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Politique

Fronde dans la police choquée par... un numéro vert et le terme « policiers violents »

Sous importante pression de la mobilisation de samedi dernier, Macron a été forcé d'admettre l'existence des violences policières et du racisme lors de son entretien sur Brut. Depuis, Macron se retrouve face à une fronde dans la police qui critique la mise en place d'un numéro vert et appelle à cesser les contrôles d'identité.

lundi 7 décembre 2020

Crédit photo : DDM

Les frondes dans la police sont fréquentes depuis 2016 et la Loi Travail. Depuis, les manifs sauvages des forces de répression en divers points de Paris se sont multipliées à mesure que les violences policières faisaient l’objet d’une dénonciation grandissante. Les policiers réclament plus de moyens et de soutien pour continuer de réprimer en toute impunité et n’hésitent pas à mettre la pression sur le ministre de l’intérieur et sur le chef de l’État pour obtenir satisfaction. Mais, vendredi dernier, Macron, qui s’était déjà dit « choqué » par les images du passage à tabac de Michel Zecler, a reconnu du bout des lèvres que les violences policières existent lors de son passage sur le média Brut. : « Oui, il y a des violences policières, si vous voulez que je vous le dise je le dis, je n’ai aucun problème, mais je ne veux pas donner crédit à un concept ».

Cette annonce a immédiatement fait l’effet d’une bombe auprès des syndicats de police, notamment Alliance et Unité-SGP-Police, tout deux connus pour leurs positions des plus réactionnaires niant tout forme de violences policières et de racisme systémique dans la police. Pour le syndicat Alliance, cela va même jusqu’à la négation pure et simple des violences policières pourtant patentes lors de l’arrestation de Michel Zecler par la mise en place d’une cagnotte de soutien aux policiers mis en cause lors de cette affaire. Stanislas Gaudon, délégué général d’Alliance, dénonce l’accusation de « contrôles au faciès institutionnalisés » envers les personnes non-blanches et réclame du « soutien plutôt que des accusations » de la part de Macron tout en craignant que les propos du président ne donnent « raison à ceux qui nous accusent tous les jours de commettre des méfaits non déontologiques, non réglementaires et passibles du code pénal ». En somme, le réquisitoire habituel du policier persécuteur qui se fait passer pour le persécuté. Dans la même ligne, le syndicat Unité-SGP-Police déclare « inacceptables » les propos du Président de la République. Et appelle les agents de police à faire la grève du zèle en arrêtant d’interpeller et de contrôler.

La mise en place d’ici le mois prochain d’une plateforme pour dénoncer les discriminations inquiète les représentants des forces de répression au moment même où la loi de sécurité globale fait l’objet d’une vive opposition dans la rue et où le gouvernement commence à reculer sur l’article 24. La mise sur le devant de la scène politique des violences policières depuis la fin du confinement au moment de la mort de George Floyd et du rassemblement historique contre les violences policières du 3 juin à l’appel du Comité Justice et Vérité pour Adama, ouvre une brèche dans le dispositif de répression qui s’abat sur les quartiers depuis des décennies et qui a acquis une visibilité particulière lors du mouvement des Gilets jaunes.

Si Macron est obligé de mettre de l’eau dans son vin afin de reconquérir une partie des jeunes et tenter de casser son image de président autoritaire, le Rassemblement National, en la personne de Jordan Bardella, vice-président du parti d’extrême droite, n’hésite pas à apporter son soutien le plus total aux forces de répression déjà largement acquises à sa cause. Dans un entretien sur France Info, le député européen d’extrême droite n’hésite pas à enchaîner les déclarations provocantes et à draguer les forces de répression : « Contrairement à Emmanuel Macron, je pense qu’il n’y a pas de racisme systémique dans la police » affirme-t-il avant de renchérir par un « je pense qu’il n’y a pas de contrôle au faciès ». Dénonçant « la politique du numéro vert » avec la plateforme en ligne dénonçant les discriminations, il s’enflamme et déclare : « Oui je les comprends, oui je les soutiens » tout en minimisant les violences structurelles de la police.

L’évidence de la brutalité policière, mise en lumière par les images de l’arrestation de Michel Zecler et de toutes les autres victimes de la répression policière, s’impose de plus en plus dans le paysage politique et médiatique français. Cette dynamique appelle nécessairement des coup de semonces de la part de la police, institution centrale du pouvoir capitaliste et de l’État. La fronde en cours au sein des forces de police est la conséquence de l’intensité de la mobilisation et des dénonciations contre les violences policières et la loi sécurité globale. En délicate posture, Macron cherche autant à donner des gages à la jeunesse qu’aux forces de répression, au risque du grand écart, et se voit forcé de céder du terrain. Intensifions la lutte et les dénonciations pour mettre définitivement fin à cet ordre policier brutal et inhumain.




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