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Grève dans la santé

Floirac. Contre les salaires de misère, tous les services en grève à la clinique du Tondu

Depuis mardi, tous les services de la clinique privée du Tondu, à Floirac, dans l'agglomération bordelaise, sont en grève. Sur les piquets, les personnels réclament des moyens humains et matériels supplémentaires, et des augmentations de salaires. Une première pour la plupart des travailleuses, qui veulent continuer la grève face au mépris de leur direction.

vendredi 28 octobre

Crédits photo : Révolution Permanente Bordeaux

D’abord lancée par les ASH mardi, une grève a commencé à la clinique privée du Tondu, à Floirac, dans l’agglomération bordelaise. Mais depuis mercredi, c’est une soixantaine de grévistes qui se sont retrouvés, de toutes les catégories de personnel. Les grévistes se mobilisent contre les salaires de misère, les conditions de travail infernales, et le manque de moyens, qui rendent le travail impossible. Symptôme de la surcharge de travail, résultat de l’augmentation de l’activité sans recrutements, une infirmière gréviste nous témoigne s’être retrouvée seule une nuit pour 30 patients. Aujourd’hui, avec la grève, tout le programme du bloc opératoire est annulé, soit plus de 300 opérations ce vendredi.

Administratifs, brancardiers, service de la chirurgie, des urgences, de la médecine, du bloc opératoire, tous les soignants, de la pharmacie, de l’accueil, les ASH, les secrétaires médicales… tout le monde y est ! “Ça couvait depuis pas mal de temps, on alarme depuis très longtemps les cadres, et rien n’a été à la hauteur” nous confient les grévistes.

Pendant ce temps, la direction cherche à diviser le mouvement : entre accusations et mensonges, la pression est à son comble pour culpabiliser le personnel en grève. « On ne se mettra pas à genoux devant cette direction qui ne nous respecte pas » témoigne une des grévistes. Dans les différents rendez-vous avec cette direction, celle-ci ne répond qu’avec du mépris envers les grévistes. « L’ambiance n’est pas constructive » rapporte la déléguée syndicale qui a été reçue. Ce vendredi, les travailleuses se sont mises d’accord : « On veut l’augmentation du point horaire, et l’augmentation des salaires pour tous les services ! » dit l’une d’entre elles dans leur assemblée.

Suite aux propositions indécentes de la direction, qui expriment tout le mépris qu’elle a pour le personnel, les grévistes ont décidé lors d’un vote de porter des revendications supplémentaires pour augmenter les salaires de toutes les travailleuses. Lors du deuxième rendez-vous de la journée qui devait avoir lieu suite à l’assemblée, les délégués du CSE ont essuyé une nouvelle preuve de mépris de la direction, qui a simplement reporté la réunion à lundi, alors même que le PDG Bruno Alfandari part en congés en Suisse ce weekend. En plus de cela, les grévistes essuient les pressions de la réquisition, qui les oblige à reprendre du service alors même qu’ils sont en grève. Par SMS ou appel, avec la menace d’envoyer la police à domicile, la direction de la clinique se fait appuyer par la Préfecture pour casser la grève.

Ils nous ont proposé une prime dérisoire, surtout pour les chiffres qu’ils gagnent eux en haut ! Il y en a ici qui travaillent depuis trente ans, ils ont eu 100€ de prime. C’est rien du tout, aujourd’hui l’ancienneté ne nous sert plus à rien. Pour certains d’entre nous on a des grilles de salaires qui sont en dessous du SMIC ! C’est complètement illégal” racontent les grévistes.

Les grévistes dénoncent également le manque de moyens criant dans la clinique, et plus en général à l’hôpital. Au mois de mai, un service des urgences a ouvert, ainsi que deux salles d’opération technique. “Une ouverture qui ne s’est pas faite de la bonne façon, réagit Vincent de la pharmacie, fin juillet on a dû refermer parce qu’il n’y avait pas de médecin. C’était une ouverture précipitée, pour la bonne image et la publicité”.

Au micro de Révolution Permanente, Clément, infirmier des services de médecine de la clinique raconte : “On manque énormément de personnel, pas de remplacement, on tourne exclusivement avec des intérimaires, on arrive plus à recruter à cause d’un salaire qui est beaucoup plus bas que le reste des cliniques.

Les patients c’est devenu des numéros, des clients, il n’y a plus d’humanité dans notre métier. On n’a pas le temps, avec une augmentation de l’activité mais sans recrutement” nous confie une gréviste du bloc opératoire. “Être deux pour trente patients, c’est pas possible. Il faut qu’en haut ils voient le calvaire qu’on vit. C’est pas normal de pleurer à chaque tournée"

"Que ce soit dans la santé publique ou privée, on est tous dans la même merde. Le manque de personnel, les conditions de travail et le salaire de merde... Aujourd’hui pour que votre grève puisse durer, il faut coordonner la grève avec d’autres secteurs" affirme Marie-Laure Charchar, secrétaire CGT de la blanchisserie du CGU de Bordeaux et militante à Révolution Permanente venue en soutien.

Dans un contexte où l’ensemble du système hospitalier est en crise, à cause des politiques d’austérité qui ont été menées par les gouvernements successifs, et la crise sanitaire qui n’a rien arrangé, cette grève à la clinique du Tondu est symptomatique d’un ras-le-bol dans le secteur de la santé. Mais l’exemple de cette grève, menée dans l’ensemble des services de la clinique, détonne avec les batailles plus isolées qui se mènent habituellement dans le secteur. C’est en ce sens qu’elle donne des perspectives dont pourraient se saisir l’ensemble des travailleurs hospitaliers du privé comme du public, pour exiger des moyens massifs dans la santé, mais aussi, comme pour tous les secteurs du monde du travail, exiger l’augmentation des salaires sans distinction de service et leur indexation sur l’inflation.

Pour les soutenir, contribuez et partagez la caisse de grève Leetchi !



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