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Politique

Suspension des accords de Schengen et rétablissement des contrôles d’identité

France-COP21. Bientôt le rétablissement de la ligne Maginot ?

Le gouvernement n’est plus à une contradiction près. François Hollande voulait que la Conférence Climat de Paris (COP21) soit un temps fort de son quinquennat et un tremplin pour 2017. Elle tombe surtout en plein milieu des régionales qui risquent de sanctionner très lourdement les socialistes, et ce sous les yeux de la presse internationale qui sera à Paris pour couvrir la conférence. Des lors, le gouvernement a clairement durcit sa politique. De l'annonce de la reprise des travaux à Notre Dame des Landes, afin de réaffirmer l'autorité d'Etat, à la fermeture des frontières aux manifestants souhaitant rejoindre Paris lors de la tenue de la conférence, le gouvernement PS montre les muscles.

vendredi 6 novembre 2015

Jean-Patrick Clech

Manque de chance en effet pour les ONG et les réseaux, certains très institutionnels, d’autres plus militants, regroupés au sein de la Coalition Climat, qui travaillent sur les questions d’écologie et de changement climatique. Le gouvernement a décidé de faire jouer l’article 23 du Code frontières Schengen qui permet la réintroduction des contrôles à la frontière. Ce sont donc mille obstacles qui sont mis à l’arrivée non seulement des activistes, mais également de personnalités tout à fait reconnues.

Quelle hypocrisie. Alors que l’Élysée et le Quai d’Orsay s’insurgent contre l’élévation de murs et de barbelés aux frontières de la Hongrie ou, dernièrement, de l’Autriche, la France s’apprête à faire de même mais de façon plus virtuelle et moins visible. En cas de « menace grave pour l’ordre public ou la sécurité intérieure », les États membres de Schengen peuvent se permettre de rétablir pour une durée d’un mois les contrôles à leurs frontières. C’est ainsi que Paris se dispose à rétablir entre le 13 novembre et le 13 décembre les contrôles à ses frontières terrestres avec la Belgique, le Luxembourg, l’Allemagne, l’Italie, l’État espagnol et la Suisse.

Aucune raison autre que la « menace » n’a été pour l’instant avancée, mais il est clair que ce dont Paris a peur, c’est de se retrouver face à un afflux de manifestants écologistes radicaux et anticapitalistes prêts à en découdre comme cela a pu se voir lors de l’ouverture de l’Expo Milan 2015 en mai ou lors de l’inauguration du nouveau siège de la BCE à Francfort en mars. Les socialistes ne conçoivent la culture du dialogue que lorsque ce sont eux qui manient le bâton. Et le fait de boucler les frontières a clairement un objectif de gestion policière préventive de questions politiques, telles que celles qui seront abordées par la COP21. Le fait que Paris prenne cette décision un an à peine après l’assassinat de Rémi Fraisse par la gendarmerie qui défendait quelques gros exploitants et les bétonneurs partisans d’un grand projet inutile de barrage en dit long sur les intentions « climatiques » de ce gouvernement.

Par ailleurs, en plus de cette décision, nombre de médias ont pointé que de nombreux activistes, militants ou représentants d’associations ou de mouvements partis prenants de la Coalition Climat se sont vus refuser leurs demandes de visa par les Consulats. Rien de mieux, là encore, pour éviter ses contradicteurs, que de les empêcher de venir à une discussion. C’est le cas par exemple de Mouhad Gasmi, figure de proue de la lutte contre les gaz de schiste en Algérie. Le 21 octobre, il se rend au consulat de France à Alger, muni de l’invitation de la Coalition Climat 21, pour faire sa demande de visa. Le consulat lui accorde bien un rendez-vous, mais celui n’aura lieu que le 5 janvier 2016, soit un mois après la fin de la COP 21. Le président d’Attac Togo a eu encore moins « de chance » puisqu’il vient d’essuyer un refus. Son déplacement ne serait pas motivé.

Côté Quai d’Orsay, on peine à avancer des explications. Et pourtant Laurent Fabius, qui est également chargé du tourisme et du développement international, se félicitait dernièrement d’avoir fixé comme objectif d’attirer en France 100 millions de visiteurs étrangers annuellement pour conforter la place de l’Hexagone en tant que première destination touristique internationale, soit 15 millions de plus qu’en 2013. Parmi ces visiteurs à venir, une hausse de 54% des Chinois à qui le ministère accorde, par le biais des consulats sur place, des visas de tourisme en 48 heures. Mais on l’aura compris, pour faire partie de ces 100 millions de visiteurs, mieux vaut ne pas être réfugié, ni militant. Et encore moins pendant une Conférence au Climat des plus répressifs.




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