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G20. Derrière les poignées de main, une rencontre Xi - Biden sur fond de montée des tensions géopolitiques

Les présidents américain et chinois, Joe Biden et Xi Jinping, se sont rencontrés ce lundi en marge du sommet du G20. Une tentative de montrer des signes d’apaisement malgré un conflit grandissant entre les deux puissances.

lundi 14 novembre

Quelques jours après la visite d’Olaf Scholz à Beijing, c’est au tour de Joe Biden de reprendre ce lundi les discussions avec le président chinois, la veille de l’ouverture du sommet du G20 à Bali, en Indonésie.

Il s’agit du premier face à face entre les deux chefs d’État depuis l’élection de Biden. Les deux hommes se connaissent néanmoins bien, ayant eu l’occasion de se rencontrer à de multiples reprises quand Biden était vice-président de Barack Obama. Il s’agit également du second déplacement international de Xi depuis le début de la pandémie de COVID, après celui de septembre dans le cadre du sommet de l’OCS (Organisation de Coopération de Shanghai) à Samarcande en Ouzbékistan.

Malgré la volonté des deux chefs d’Etat d’envoyer un message d’apaisement la rencontre a été marquée par des discussions qui dépassent le cadre de la guerre en Ukraine. Des points chauds des tensions géopolitiques entre les deux Etats ont été abordés, à commencer par l’agressivité de la Chine dans la zone maritime asiatique, centrée autour de la question taïwanaise ainsi que la question coréenne.

Taïwan au centre du jeu géopolitique

Cette rencontre a lieu dans un contexte de concurrence internationale tant d’un point de vue économique que géopolitique. Les désaccords et la compétition entre la Chine et les États-Unis se sont encore aggravés depuis le début de l’année, avec bien sûr des positions divergentes sur la guerre en Ukraine, mais aussi un conflit diplomatique autour de la question de Taïwan et de la Mer de Chine.

Le sujet le plus épineux de la rencontre était la question taïwanaise. Depuis des mois, Biden a tancé les velléités de Xi d’asseoir sa domination sur l’Île en réaffirmant un potentiel soutien militaire à l’Île en cas d’intervention chinoise, alors que son indépendance de fait n’est pas reconnue par la Chine (la République de Chine (Taïwan) ne cherche pas non plus à déclarer son indépendance, jusqu’ici contenue par Washington). Depuis quelques années, le conflit entre la Chine et Taïwan s’est aggravé, notamment en raison de provocations étasuniennes et plus particulièrement de la visite de la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, à Taipei.

Depuis la visite de Pelosi, les exercices militaires chinois au large de Taïwan ont redoublé et ont gagné en agressivité, et Biden a persévéré dans son attitude belliciste, affirmant à plusieurs reprises que les États-Unis viendraient à la défense de Taïwan en cas d’invasion chinoise. Des déclarations qui ont nécessité de multiples communiqués de rétropédalage de la Maison blanche.

Xi Jinping a prévenu Biden qu’en aucun cas il ne doit franchir la « ligne rouge » sur la question taïwanaise, qui « est au cœur même des intérêts fondamentaux de la Chine, le socle de la fondation politique des relations sino-américaines [...]. La résolution de la question de Taïwan est l’affaire des Chinois ». Joe Biden a pour sa part affirmé : « Je suis absolument convaincu qu’il n’y aura pas de nouvelle guerre froide… Je ne pense pas qu’il y ait une tentative imminente de la part de la Chine d’envahir Taïwan », contredisant ainsi sa propre rhétorique, d’autant plus qu’il y a encore quelques semaine, un membre de son état-major annonçait qu’une invasion chinoise proche était une très probable éventualité.

L’attitude de façade de Biden est clair quand on sait que Taïwan occupe une place stratégique centrale dans la politique américaine en Indo-Pacifique et que l’administration Biden a clairement déclaré dans sa publication d’orientation stratégique et de sécurité nationale que la Chine était devenu son seul adversaire géopolitique avec les capacités et l’intention de transformer l’ordre international

Le résultat de ces discussions va donc dans le sens de montrer un apaisement à contre courant de la situation géopolitique internationale. Ce genre de rencontres bilatérales se caractérisent en effet souvent par des déclarations de principe n’engageant aucun des deux partis. Un membre de l’administration Biden a toutefois déclaré qu’un dégel des canaux de communication fermés suite à la visite de Pelosi à Taïwan pourrait être un pas en avant.

Des déclarations qui ne cachent pas l’agenda géopolitique international

Un autre point important des discussions était celui de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Si le conflit a permis aux États-Unis de retrouver l’unité de l’OTAN en poussant dans le giron de l’alliance atlantique les pays Européens avec le début de la guerre, de potentielles tensions du fait des conséquences de la guerre et des sanctions commerciales américaines à la Chine pointent déjà leur nez.

La Chine est plus embarrassée qu’autre chose par l’invasion russe, qui ne sert pas forcément les intérêts chinois, mais Xi ne peut ouvertement critiquer la Russie de Poutine avec laquelle il entretient des liens économiques et géopolitiques importants. Bien que la Russie se soit tournée vers la Chine après la rupture diplomatique et économique avec l’Union Européenne, Xi a affirmé vouloir une fin rapide au conflit et encourager les pourparlers de paix.

Joe Biden a également demandé à Xi d’user de sa diplomatie à l’égard de la Corée du Nord afin de ralentir le développement de l’arme nucléaire dans le pays et d’empêcher un essai nucléaire qui pourrait avoir lieu dans les jours qui viennent.

Malgré les poignées de main et les déclarations de bonnes intentions, la rencontre ne saurait nous faire oublier les tendances géopolitiques actuelles marquées par la militarisation et à la montée des tensions entre les États-Unis et la Chine de ces dernières années, exacerbées il y a quelques mois lors de la visite de Nancy Pelosi à Taïwan.



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