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Du Pain et des Roses

Pride des Banlieues

« Fier·e·s et banlieusard·e·s » : 10 000 personnes marchent à Saint-Denis pour les fiertés LGBTI+

Ce samedi, quelques 10 000 personnes se sont retrouvées à Saint-Denis pour célébrer la troisième Pride des Banlieues dans une ambiance festive et revendicative pour le droit au logement, l’accès à la santé et contre l’islamophobie.

lundi 6 juin

Crédits photo : Du Pain et Des Roses

Ce samedi avait lieu dans une ambiance festive et revendicative, la Pride des Banlieues à Saint-Denis organisée par les quelques 150 bénévoles du collectif Pride des Banlieues. Ce sont environ 10 000 personnes qui, selon l’organisation, sont descendues dans les rues Dyonésiennes pour scander leur cri d’être « fier·e·s et banlieusard·e·s ». Selon Yanis Khames, membre et porte-parole de la Pride des banlieues, cette année la manifestation avait lieu pour « faire entendre la voix des queers des quartiers populaires qui sont victimes de précarité et de racisme ».

A eux se sont joint plusieurs organisations lgbti et anti-racistes dont ActUp Paris, les Lesbians Beyond Borders , le collectif étudiant IEL8, les Divines LGBTI+, le collectif des goudou.e.s sur roues, l’association LGBTQIA+ de Saint Denis, l’Association pour la Reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et trans à l’immigration et au séjour (ARDHIS) ou encore le syndicat Solidaires.

Le droit au logement et à la santé comme revendication vitale pour les LGBTI+

Cette année, les organisateur·rice·s de la marche revendiquaient la création de 100.000 nouveaux logements d’urgence en raison des obstacles vis-à-vis du droit au logement qui concernent les personnes LGBTI+. En effet, selon un sondage fait par Tetu en 2017, 11% des discriminations subies par les LGBTI+ se font dans l’accès au logement.

Selon le rapport d’activité 2020 de Interlogement 93,
ce sont 9 653 personnes qui ont vu leur demande d’hébergement d’urgence refusée. Parmi elles, le porte-parole de l’organisation déclare qu’il existe une surreprésentation des LGBTQI+ en raison des discriminations subies et des exclusions du domicile parental en raison de son identité de genre ou son orientation sexuelle.

Lors de la Pride, Yanis Khames a aussi expliqué que « L’Île-de-France et la Seine-Saint-Denis sont les territoires avec le risque de contamination au VIH le plus élevé. Les LGBTQI+ de quartiers populaires sont donc particulièrement concernés. Pour autant, les offres de prévention et de dépistage restent insuffisantes" ». Sur un visuel publié sur Twitter en fin de mois dernier, le collectif donne les revendications de la pride des banlieues en terme de santé :

La Pride des Banlieues : une manifestation contre la droite homonationale

La manifestation n’a pas manqué de faire réagir les réactionnaires de tout bord à commencer par le journal Marianne, habitué des tribunes transphobes et autre élaboration vaseuse sur le wokisme, qui y dénonce un « identitarisme radical ». Sous la plume de Christine Le Doaré, ancienne présidente du centre LGBT de Paris, on est étonné d’apprendre que la marche mettrait aux derniers plans les revendications proprement LGBT. Même pire, qu’« une instrumentalisation politique des revendications LGBT à laquelle se prêtent des militants radicalisés et de plus en plus coupés des populations qu’ils sont censés défendre » se déroulerait sous nos yeux.

Toutefois, on devine d’où vient le problème lorsqu’elle dénonce que l’organisation de cette marche se fasse en rupture avec une Inter-LGBT qui s’allie avec les syndicats de police, en rupture avec la loi islamophobe « confortant les principes de la république », ou encore contre l’exclusion des personnes trans de la loi PMA. L’utilisation de ce type d’argument fait marcher à plein régime la rhétorique homonationaliste, qui prétend que les revendications LGBT ne devrait se circonscrire qu’à la visibilité, qu’on se devrait se battre uniquement pour être « out » mais que les violences policières, la précarité, ou encore le racisme ne toucherait pas les LGBT+, et alimente la division homophobe, transphobe et raciale de la société.

Contre les discours qui déclarent à qui veut bien tendre l’oreille que les lesbiennes et les gays seraient étranger·e·s aux quartiers populaires, cette marche montre qu’au contraire, les LGBTI+ font partie de la banlieue, y habitent et s’organisent pour revendiquer des meilleurs conditions de vie en commençant par le droit au logement, l’accès à la santé et la lutte contre toutes les formes de discriminations.

Face à Macron, son gouvernement et la montée de l’extrême-droite, construisons la riposte des quartiers populaires !

Les plusieurs milliers de personnes présentes lors de cette marche est un signal clair face aux LGBTI-phobies en ce début de deuxième quinquennat pour Macron ainsi que face à l’avancée des thèses réactionnaires de l’extrême-droite contre les personnes trans.

Dans les prochaines semaines et mois, les conditions de vie et de soins des LGBTI+ seront sous le coup des attaques du macronisme qui promet d’avantage de précarisation dans les métiers de la santé. Dans ce sens, avec les appels de l’intersyndicale à la grève du mardi 7 juin contre les politiques d’austérité et de restriction budgétaire, l’alliance avec les travailleur·euse·s de l’hôpital est une nécessité qui s’impose au mouvement LGBTI+.

Qu’il s’agisse du logement, de l’accès à la santé, ou de la conquête de nos droits, on voit que l’Etat, ses institutions et sa police qui réprime dans les quartiers ne peuvent pas être nos alliés. Aujourd’hui, aux États-Unis, c’est le gouvernement soit disant progressiste de Joe Biden (qui s’était félicité d’avoir nommé une femme noire première ministre) qui laisse passer une offensive réactionnaire qui menace le droit à l’avortement mais aussi les droits trans.

 

C’est pour ça qu’en ce mois des fiertés, nous devons nous battre pour la construction d’un mouvement d’ensemble pour arracher l’ensemble de nos revendications en alliance avec les secteurs qui seront aussi touchés par les prochaines réformes. A commencer par exiger au gouvernement la mise à disposition des quelques 3,1 millions de logement vides détenus par ce dernier ou par des privés. Ces alliances seront la base pour le développement d’un mouvement qui entreprendra une lutte sérieuse contre les idées nauséabondes LGBTI-phobes ainsi qu’une réelle prise en charge de la santé sexuelle en fonction des besoins de la communauté LGBTI+ et non soumis à une logique de profit comme le montre l’arrêt de la production des rétroviraux sous prétexte de manque de rentabilité.



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