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Politique

Rassemblement des exploiteurs en Suisse

Forum de Davos. Valls et Macron festoient avec les puissants

Julian Vadis Pour le commun des mortels, la Suisse en janvier fait penser au ski et au chocolat chaud. Pour les grandes entreprises capitalistes, c'est avant tout le forum de Davos. A la table de l'organisation, financée par le millier d'entreprises qui en sont membres, nous pouvions retrouver le tandem Valls/Macron, tout heureux de participer aux festivités. Une nouveauté pour le Parti socialiste qui ne craint plus d'assumer ouvertement son accord avec les intérêts patronaux.

jeudi 21 janvier 2016

Depuis mercredi, et ce jusqu’à samedi, la commune de Davos, dans l’est de la Suisse, est devenu le centre économique vers lequel le monde entier à les yeux rivés. 2 800 personnalités, dont de nombreux chefs d’État ou de gouvernement, les institutions économiques - Christine Lagarde, directrice du FMI, fait parti du « conseil de la fondation World Economic Forum » regroupant au total 23 membres, et qui organise le forum - et des dirigeants de grands groupes tel que ArcelorMittal, Google, Facebook ou encore Total, qui font partie des financeurs de la fondation.

Un grand rassemblement entre gros bonnet du capitalisme mondial, se renforçant d’années en années - le budget annuel du forum est passé d’un peu plus de 125 millions à 200 millions d’euros entre 2010 et 2015 - et qui tient à son vase clos. L’adhésion annuelle minimum avoisine les 40 000 euros tandis que 18 000 euros sont nécessaires pour que chaque PDG puisse participer à l’événement. Une hiérarchie entre les différents membres est aussi mise en place. Pour 100 000 euros vous êtes « Industry Associates », pour 200 000 euros vous êtes « Industry Partners », tandis qu’il faut débourser plus de 400 000 euros pour atteindre la strate la plus élevée, et donc la plus influente : les « Strategic Partners ». Et tout ça, ça fait combien d’années de SMIC ?

Macron et Valls venus chercher la feuille de route du grand capital en matière de réformes économiques et sociales

Les participants « officiels » - comprendre les dirigeants politiques - sont invités par la Fondation. Voila qui en dit long, alors que le rang d’influence est déterminé par la somme versée, sur la marge de manœuvre qu’ont les responsables politiques. Cela n’empêche pas le premier ministre grec Alexis Tsipras de participer à cette grande messe du capitalisme mondial. Pour lui, comme pour l’ensemble des dirigeants politiques présents, il s’agit avant tout de prendre connaissance de la feuille de route établie par les classes dominantes. En effet, selon l’article 3 de ses statuts, la fondation se donne pour tâche d’« améliorer l’état du monde » - venant de la part de Total ou d’ArcelorMittal, c’est presque émouvant - via « les collaborations entre public et privé ». Dans ce but, ses membres « identifient des problèmes au niveau mondial, régional et industriel, cherchent des solutions et, quand c’est possible, créent des partenariats pour agir ».

4 jours où les grandes entreprises capitalistes affichent clairement leur programme politique et économique, et où les dirigeants politiques internationaux affichent au grand jour leurs rôles d’exécutants de ces décisions. François Fillon, sans doute trop malheureux de manquer les petits fours suisses, le revendique d’ailleurs : « Ça ne me choque pas que le Premier ministre, de gauche, aille écouter tous les acteurs de l’économie mondiale », disait-il sur Europe 1. « A condition qu’il les écoute et qu’il tienne compte des évolutions de l’économie mondiale pour établir sa politique ». Soutenir les entreprises transnationales françaises et repartir de Suisse le sac rempli de réformes sociales et économiques à appliquer au plus vite, telle est la raison de la présence du tandem Valls/Macron au forum de Davos.

Au menu du jour néanmoins, les classes dominantes ont plusieurs crises à affronter, comme l’a exprimé le Premier ministre sur place : crise économique, crise des réfugiés, menace de sortie de la Grande Bretagne et lutte contre le terrorisme. Et si la réponse à la crise des réfugiés semble d’ores et déjà trouvée pour les gouvernements européens, entre politique sécuritaire et raciste et mise en place du programme de l’extrême-droite, la question de la Grande Bretagne risque encore un peu de leur faire des cheveux blancs si on en croit la presse. Heureusement, la petite rencontre amicale prévue entre Manuel Valls et le Premier ministre turc - dont la politique de répression des minorités kurdes et des opposants politiques fait sans doute rêver les classes dominantes de l’Hexagone - ne tardera pas à rassurer les esprits.