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Frichti régularise 100 grévistes sans-papiers pour calmer la colère

Ce mardi, les grévistes sans-papiers de la plateforme Frichti ont obtenu plusieurs acquis, dont la régularisation de la moitié d'entre eux. Une victoire partielle cependant conditionnée à l'embauche au statut de salarié, de plus en plus rare à l'aune de la crise économique.

jeudi 23 juillet

François Guillot. AFP

Après un mois et demi de grève débutée suite au licenciement de 200 coursiers Frichti, les représentants syndicaux des coursiers ont signé un accord de fin de conflit avec la plateforme. Centralement, celui-ci acte de la régularisation de 100 des 200 travailleurs en grève et sans-papiers. "Une première pour ce système d’auto-entrepreneur" estime Didier Del Rey de l’US CGT commerce et service de Paris. Une première qui ne concerne toutefois qu’une partie des grévistes et qui reste indexée à l’enjeu pour ces travailleurs de trouver un emploi salarié à durée indéterminée.

Des critères issus de la circulaire 2012 dite "circulaire Valls" au sujet de la régularisation des travailleurs sans-papiers, qui ne permet pas à ces derniers de rester sur le territoire s’ils n’occupent pas un poste pérenne. Il s’agit donc d’une contradiction fondamentale avec la réalité de ces secteurs de travailleurs, lorsqu’on sait qu’ils sont ceux qui occupent les postes les plus précaires et les moins bien payés.

Les licenciements avaient d’ailleurs été initiés comme réponse au témoignage publié dans Libération de Karim sur ses conditions de travail. Faisant mine de ne pas être au courant d’employer des sans-papiers, la boîte avait tout simplement décidé de les licencier, pensant par là redorer son image déjà bien ternie. « Il n’y a eu aucune vérification de titre de séjour, donc Frichti était au courant de la situation de ces livreurs, leur responsabilité est engagée », dénonce en effet Marilyne Poulain, chargée des travailleurs sans-papiers pour la CGT.

Mais c’était sans compter la détermination des coursiers, qui se sont mis en grève pendant un mois et demi pour exiger leur réembauche et leur régularisation. Les 200 grévistes ont en effet fait preuve de motivation et d’organisation, difficiles dans ces secteurs où chacun travaille seul et où les menaces de la part de la direction sont permanentes. En six semaines, ils ont ainsi réussi à faire pression sur l’Etat en obtenant la régularisation de 100 d’entre eux.

Toutefois, alors que la CGT commerce, qui a été au coeur des négociations estime que la victoire est pleine et historique, le Collectif des livreurs autonomes de Paris (CLAP) dénonce une trahison syndicale orchestrée par la CGT, et qui acte d’une fin de conflit alors même qu’une quarantaine de coursiers n’obtiennent pas gain de cause.

Sur sa page Facebook, le CLAP met en avant l’attitude anti-démocratique de la CGT sur cette sortie de conflit, qu’elle aurait signé sans demander l’avis des grévistes pourtant organisés pour mener la lutte. Les critères d’obtention de la régularisation sont en effet pour le moins scandaleux. Selon ce collectif connu pour avoir mis en lumière les conditions effroyables des coursiers, la CGT et la direction auraient convenu que seuls les salariés avec plus de 9 000 euros de chiffre d’affaire (10 000 pour ceux ayant moins de deux ans d’ancienneté) pourraient bénéficier d’une régularisation. Les autres auraient, selon la plate-forme, reçu 1 400 euros de prime. Mais le CLAP met en avant ceux qui n’ont rien eu de tout ça et se retrouvent livrés à eux-mêmes.

C’est en ce sens qu’à l’appel de plusieurs grévistes, le CLAP souligne l’enjeu de poursuivre la grève pour obtenir gain de cause pour tous les travailleurs, dans le respect de leurs décisions prises à la majorité.

Ainsi, bien que la régularisation de 100 travailleurs témoigne d’un réel rapport de force que les grévistes ont réussi à imposer en l’espace de quelques semaines, les revendications des coursiers ne sont qu’en partie honorées. De fait, la crise économique qui se profile rend même de plus en plus difficile de voir se concrétiser l’embauche au statut de salariés des grévistes ayant obtenu gain de cause. Il s’agit donc de mettre en avant l’auto-organisation des travailleurs pour décider des suites du mouvement, qui pourrait se durcir à l’aune de l’austérité que cherche à imposer le gouvernement sur le dos des salariés.




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