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Répression syndicale

Gaël Quirante condamné à 3 mois avec sursis : contre la répression syndicale et la justice de classe

Gaël Quirante, syndicaliste combatif à Sud Poste 92, comparaissait ce matin au tribunal de Nanterre. Doublement attaqué en correctionnelle pour son implication dans les quinze mois de grève des postiers et de postières des Hauts-de-Seine, il subit l’acharnement de la direction de la Poste. Il a été condamné ce matin à trois mois de prison avec sursis, décision dont il fait appel. Notre solidarité est entière.

mercredi 18 décembre 2019

Crédit photo : Hermann Click

La répression ciblée contre un syndicaliste et ancien gréviste

Gaël Quirante ne passait pas une mais deux fois en correctionnelle ce mercredi 18 décembre. Il était accusé par la Poste et trois de ses cadres de « violence » et « vol avec violence ». Ces plaintes font partie des dizaines qui ont été déposées par la direction de La Poste pendant le conflit qui a opposé l’entreprise aux postiers et postières des Hauts-de-Seine. Leur grève, qui a duré près de quinze mois, avait fini par gagner, et s’était aussi conclu par les révélations accablantes d’« Envoyé Spécial » sur la politique de La Poste faite de cadences industrielles, de vol du temps de travail, de pression insupportable, et de suicides.

La Poste, qui n’a pas supporté que des grévistes lui tiennent tête, pendant une grève dure qui s’est poursuivit pendant de nombreux mois, tente maintenant d’attaquer sur le plan judiciaire. Gaël est connu pour son rôle actif dans la grève de postiers et des postières du 92. Depuis plusieurs années, ceux-ci mènent des grèves pour satisfaire des revendications à la fois locales et nationales. En 2010 contre la réforme des retraites, ou en 2016 contre la loi Travail, avec les méthodes de l’auto-organisation en Assemblées Générales et comités de grève, ils avaient su exprimer, et parfois gagner, leurs revendications quant aux conditions de travail et aux salaires sur leurs bureaux de poste respectifs. Face à cela, la direction a bien sûr tout tenté pour les faire taire, y compris empêcher les prises de paroles des syndicalistes dans les locaux, ou attaquer les plus combatifs des grévistes. En effet, ce n’est pas la première fois que la direction de La Poste tente de se débarrasser de Gaël. L’un des éléments qui avait déclenché la grève chez les postiers et les postières des Hauts-de-Seine, en plus de la lutte contre les réorganisations des services et la précarisations des postiers, c’est le licenciement de Gaël, validé par Muriel Pénicaud elle-même, au printemps 2018. Depuis le début de la grève, il avait fait l’objet d’un harcèlement répressif particulièrement intense et avait même été arrêté à son domicile et mis en garde à vue en juin dernier.

Durant le procès, l’avocate de Gaël a souligné que La Poste cherchait à passer au pénal pour faire interdire définitivement le syndicaliste au sein de l’entreprise. En témoignent par exemple les 27 plaintes pour « violation de domicile » suite aux actions d’envahissement de locaux de l’entreprise pendant la grève.

Un fort soutien ce matin devant le tribunal de Nanterre contre la répression

Plus de 300 personnes, postiers, enseignants, étudiants, mais aussi grévistes contre la réforme des retraites, ont rejoint les grilles du tribunal en cortège avant de se rassembler, entre prise de paroles et slogans, avant et pendant le procès. Et un mot d’ordre qui résonne : « Relaxe pour Gaël ». Les prises de parole l’ont rappelé : la répression qui s’abat aujourd’hui contre lui est un acte politique, contre celles et ceux qui, dans le monde du travail, relève la tête contre des conditions de travail brutales, contre la peur et la pression qui règne dans beaucoup de boîtes. Parmis les présents, des postiers en grève, des enseignants, des agents de la RATP était venus apporter leur soutien. Olivier Besancenot, porte parole du NPA, lui aussi guichetier dans l’entreprise, a souligné que « La Poste veut lui faire payer au niveau judiciaire ce qu’il a gagné par la lutte syndicale ».

Condamné à trois mois avec sursis

À l’issue du procès, Gaël Quirante a été condamné à trois mois de prison avec sursis, à verser des dommages et intérêts au profit des cadres de La Poste, ainsi qu’à une mise à l’épreuve de 5 ans. Il fait bien entendu appel.

L’acharnement contre Gaël a franchi une étape : il s’agit de criminaliser par la prison l’action militante au sein de l’entreprise et suite à une grève. La répression subie par les grévistes montre que La Poste n’a pas digéré l’affront, mais aussi que la justice se préoccupe plus de poursuivre les travailleurs que de s’occuper des plus riches et des politiques à leur service, qu’ils fraudent impunément comme Balkany, tapent sur les manifestants comme Benalla.

Ce n’est pas un hasard si la ministre du travail avait cautionné la répression à l’encontre de Gaël Quirante en 2018 : la politique managériale de La Poste s’inscrit dans la droite ligne de la vision du monde que ce gouvernement partage avec le patronat, à savoir écraser, « flexibiliser », pressurer les salariés pour la seule rentabilité économique.

À l’heure où la mobilisation contre la réforme des retraites s’inscrit dans la durée et dans la détermination, la volonté d’offensive du gouvernement contre toutes celles et ceux qui résistent à ses politiques anti-sociales se durcit, comme on l’avait vu pendant le mouvement des Gilets Jaunes.
Mais les grèves qui perdurent aujourd’hui et les initiatives comme le rassemblement de ce mercredi 18 décembre en soutien à Gaël montrent qu’il existe, dans différents secteurs, des gens prêts à se battre contre cela. Relaxe pour Gaël !

Crédits photos : Hermann Click




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