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Monde

Après la condamnation du soldat franco-israélien qui a exécuté un Palestinien à terre

Filmer les exactions de l’armée israélienne, c’est risquer sa vie

En me rendant à Hébron, chez des amis, j’ai rencontré Imad’s Abushamsya. C’est lui qui, le 24 mars 2016 filme le soldat franco-israélien Elor Azaria, qui vient d’être rejugé en appel pour avoir tué à bout portant le Palestinien Abdel Fattah al-Sharif, au cours de l’Intifada des couteaux. En effet, le soldat de Tsahal a tiré de sang-froid une balle dans la tête d’Abdel Fattah al-Sharif alors que celui-ci gisait au sol, maitrisé par l’armée israélienne. La vidéo a fait le tour du monde et aujourd’hui, Imad’s Abushamsya me confie avoir reçu plusieurs menaces de mort et me montre d’ailleurs une photo de lui qui circule sur les réseaux sociaux avec écrit « WANTED ». Lamia Miya, correspondance de Hébron

jeudi 23 février 2017

Il me montre également les multiples messages de menace et de provocation qu’il a reçus « On va s’occuper de toi bientôt », « on regarde tes vidéos et on attend vite les prochaines ». Il m’explique également qu’après la diffusion de la vidéo dans les médias, l’armée israélienne l’a convoqué et lui a demandé d’apporter sa caméra avec lui. La caméra qui lui avait été donnée par une association de militants lui sera aussitôt retirée afin que l’armée d’occupation puisse continuer à tuer des Palestinien(ne)s en toute impunité.

Si les soldats israéliens se permettent ce type d’exécution c’est bien parce qu’ils ont conscience d’être protégés par tout un système qui les encourage à agir comme tel. L’État d’Israël est le responsable de tous ces crimes. Ce n’est pas un hasard, d’ailleurs, si le ministre de la défense Avigdor Lieberman, affirme qu’il faut « cesser de s’en prendre aux responsables des services de sécurité, à l’armée et à son chef d’état-major ». Elor Azaria est l’un des rares soldats israéliens à avoir été condamné. Pourtant, Tsahal est une armée connue pour ses crimes et ses pratiques qui vont à l’encontre du droit international. La « justice » israélienne a condamné Elor Azaria à dix-huit mois de prison ferme assortis de dix-huit mois de prison avec sursis. C’est ce que vaut, pour Israël, la vie d’un Palestinien.

Pour cet État qui, depuis 1967, a emprisonné plus de 850 000 Palestiniens, chaque année, ce sont environ 700 enfants palestiniens de 12 à 17 ans qui sont en détention. A partir de 14 ans, ils peuvent être condamnés jusqu’à dix ou vingt ans de prison pour jet de pierres. Comment pouvons-nous accepter qu’un enfant de 14 ans puisse être condamné à vingt ans de prison pour jet de pierres quand dans un même temps l’armée d’occupation tue sans être inquiétée ? C’est un permis de tuer qui est délivré à chaque soldat de Tsahal.

Le plus effrayant reste néanmoins le soutien massif que l’accusé a reçu de la part d’une grande partie de la société israélienne, alors qu’il n’exprime aucun remords, cette société israélienne pour qui la vie d’un Palestinien ne vaut rien puisque « tous les Palestiniens sont de méchants terroristes ». En Israël, il suffit de dire qu’Abdel Fattah al-Sharif est un « terroriste » pour justifier son assassinat. A aucun moment, on ne se questionne sur les raisons de cet acte. Ce Palestinien à poignardé un soldat, le soldat d’une armée d’occupation qui n’a rien à faire en Palestine. Les soldats qui s’engagent dans Tsahal ont conscience de s’engager dans une armée colonialiste, d’apartheid et raciste. Peu d’israéliens se sont déjà rendus en Palestine, ils ignorent complètement la réalité de la colonisation et jouissent de leurs privilèges en vivant complètement déconnectés de ce qui se passe de l’autre côté du mur.

En France, la question des ressortissants qui s’engagent dans une armée colonialiste raciste et criminelle ne semble poser problème à personne. Pourquoi les Français qui commettent des atrocités en Palestine ne sont-ils pas jugés de la même façon que les Français qui s’engagent dans l’armée terroriste de l’EI ? Jusqu’à quand des criminels de guerre franco-israéliens pourront entrer et sortir du territoire français sans être inquiétés ? A celles et ceux qui prétendent que ce conflit est « loin et ne nous concerne pas », peut-être se sentiront-ils/elles concernés par l’impunité totale dont jouissent leurs compatriotes qui s’engagent dans une armée terroriste.




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