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Arnaque

« Fraude fiscale » : l’enfumage de Macron sur les riches pour mieux avancer contre les travailleurs

Ce mardi, Gabriel Attal a présenté le projet de lutte contre la fraude fiscale du gouvernement. Derrière la tentative de dialoguer avec le sentiment anti-riches se cache un nouvel écran de fumée pour faire oublier la chasse aux pauvres et fermer la séquence contre la réforme des retraites.

Olga Hagen

9 mai 2023

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« Fraude fiscale » : l'enfumage de Macron sur les riches pour mieux avancer contre les travailleurs

Crédit photo : France Inter

Après avoir démarré ses « 100 jours d’apaisement » par des attaques contre les plus précaires et contre les immigrés, le gouvernement a abattu une nouvelle carte pour tenter de calmer la colère : l’annonce d’un plan de lutte contre la fraude fiscale. Macron avait déjà annoncé vouloir « lutter contre toutes les formes de délinquance, contre toutes les fraudes, qu’elles soient sociales ou fiscales » lors de son allocution du 17 avril dernier. Lundi soir et ce mardi matin, dans une interview donnée au journal Le Monde et sur France Inter, Gabriel Attal, ministre délégué chargé des Comptes publics, a précisé la partie du projet concernant la fraude fiscale.

Quand le gouvernement des riches veut faire croire qu’il va s’attaquer aux riches

« Chaque fraude fiscale est grave, mais celle des plus puissants est impardonnable » a notamment déclaré Gabriel Attal auprès du Monde. Le ministre a ainsi tenté de se déguiser lui et son gouvernement en grands pourfendeurs de l’injustice sociale et affirmé sa volonté de cibler « les ultra riches et les multinationales » en présentant son plan contre la fraude fiscale.

Au programme : la création d’un nouveau service de renseignement, le Service d’Enquêtes Judiciaires des Finances (SEJF), le recrutement de 1.500 agents et une hausse de 25 % des contrôles fiscaux « sur les gros patrimoines » d’ici la fin du quinquennat. « Après les Panama Papers et les Dubaï Papers, je veux que le France puisse produire ses propres Papers » a déclaré Attal au micro de France Inter.
Ironique, quand le gouvernement a lui-même supprimé 1.600 emplois depuis 2017 à la Direction générale des finances publiques (DGFIP), et que le verrou de Bercy, privilège donné au ministère concernant les poursuites pour fraude fiscale, est toujours d’actualité. Selon le syndicat Solidaires Finances Publiques, « depuis 2012 ce sont plus de 21 000 emplois qui ont été supprimés à la DGFiP dont 3 000 a minima dans les services du contrôle fiscal ».

Le plan compte aussi durcir les sanctions envers les fraudeurs, en travaillant sur une « sanction d’indignité fiscale et civique » : suppression des réductions d’impôts et du droit de vote durant plusieurs années, sous réserve de la constitutionnalité de la proposition. Enfin, Gabriel Attal « souhaite » que « quand les condamnations ne s’accompagnent pas de peines de prisons, il y ait une peine complémentaire de Travaux d’Intérêt Général ». « En plus de payer son amende, le gros fraudeur fiscal ira repeindre le centre des impôts » a annoncé le ministre.

Malgré cette tentative grossière de faire croire qu’il va tenter de s’attaquer aux évadés fiscaux et aux grandes fortunes, Macron aura du mal à faire oublier qu’il est bien le « président des riches » et le grand ami des patrons et des milliardaires. En effet cette annonce et ce discours absolument hypocrite ne sauraient masquer le fait que ce dernier a, depuis 2017, arrosé le patronat de cadeaux et de réformes favorables aux intérêts des grands capitalistes, tout en s’attaquant aux travailleurs et aux classes populaires : suppression de l’Impôt sur les grandes fortunes (ISF), baisse des impôts sur les entreprises, loi travail, privatisation des transports publics, réforme des retraites… D’ailleurs, le Président de la République lui-même avait été rattrapé par le fisc en 2016 et obligé de payer l’ISF après qu’il ait évalué son patrimoine à la baisse.

Pour calmer la colère sociale et mieux s’attaquer aux pauvres

Mais cette annonce qui a tout d’un enfumage ne vise rien d’autre que de mieux faire passer la pilule des attaques que le gouvernement est bien décidé à mener contre les travailleurs et les plus précaires. En effet, ce « plan contre la fraude fiscale » s’accompagne d’un volet contre… « la fraude sociale », à savoir la « fraude » aux minimas sociaux. Dans cet élan les deux « fraudes » sont pratiquement mises sur le même plan. D’ailleurs, au lendemain de l’annonce des « 100 jours d’apaisement » le même Gabriel Attal était sur les plateaux pour évoquer un durcissement des conditions d’attribution des minimas sociaux et des allocations sociales en ciblant tout particulièrement les travailleurs immigrés.

De la même manière, lorsque ce mardi sur RTL, Pascal Praud demande à Gabriel Attal s’« il faut contrôler tout le monde », notamment les chômeurs, Gabriel Attal répond « Oui, mais là je présente le plan fraude fiscale. D’ici à la fin du mois, je présenterais la partie fraude sociale de mon plan ». Au même moment où il se fait le parangon de la justice sociale, Gabriel Attal a ainsi été chargé de poursuivre la chasse aux pauvres et notamment celles et ceux qui touchent le RSA. Il a ainsi réaffirmé le projet de réforme du RSA et un conditionnement de son versement à 15-20h hebdomadaires « d’activités ».

La manœuvre politique est claire : après la mouvement contre la réforme des retraites, le gouvernement cherche à donner des gages de justice sociale en prétendant s’attaquer aux plus riches… Pour mieux s’attaquer aux pauvres dès la fin du mois. Dans le même temps, ces récentes annonces combinées aux attaques contre les plus précaires visent à draguer des couches de l’électorat appartenant aux « classes moyennes ». Ainsi Attal a pris soin d’affirmer que l’objectif de ce plan était d’alléger « la pression sur le petit contribuable »… tout en partant en croisade contre les allocataires du RSA.

Par ailleurs, le ministre précise dans son interview au Monde que pour faire des économies, le gouvernement lorgne sur les indemnités journalières de l’assurance maladie. A la manière des attaques successives contre l’assurance-chômage, il faut s’attendre à des critères d’accès toujours plus complexes, à une hausse du flicage et à une baisse des indemnités. Macron et ses ministres sont prêts à s’en prendre aux travailleurs abîmés par leur emploi. Tout un programme après la réforme des retraites.

Alors que la colère de l’ensemble des couches de la classe ouvrière et des classes populaires contre Macron et son gouvernement est de plus en plus forte et s’est fortement exprimée durant plus de trois mois au cours du mouvement contre la réforme des retraites, cette annonce de « plan contre la fraude fiscale » vise à faire oublier l’attaque des retraites et à dialoguer avec le sentiment d’injustice vis-à-vis des grandes fortunes qui continuent de s’enrichir. Et ce à mesure que les profits des grands patrons sont toujours plus faramineux et que les conditions de vie et de salaires de la majorité de la population sont de plus en plus dégradées, notamment avec l’inflation.


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