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Que fait la France en Afrique ?

G5 Sahel. Renforcement militaire, aides financières : Macron garant de l’impérialisme en Afrique

Le 15 et le 16 février s’est tenu le Sommet du G5 Sahel au Tchad pour discuter des suites de l’opération « Barkhane ». De plus en plus impopulaire en France et au Sahel, Macron a décidé d’amplifier l'intervention militaire en s'appuyant sur les régimes locaux afin de se délester des coûts politiques, militaires et financiers tout en gardant la main mise sur la région.

mercredi 17 février

Ce lundi 15 et le mardi 16 février, un an après du Sommet de Pau où la France avait décidé d’engager 600 soldats de plus au Sahel, s’est tenu un nouveau Sommet du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) à N’Djamena, au Tchad. L’objet de ce sommet, où Macron participait en visioconférence depuis Paris, était de discuter de l’état des lieux et des perspectives de l’opération militaire Barkhane avec les chefs d’État alignés sur les intérêts de la France au Sahel.

L’enjeu était de taille, en effet Barkhane, malgré le discours officiel agitant la lutte contre le terrorisme, est un élément clé de l’impérialisme français en Afrique. Aujourd’hui cette opération militaire est l’intervention extérieure française la plus importante. Elle a un coût estimé d’1 milliard d’euros par an et déploie 5.100 militaires dans la région concentrés autour des bases de Gao au Mali, Niamey au Niger ainsi que N’Djamena au Tchad. Cependant après huit ans d’occupation militaire, avec l’énorme coût en vies humaines et en ressources économiques que cela implique, la situation s’enlise et devient de plus en plus impopulaire parmi la population française et celle du Sahel. En effet, les résultats de cette « lutte contre le terrorisme » que prône le gouvernement français et les élites locales sont loin de justifier l’occupation militaire aux yeux de l’opinion publique : les meurtres se sont multiplié lors de ces deux dernières années et la zone compte 2 millions de déplacés par la guerre.

Selon un sondage réalisé début janvier 2021 par l’Institut de l’opinion publique de Français (IFOP), 51% de la population française ne soutient plus l’intervention militaire au dans la région. Les multiples manifestations qui ont eu lieu au Mali ont aussi témoigné de l’hostilité d’une partie de la population locale qui perçoit la présence de la France comme une forme d’occupation néocoloniale.

L’impopularité de cette opération militaire s’est encore aggravée suite à la mort récent de 3 soldats français et les brutalités qui subissent la population civile dans la région. La frappe aérienne française au Mali qui a pu tuer 19 civils ce 3 janvier selon Humans Right Watchs, ou le fait que en 2019 et 2020 la plupart de civils aient été tués par des forces armées françaises ou régionales, et non par des groupes djihadistes, est venu alourdir ce bilan et démentir le discours officiel.

Dans ce contexte d’impopularité, comment préserver les intérêts stratégiques de l’impérialisme français sans affaiblir d’avantage le gouvernement avec l’émergence de ce qui pourrait être un « Afghanistan à la française » ?

Islamophobie et autoritarisme comme politique intérieur, militarisme à l’extérieur : la recette de l’impérialisme français

Lors des jours précédents au Sommet, le gouvernement a essayé de mettre un frein aux critiques et contrebalancer le manque de résultats en présentant l’élimination de certaines dirigeantes de groupes terroristes (notamment le chef historique d’AQMI, Abdelmalek Droukdel) comme des victoires stratégiques décisives. Le 9 février, Christian Cambon, le président de la commission de la défense et des affaires étrangères du Sénat dévoilait aussi le nombre de « cibles » tués par l’armée française en 2020 au Sahel pour justifier la présence militaire dans la région

Dans le même temps, comme l’explique Le Monde, l’Elysée doutait entre deux stratégies pour aborder le Sommet G5 Sahel. Ou bien « amplifier » la « dynamique » actuelle, en ciblant, dans les prochains mois, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, affilié à Al-Qaida au Maghreb islamique) ; ou bien « un retrait conséquent et rapide d’une partie des quelque 5.100 soldats français déployés au Sahel », ce qui « pourrait satisfaire une partie des opinions publiques françaises et africaines, de plus en plus rétives à l’engagement prolongé de l’opération Barkhane ».

Comme le souligne encore Le Monde, « au coeur de cette valse-hésitation, se trouve une équation délicate pour l’exécutif. Celle de parvenir à mettre sur pied une stratégie d’enjambement de 2022, date de la prochaine présidentielle, alors que la situation sur le terrain au Sahel est tout sauf stabilisée. Le tout, dans un contexte d’exacerbation de la compétition stratégique mondiale et d’accroissement rapide des tensions sur d’autres théâtres, où Paris pourrait avoir à intervenir ».

Sans surprise, ce mardi Macron s’est décidé d’aligner sa politique extérieure à sa politique intérieure : le tournant autoritaire préventif pour faire face à la défiance sociale croissante, s’est suivi d’un militarisme accru pour faire face à la concurrence mondiale exacerbé. Et le tout pour continuer à séduire la droite sur le plan de la politique étrangère dans la perspective des présidentielles de 2022.

En effet Macron n’envisage pas de réduire les effectifs de l’opération Barkhane dans l’immédiat. D’un ton martial le président a promis « une action renforcée » pour « essayer d’aller décapiter ces organisations […] dont la plus haute hiérarchie continue à nourrir un agenda djihadiste ». Dans cette même ligne, et soutenu grâce à l’aide financière de l’Élysée, le président tchadien a décidé de déployer 1.200 soldats dans la zone des « trois frontières » entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso.

Pour contrebalancer ce volet militaire renforcé risquant d’aggraver l’hostilité des populations locales vis-à-vis de l’armée, Macron a voulu « donner une perspective aux populations du Sahel », en appelant à un « deuxième sursaut : celui du retour de la sécurité et des services aux populations », et en réclamant « une impulsion au plus niveau de l’État » pour réinvestir « les territoires délaissés de la région ». Comme l’avait expliqué le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian quelques jours avant le Sommet, il s’agit de « consolider les résultats militaires des derniers mois, par un sursaut diplomatique, politique et de développement ». Une tentative également de chercher à moyen-terme, à « sous-traiter » d’avantage aux régimes locaux les opérations afin de se délester d’une partie du coût financier, politique et militaire de l’intervention au Sahel tout en gardant la main mise sur la région.

Le renforcement de l’action militaire sous prétexte de lutte contre le terrorisme, teinté de quelques aides au développement, ressemble bien à une entreprise néo-coloniale : « Avec Barkhane, avec la dette – qui siphonne les budgets des pays africains et sert de levier pour leur imposer des politiques promues par les impérialistes – et les millions des aides au « développement », Macron entend donc jouer un rôle dans la reconstruction d’un Sahel allié de la France, en consolidant ses régimes et l’implantation française dans la zone, et se doter ainsi d’une carte de poids dans les concurrences entre grandes puissances européennes et au-delà ». La guerre impérialiste sous couvert de « lutte contre le terrorisme » fait à ce titre écho à l’offensive islamophobe menée par le gouvernement en métropole, avec la loi séparatisme qui use du même leitmotiv pour justifier les attaques contre les musulmans et assimilés comme tels ainsi que le tour de vis répressif incarné par la loi Sécurité Globale.

Contre le pillage impérialiste du Sahel, les ingérences et la déstabilisation des États de la région, qui seront des terrains de jeu à la concurrence redoublée entre les puissances capitalistes en ces temps de crise et de guerre économique plus aiguë, nous devons revendiquer le retrait total de toutes les troupes françaises au Sahel et sur tout le continent africain.




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