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Politique

A droite toute…

Frappes massives en Syrie. Hollande emboîte le pas à Bush

A différence des attentats de janvier, avec la manifestation massive du 11 qui s’en est suivie, qui avaient constitué une sorte de ballon d’oxygène pour Hollande et le régime, le carnage qui vient de se produire pousse le gouvernement à droite et à frapper fort et vite, à la fois en interne et en externe, comme seul moyen de préserver une union nationale plutôt fragile.

dimanche 15 novembre 2015

Les « faucons » mènent la danse ? Les « charognards » plutôt…

Malgré les appels du pied de Hollande, Sarkozy ne semble pas prêt, tel qu’il avait été en janvier, à se mettre gratuitement au service de l’union nationale. La pression du Front national – qui sous prétexte que « la France et les Français ne sont plus en sécurité » appelle à « des mesures d’urgence » pour « anéantir le fondamentalisme islamiste » dont « le retour des frontières » et « le réarmement du pays » – est bien réelle. Durant les 50 minutes qu’a duré son rendez-vous avec le Président, Marine Le Pen est revenue en détail sur ses propositions : expulsions des imams radicaux, fermeture de certaines mosquées, déchéance de nationalité pour les binationaux terroristes, sortie des accords de Schengen et rétablissement des frontières.
Dans ce contexte, Sarkozy et Les Républicains, tout en « jouant le jeu » de l’union nationale, ne se privent pas de critiquer le gouvernement. Dès samedi matin ils réclamaient des « inflexions majeures » en matière de sécurité intérieure et de politique étrangère. L’ex-Président reproche à l’exécutif de ne pas avoir pris la mesure « de l’extrême gravité de la situation ». Sur le plan intérieur il a soutenu que « le principe de précaution doit s’appliquer » et que « nous devons tirer les conséquences des failles et adapter notre dispositif », en mentionnant notamment l’interdiction de la consultation des sites djihadistes, à laquelle le gouvernement s’est jusqu’à maintenant refusé. Sur le plan de la politique étrangère, Nicolas Sarkozy, qui a rencontré il y a quelques jours Vladimir Poutine à Moscou, prône une « coalition unique » contre l’État islamique. « Nous avons besoin de tout le monde pour exterminer Daesh et notamment des Russes », a-t-il martelé. Au niveau européen, Nicolas Sarkozy exige une « nouvelle politique de l’immigration », tout en soulignant qu’« il n’y a pas de lien, naturellement » avec les attentats.

Intensification des frappes en Syrie et nouvelles mesures sécuritaires. Le tournant néoconservateur de Hollande

A l’Elysée on s’achemine pendant ce temps vers une forte offensive sécuritaire, l’ambiance guerrière allant crescendo dans les sphères de la présidence et du Parti Socialiste. « Il faut prendre des mesures de guerre totale. Il faut frapper Daech, de façon rapide, pour le réduire et le battre », résume un dirigeant socialiste. « Les frappes ne suffisent plus », poursuit un proche du Président. « Il faut aller au sol pour éradiquer les mauvaises racines. A un moment donné, mettre du désherbant sur le chiendent ne sert plus à grand-chose, il faut y aller à la bèche. Il faut faire la guerre, aller au sol, avec tout ce que cela comporte : faire des prisonniers, détruire les foyers. »
Pour le moment, Matignon se limite à une intensification des frappes, mais le slogan « nous sommes en guerre » et le durcissement de la politique étrangère sont le pendant de nouvelles mesures sécuritaires et en particulier de la prolongation de l’état d’urgence pendant trois mois. En parlant d’un « acte de guerre » commis par une « armée terroriste » et qui « veut s’en prendre à tous les Français, à ce que nous sommes et ce que nous faisons en luttant contre le terrorisme et par notre politique étrangère », Hollande ne reprend plus seulement à son compte les mesures du Patrioct Act, mais aussi le discours de George Bush après le 11 septembre, qui au nom de sa « guerre contre le terrorisme » avait institué les « ennemis combattants illégaux » pour justifier les mesures exceptionnelles de l’administration américaine.
Le Premier Ministre Manuel Valls ne se laisse pourtant pas doubler et a évoqué sur un ton martial lors de son allocution de samedi l’existence d’un « ennemi intérieur » en plus de « l’extérieur », avant d’ajouter que « Une guerre nécessite des moyens exceptionnels » et que « Il n’y aura pas un moment de répit pour ceux qui s’attaquent à la République. Avec les moyens de l’État de droit, mais forts. (...) Parce que nous sommes en guerre nous devons nous attendre à d’autres répliques. Et nous répliquerons ».
Concrètement L’Élysée affiche son intention de modifier la loi de 1995 sur l’état d’urgence, notamment concernant le « périmètre » et la « durée », actuellement limitée à 12 jours sans vote au Parlement. La poursuite de l’intervention en Syrie serait quant à elle soumise à un vote à l’Assemblée nationale le 25 novembre prochain.

Le tout sécuritaire : jusqu’à où ?

Parallèlement on s’apprête à rajouter une couche sur la déjà très liberticide loi sur le renseignement, votée il y a quelques mois. Certains lobbies liés aux services secrets chercheraient à revenir notamment sur l’encadrement des moyens d’écoute et de renseignements qui ont été accordés aux seuls services de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et du renseignement pour les étendre à un certain nombre de services de police et de gendarmerie. D’autres, parmi lesquelles certains syndicats policiers, prôneraient l’extension des moyens de sécurité au privé, en invoquant l’urgence et la rigueur budgétaire. Les employés de sécurité de la SNCF et de la RATP, déjà armés, pourraient également être autorisés prochainement à fouiller les bagages et les personnes, et des forces de sécurité privées, armées, pourraient assurer la sécurité de certains lieux à la place de la police. L’Exécutif serait en train de considérer ces propositions.
Le tournant « bushiste » du gouvernement Hollande se fait néanmoins en absence des moyens qui sont ceux d’une superpuissance. Il se heurtera fatalement à des obstacles de plus en plus conséquents et peut en ce sens avoir des conséquences encore plus dramatiques pour les travailleurs et les couches populaires en France que ce qui a été le cas aux Etats-Unis. Plus que jamais il est urgent que les organisations du mouvement ouvrier se rassemblent pour stopper la dérive autoritaire.



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