. Pour cela, le premier ministre Alexander De Croo a mis en place une meilleure « coopération » avec les pays d’origine pour pouvoir accélérer les expulsions tout en facilitant le système juridique d’expulsion et le pistage des migrants avec la mise en place de nouvelles forces répressives.

Pas besoin d’être dans l’Union Européenne pour mener les mêmes politiques, puisqu’en Angleterre, le premier ministre conservateur Rishi Sunak travaille sur [un projet de loi relatif à l’immigration qui permettrait de détenir les migrants « illégaux » dans des ferries, camps militaires ou prisons sans possibilité de libération sous caution ni réexamen judiciaire dans les 28 premiers jours de leur détention, jusqu’à ce qu’ils puissent être expulsés. Après des accords avec le Rwanda, le Royaume-Uni peut aussi désormais utiliser ce pays comme zone de transfert pour y déporter et interner les demandeurs en attente de l’asile. Le gouvernement anglais travaille également à une refonte informatique des systèmes d’enregistrement et d’expulsion des migrants.

Dans toute l’Europe, les efforts sont mis à la rationalisation bureaucratique froide, à l’accélération des procédures et au renforcement des forces de police, destinées à harceler, violenter les migrants, à les pourchasser jusqu’en éventrant les tentes comme le fait si bien la police française. Récemment, Olivier Véran, qui se rêve en rempart face à l’extrême droite, expliquait que c’est ainsi que l’extrême droite pouvait baisser. En même temps qu’ils dégradent les conditions de vie et de travail, les sociaux-démocrates, les libéraux et la droite sur tout le continent appliquent d’ores et déjà le programme de l’extrême droite quand ils ne font pas directement alliance avec elle.

Gérald Darmanin a même désormais pour objectif de faire pire que l’extrême droite comme l’illustre sa surenchère xénophobe avec Giorgia Meloni, chacun accusant l’autre d’une répression insuffisante.

Derrière les tensions passagères, tous ont pour objectif de continuer à faire de la de la Méditerranée un immense cimetière. En France, alors que le gouvernement remet sur le tapis la loi Immigration et qu’elle mène son opération impérialiste et coloniale à Mayotte il est urgent que le mouvement social qui s’est levé contre la réforme des retraites se mobilise contre ces politiques racistes et meurtrières et revendique l’ouverture des frontières et la régularisation massives des sans-papiers.


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