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Politique

Extrême-droite

Emplois fictifs, champagne... : Le Pen et ses proches poursuivis pour détournement de fonds européens

Selon un rapport de l'Office Européenne de la lutte anti-fraude, les eurodéputés du Rassemblement National (RN) auraient détourné environ 140 000 euros d’argent public. Entre bouteille de champagnes, conflit d’intérêt et détournement d’argent public : le RN n’a rien d’un parti « antisystème » !

lundi 18 avril

Crédits photo : AFP

Ce samedi, Mediapart révélait l’analyse d’un rapport de l’Office européen de lutte anti-fraude (Olaf) qui met en cause Marine Le Pen et trois ex-eurodéputés pour détournement de fonds public de 2004 à 2017. L’Olaf a saisi la justice française à la mi-mars et explique que le rapport pourrait « donner lieu à des poursuites pénales contre les anciens députés […] pour agissements frauduleux qu’ils ont commis au détriment du budget de l’Union » Ainsi, le parlement européen réclame un total de 617 379,77 euros à Marine Le Pen, Jean-Marie Le Pen, Louis Aliot et Bruno Gollnisch.

Ce nouveau rapport détaille des chefs d’inculpations indiquant que Marine Le Pen est impliquée dans le détournement de la ligne « 400 » qui concerne les frais à la disposition des groupes politiques au cours de leurs mandats, le détournement de budget à des fins politiques nationales ou encore l’exagération des services fournis par des opérateurs économique ou services fictifs.

Plus précisément, le rapport de l’Olaf relate les dépenses de plusieurs milliers d’euros destinées à financer l’université d’été du FN en septembre 2015 ou encore une des fêtes organisées par Marion Maréchal en 2016. A cela s’ajoute l’achat de 228 bouteilles de champagnes grand crus (pomerol, saint-émilion, etc) dont 113 avaient été livrées à Jean-Marie Le Pen « le 28 décembre 2016, à quelques jours du réveillon de la Saint-Sylvestre », dans ses « bureaux » situées dans son manoir de Montretout dans les Hauts-de-Seine. Le reste des bouteilles ont été consommées au congrès du FN de 2014 à Lyon, où une partie du budget européen a été utilisé pour financer l’achat de goodies estampillés FN. Mais le détournement de fonds ne s’arrête pas là, puisque le budget a aussi été utilisé pour payer des proches et membre du FN/RN, pour financer des événements du parti et comme don à des associations tenues par des proches du RN comme le « Cercle Renaissance » ou « Fraternité française ».

Bien que Marine Le Pen et ses proches se défendent du rapport de l’Olaf en accusant l’absence d’indépendance politique du rapport demandé par l’UE, qui selon elle souhaiterait la mettre en difficulté pour le second tour des présidentielles, le RN n’est pas à son coup d’essai. En 2018, le parti d’extrême droite était visé pour « détournements de fonds publics » par l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF). Le 15 mai 2021, le JDD dévoilait le résultat de l’enquête. Le RN a "par l’intermédiaire de ses cadres et dirigeants, mis en place un système organisé frauduleux de détournement des fonds européens à son profit, par le biais d’emplois fictifs d’assistants parlementaires" pour un total de 6.8 millions d’euros.

Les nombreuses accusations, preuves à l’appui, qui concernent les pratiques du RN à l’égard de l’argent public en disent long sur la nature de ce parti. Malgré le fait que Marine Le Pen tente de capter un électorat dans les classes les plus populaires avec quelques mesures sur le pouvoir d’achat, son parti ne se démarque pas des autres formations politiques en matière de détournement de fonds et de corruption. On pense notamment à l’affaire de financement illégal de campagne « Bygmalion » avec Nicolas Sarkozy, les nombreuses fraudes fiscales des Balkany ou plus récemment l’affaire McKinsey avec le gouvernement en place.

D’autant plus que la candidate, qui continue de tenter de se dorer d’un vernis "social", porte un programme qui a toujours défendu les intérêts de la classe dominante. Comme nous l’expliquions il y a quelques semaines : « A rebours de que veut nous faire croire Marine Le Pen, son programme est loin d’être de « gauche », comme l’avance pourtant une étude du Cevipof. En réalité la stratégie du RN depuis l’échec du second tour de 2017, est de se rendre présidentiable en multipliant les gages adressés à la bourgeoisie. Dans cette optique, le parti d’extrême droite n’a cessé de renforcer son adhésion au néo-libéralisme depuis un an, en particulier sur les aspects économiques ».

Ce rapport apparaît comme une preuve, s’il en fallait plus, que le RN n’est pas un parti antisystème mais profite bien de ce dernier pour ses dépenses personnelles. La candidature Le Pen, qui se présente comme une opposition au macronisme et un vote des classes populaires, est en réalité une digne représentante de ce système. Si une partie des classes populaires se tourne actuellement vers un vote à l’extrême-droite, il est central de comprendre que le lépenisme n’est pas un anti-macronisme mais bien sa continuité sous des traits plus frontalement racistes et anti-migrants. Nous devons refuser le choix réactionnaire imposé par ces élections et commencer à préparer les résistances face au prochain quinquennat dès maintenant.



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