^

Politique

Penelope Gate

Fillon, condamné à quatre ans de prison dont un ferme, pourra purger sa peine à domicile

Ce lundi 9 mai, c’était la fin du procès en appel pour l’ex-premier ministre et son épouse dans le cadre de l’affaire des emplois fictifs. Résultats : des peines réduites et un pourvoi en cassation pour laisser traîner l’affaire. Un révélateur du deux poids deux mesures de la justice bourgeoise.

mardi 10 mai

Crédits photo : AFP

C’est la fin du procès en appel pour l’ex-premier ministre, dans le cadre de l’affaire des emplois fictifs de son épouse Pénélope Fillon, qui avait détourné plus de 600 000 euros d’argent public, et le moins que l’on puisse dire c’est que la justice bourgeoise s’est montrée particulièrement clémente.

L’arrêt rendu ce lundi 9 mai par la cour d’appel de Paris le condamne à 4 ans de prison dont 1 an ferme… avec aménagement possible. Les avocats du couple ont aussi immédiatement annoncé un pourvoi en cassation, qui suspend l’application du jugement jusqu’à la fin de la procédure.

Pour rappel, l’affaire Fillon avait éclaté en plein pendant la campagne présidentielle de 2017. Le Canard enchaîné avait révélé que François Fillon, alors candidat de LR, avait fait rémunérer pendant 8 ans son épouse par l’Assemblée nationale pour un emploi « d’assistante parlementaire » imaginaire. Malgré le scandale, Fillon avait maintenu sa candidature, en se contentant de « s’excuser auprès des Français ». Ce lundi, les époux Fillon n’ont même pas jugé utile de se déplacer pour entendre la décision qui les reconnaît comme coupables. De son côté, la Cour d’appel ne s’est pas donné beaucoup plus de peine : Mediapart relève ainsi que « le président de la chambre correctionnelle d’appel […] renonce à lire les motivations du jugement, pour expédier en quelques minutes et sans micro les condamnations et les peines prononcées. »

La sentence prononcée par la Cour d’appel ce lundi ne change rien, si ce n’est qu’elle a bien diminué celle dont les époux Fillon avaient écopé en juin 2020 lors de leur condamnation en première instance. François Fillon avait été condamné à cinq ans d’emprisonnement dont deux ans ferme, 375 000 euros d’amende, et dix ans d’inéligibilité. Pénélope Fillon, quant à elle, avait été condamnée à trois ans d’emprisonnement avec sursis, 375 000 euros d’amende et deux ans d’inéligibilité.

Au final, tout a été revu à la baisse comme le rapporte le même article de Mediapart.Ainsi, pour le plus vieux contrat d’assistante parlementaire, de 1998 jusqu’à 2002, pour lequel les Fillon avaient été condamnés en première instance, ils bénéficient d’une relaxe « au bénéfice du doute ». De la même manière, la relaxe est également confirmée pour les contrats d’assistants parlementaires dont avaient profité leurs 2 enfants. Concernant les dommages et intérêts dus à l’Assemblée nationale, ils ont également été revus à la baisse. Dorénavant, leur amende s’élevera à environ 800 000 euros au total au lieu d’un peu plus d’un million en première instance. Pour finir, Pénélope Fillon est finalement condamnée à 2 ans avec sursis et François Fillon à 4 ans de prison, dont 1 an ferme. Cependant, et comme on pouvait s’y attendre, c’est un « ferme » bien relatif, puisqu’il est prévu que cette peine soit aménagée en détention à domicile avec un bracelet électronique !

L’avocat de François Fillon s’est d’ailleurs réjouit auprès de Franceinfo de cette clémence toute particulière à l’égard de son client : « Depuis le début de cette enquête en 2017, on constate une réduction à chaque étape des fautes reprochées à François Fillon ».

Avocat qui a aussi aussitôt annoncé par communiqué un pourvoi en cassation, qui suspend l’exécution de la peine prononcée. La cour d’appel aura mis six mois à rendre sa décision. Le renvoi en cassation, quant à lui, ne fera que laisser traîner encore plus l’affaire. S’il finit par être condamné en cassation, nul doute que Fillon s’en tirera malgré tout très bien. Il pourra purger sa peine par bracelet électronique, à l’image de Nicolas Sarkozy qui avait été condamné dans le cadre de l’affaire Bygmalion à un an de prison « ferme » à effectuer à domicile. Pour résumer, le pire auquel l’ancien ministre peut s’attendre, c’est d’être confiné dans le château du couple Fillon, situé à Sablé-sur-Sarthe, à mille lieues des conditions carcérales qui concernent des milliers de prisonniers.

Tout comme Sarkozy, celui qui a orchestré un véritable système d’emplois fictifs savaient pertinemment que ce système d’impunité ne l’empêcherait pas de piquer dans la caisse. Pendant ce temps, les Républicains n’ont cessé durant toute la campagne présidentielle de réclamer toujours plus de répression et de baisse des dépenses publiques, Pécresse ressortant la rhétorique sarkozyste qui promettait de « ressortir le karcher » pour nettoyer les quartiers populaires de la « délinquance » et promettait de réaliser 45 milliards d’euros d’économies à l’État.

Cette affaire vient illustrer d’une manière éclatante le deux poids deux mesures de l’institution judiciaire. Alors que Fillon pourra continuer ses affaires en toute impunité, l’État s’acharne contre les Gilets Jaunes, qui subissent des condamnations en chaîne quatre ans après la fin du mouvement. Le 28 mars dernier, l’une des manifestantes était ainsi condamnée à trois mois de prison avec sursis pour avoir crié « Macron explosion. »

En tout état de cause, pour la justice bourgeoise, piquer dans les caisses n’est pas un crime… à condition de faire partie de la classe dominante. Ainsi, cette semaine, des salariés de Carrefour à Rennes se sont mobilisés contre le licenciement abusif de leurs collègues accusé de « vol organisé » par la direction. Le vol organisé par Fillon et ses acolytes, lui, pourra continuer en toute quiétude.



Mots-clés

#PénélopeGate   /    François Fillon   /    corruption   /    Politique