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Politique

Crise en Macronie

Fronde, scission… La majorité LREM prend l’eau après le 49.3

Après le départ de trois députés supplémentaires, la majorité LREM ne tient plus qu’à 8 députés. Face au 49.3, le désarroi de l'aile gauche du parti s'intensifie. Nombreux sont les parlementaires l'aile "sociale" de LREM à dénoncer un acte "autoritaire", une "impasse" ou même une trahison des promesses de 2017… au point de faire couler la majorité ?

jeudi 5 mars

Crédits photo : AFP

Une majorité qui se fragilise de jour en jour

Hubert Julien-Laferrière et Delphine Bagarry, députés LREM du Rhône et des Alpes-de-Haute-Provence, respectivement, ont annoncé leur départ du groupe majoritaire à l’Assemblée nationale, le lundi 2 mars, en réaction au recours au 49.3 pour faire passer en force la réforme des retraites.

Delphine Bagarry était déjà signataire de la tribune dénonçant préventivement le « passage en force » et le « déni de démocratie » que représenterait un tel scénario. La décision du 49.3 a par ailleurs été officiellement regrettée par une vingtaine de députés ; ainsi le député LREM du Vaucluse Jean-François Césarini, souvent présenté comme le leader de l’aile gauche de la majorité, exprimait son désarroi face à une telle décision : « on se retrouve brutalement projeté dans l’ancien monde ».

Si elle déplore « une accumulation de décisions ou d’orientations politiques qui fait que je ne retrouve plus en phase avec le projet politique que l’on mène », sa collègue Albane Gaillot, députée du Val-de-Marne, a été encore plus loin. Elle a été jusqu’à voter la motion de censure du gouvernement proposée par les partis de gauche, avant de quitter le mouvement.

Si seuls trois députés ont motivé leur départ par le 49.3, le groupe LREM enregistre déjà près d’une vingtaine de départs volontaires. Les rangs de la majorité tombent désormais à 297 députés ; encore 8 départs ou exclusions, et le parti perd sa majorité, et La République en Marche ne marche plus. Sans compter le début de fronde qui pourrait s’amplifier au sein du parti.

Crise par en haut de la Macronie

Ces défections sont le signe le plus évident d’une véritable crise au sein de la macronie. La verticalité du mouvement, le fossé toujours plus profond entre la population et le gouvernement questionnent même parmi les alliés traditionnels du président. Ces défections donc, tout comme la volonté affichée par de nombreux députés de créer un groupe indépendant, montrent clairement la « crise par en haut » qui touche le gouvernement de Macron. Tour à tour, il a dû faire face à un avis négatif du Conseil d’Etat, à l’entrée dans la lutte de secteurs traditionnellement alliés comme les avocats ou les enseignants du supérieur et dans le même temps ce sont les défections au sein de la majorité qui se succèdent.

Et ce, alors même qu’il doit faire face à un mouvement social historique depuis le 5 décembre, qu’il s’est affronté aux gilets jaunes, qu’aujourd’hui encore il doit faire face à de nouveaux fronts de contestation, et que tous les sondages sont les révélateurs criants de son impopularité. Ces différentes crises attestent l’existence d’une situation de crise organique pour les gouvernements bourgeois. Les perspectives de recompositions électorales semblent de plus en plus ténues, quand les alliés traditionnels ne sont plus et que la colère sociale ne faiblit pas.

Ces éléments poussent le gouvernement à toujours plus user de ses prérogatives autoritaires, à afficher son caractère bonapartiste. À l’Assemblée, les ordonnances ont été multipliées et l’article 49.3 a fini par être convoqué. Ce dernier est l’illustration la plus prégnante du caractère antidémocratique des institutions bourgeoises de la Ve République, mais aussi la démonstration de la faiblesse d’un gouvernement qui, face aux mouvements sociaux, ne peut compter que sur la police pour maintenir son assise, et qui même à l’Assemblée doit recourir au 49.3 pour conserver son pouvoir et maintenir sa faible base électorale.

Le 49.3, les départs au sein de la majorité, tout comme un mouvement social qui perdure sont les indicateurs d’une véritable faiblesse du gouvernement. La Macronie n’est pas aussi stable qu’elle cherche à le faire paraître et semble nous laisser l’espace nécessaire pour qu’un second temps victorieux du mouvement contre la réforme des retraites se constitue.




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