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Notre classe

Déconfinement dans les transports

Florent Kivouvou, conducteur de bus RATP à Pavillons-sous-Bois, est décédé du Covid-19

A la veille du déconfinement, nous apprenons avec tristesse le décès de Florent Kivouvou, machiniste RATP sur le dépôt de bus de Pavillons-sous-Bois, du Covid19. Nous apportons tout notre soutien à ses proches et donnons la parole à son collègue Karim Rouijel, délégué syndical RS sur le même dépôt de bus.

dimanche 10 mai

RP : Tu as appris le décès dû au Coronavirus de ton collègue Florent Kivouvou hier, est-ce que tu peux nous en parler ?

Karim : « Florent était machiniste-receveur sur le centre de Pavillons sous Bois, souvent sur la ligne 147, c’est un collègue qui avait peu d’années en régie mais qui était très apprécié, toujours souriant et positif, toujours à donner de bons conseils aux collègues ou à leur remonter le moral. On a vraiment de la peine. Après plusieurs jours en réanimation à l’hôpital Bichât à Paris, il a succombé au Covid-19. On est en droit se demander si ce n’est pas justement lié aux conditions de travail et à notre exposition à beaucoup de passagers. Sa famille organise une cagnotte en ligne afin de participer aux obsèques. »

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RP : Est-ce que vous avez une vision du nombre de collègues contaminés ou décédés du Covid ?

Karim : « Fin avril on était à 110 cas de collègues contaminés, et la RATP compte maintenant au moins 5 décès communiqués officiellement du coronavirus, mais ça change rapidement et on a peu de vision en vérité. La RATP communique très peu et là par exemple c’est nous qui avons dû demander des infos sur le collègue. On aimerait avoir plus de visibilité, connaître le nombre de collègues infectés ou décédés parce qu’il n’y a aucune transparence là-dessus ! Les infos on les a entre nous, mais la RATP reste muette alors qu’il s’agit de nos collègues ! »

RP : Quelle est ta vision sur le 11 mai et la reprise d’un trafic plus dense en période de pandémie ?

Karim : « Ce qui nous paraît impossible c’est que les gestes barrières et la distanciation puissent être respectés dans les bus. De mon point de vue, les moyens pour protéger les salariés ou les voyageurs ne sont pas suffisants ! Beaucoup des collègues vont venir la boule au ventre et se disent qu’ils n’ont pas le choix. Le nécessaire n’est pas mise en place par l’employeur vu la réalité de la situation et il y a un fort sentiment d’être un peu envoyé au casse-pipe. Entre les décisions du gouvernement et le peu de mesures mises en place on a très peur d’une deuxième vague. »

RP : Justement quelles sont les conditions sanitaires mise en place pour la sécurité des agents ?

Karim : « Alors ce qui nous a été dit c’est qu’ils allaient mettre rapidement en place un nettoyage par nébulisation journalier au dépôt, qui est un procédé qui asperge les bus pour les décontaminer globalement, déjà utilisé par d’autres sociétés de transport, mais on ne comprend pas pourquoi jusqu’alors ça n’a pas été mise en place si c’est si efficace.

Côté agent il leur a été donné un kit, qui a progressivement évolué, au fur et à mesure des annonces.
Chaque kit contient :
- 12 masques chirurgicaux
- 30 lingettes désinfectantes en sachets individuels
- 1 tube de gel hydroalcoolique
- 12 sachets plastiques pour jeter chaque masque usagé

En gros c’est un kit pour se dédouaner et c’est aux machinistes de nettoyer. Est-ce qu’avec quelques lingettes on va protéger des agents du Covid ? Une trentaine de lingettes pour 6 jours, donc 5 lingettes par jour pour nettoyer tout ; la vitre, les boutons, tout le poste de conduite ? On est en période de pandémie et on nous donne des lingettes ! D’un côté on te vend qu’une société de nettoyage va tout désinfecter. Et déjà ça ce n’est pas suffisant et on prétend que toi en tant que simple machiniste, sans formation avec seulement 5 lingettes par jour tu vas nettoyer tout ton poste de conduite et ne pas être exposé alors que tu croises des centaines voire des milliers de personnes.

Donc évidemment les collègues trouvent que le kit n’est pas suffisant et le pire reste à venir puisqu’à partir de lundi il va y avoir des relèves, des prises de service que l’on appelle « station-station », tu vas être amené à relever ton collègue en station et donc à désinfecter le bus toi-même avec une lingette, sauf que les agents c’est par leur métier et ils n’ont pas été formés à désinfecter un bus surtout en période de pandémie. Le bus roule donc toute la journée sans être désinfecté, il sort du dépôt le matin et il rentre le soir et entre-temps il y a un passage de centaines parfois de milliers de personnes selon la ligne. On sait qu’il y a eu plusieurs agents de contaminés sur le dépôt même si la direction esquive le sujet et se dédouane en disant que si les agents sont contaminés c’est parce qu’ils n’auraient pas suivi à la lettre les gestes barrières et les recommandations. Pour nous il est clair que beaucoup d’agents ont été contaminés sur le lieu de travail. »

RP : Les collègues qui ont des enfants comment ils vivent pour certains le retour au travail et de remettre les enfants au travail ?

« Beaucoup sont en panique par rapport à leurs enfants, ils ont peur de contaminer leurs proches et leurs enfants. La RATP a joué d’un flou sur la question du chômage partiel lié à la garde d’enfant ou pour les personnes à risque pour le renouvellement à partir du 11 mai. Alors que la déclaration du gouvernement c’était prolongement de la garde d’enfant jusqu’au 2 juin et volontariat pour remettre ou non les enfants. En clair la RATP a installé un flou. Et on a dû intervenir avec le syndicat pour clarifier cela.

Les collègues savent que les bus ne sont pas décontaminés comme il faut et ils voient le facteur risque qui est énorme. Et le fait d’avoir appris que beaucoup de collègues ont eu le Covid, ont été hospitalisés et maintenant qu’un autre collègue est décédé, globalement ils ne font pas confiance à la RATP pour assurer notre sécurité. »




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