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Politique

Rentrée anti-sociale

« Fin de l’abondance, de l’insouciance » : pour la rentrée, Macron promet la guerre sociale

Pour le premier conseil des ministres suivant les vacances, le chef de l’État a promis mercredi la guerre sociale. Crise climatique, crise économique, guerre en Ukraine : Macron veut faire payer les travailleurs et classes populaires et l’urgence est à un plan de bataille pour l’en empêcher.

jeudi 25 août

Crédits photos : ©Michel Spingler / POOL / AFP

« Fin de l’abondance et de l’insouciance ». Mercredi, les premiers mots du président de la République -préambule d’un Conseil des ministres exceptionnellement filmé- avaient été choisis pour claquer. Une semaine après sa prise de parole appelant à « accepter de payer le prix de la liberté », Macron a confirmé que la rentrée se fera sous le signe des « efforts » et des « sacrifices », termes qu’il a également employés.

Persistance de la guerre en Ukraine, canicule, incendies, sécheresse et orages dévastateurs, flambée des prix, les sujets à l’agenda du gouvernement sont nombreux. Mais face à la catastrophe climatique, sociale et économique déjà là, son orientation est claire : faire payer les travailleurs et les classes populaires.

Dans ce cadre, la référence à « l’abondance » fera sans doute rire -jaune- les quelques 9,2 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, les 3,18 millions de demandeurs d’emplois sans activité et les millions de travailleurs qui peinent à boucler les fins de mois. Cependant, elle en dit long sur le changement de ton du gouvernement.

Il y a quelques semaines, Macron et son gouvernement, maquillaient encore les attaques à venir sous un vernis « social ». Aujourd’hui, le message ne souffre plus de la moindre équivoque et le ton se fait de plus en plus martial : il faut se préparer à payer, et au prix cher, la situation, au nom d‘une « union sacrée » face à la crise.

Mais les appels aux « Français » et au « peuple » masquent mal le clivage entre ceux qui vont effectivement devoir se serrer la ceinture, et la minorité de patrons qui continuent de s’engraisser. Comme un symbole, alors que toutes les études montrent déjà une chute des salaires réels et que parmi les priorités de la rentrée figurent des attaques contre les plus précaires, Olivier Véran, porte-parole du gouvernement, s’est empressé mardi de désamorcer la colère anti-riches qui a marqué l’été en s’inscrivant en faux contre l’idée d’interdire les jets privés…

Du côté des directions syndicales, le discours de rentrée macronien a provoqué une levée de boucliers. Sur BFM TV, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez a aussitôt réagi : « C’est un message décalé. (…) Pour de nombreux Français, les temps sont durs, les sacrifices sont déjà là ». Et d’ajouter : « Les sacrifices, on va s’y opposer ».

Pourtant, le plan en ce sens apparaît totalement dérisoire. Il y a bien une journée interprofessionnelle de mobilisation de prévue, le 29 septembre prochain, mais celle-ci, comme tant d’autres avant elle, apparaît comme une journée sans lendemain, proposée par défaut par des directions restées silencieuses tout l’été. De même, la journée voulue par la NUPES n’est qu’une marche symbolique, visant à soutenir politiquement leur opposition parlementaire sans créer de rapport de forces.

Ce ne sont pourtant pas les raisons de se mobiliser qui manquent. Ni la colère. Alors que le gouvernement cherche à nous préparer à des attaques toujours plus violentes, il faut donc une riposte à la hauteur. De ce point de vue, les travailleurs anglais, en dépit de mobilisations désynchronisées par la stratégie des bureaucraties syndicales, montrent que la grève doit redevenir un outil central contre l’inflation. Une grève reconductible, interprofessionnelle et autour d’un programme ambitieux pour arrêter de payer la crise et augmenter tous les salaires : voilà le plan de bataille qu’il y a urgence à préparer.

Avec une stratégie à la hauteur il serait possible de retourner contre Macron son projet. « Fin de l’abondance et de l’insouciance », d’accord, mais pour ceux qui ont toujours été les seuls à en bénéficier : le grand patronat et les politiciens qui en défendent les intérêts.



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