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Généralisation des Tasers dans la police : moins d’étranglements, plus d’électrocutions ?

D’après le Parisien, l’interdiction de la technique d’étranglement pratiquée par la police sera compensée par la généralisation de l’usage de pistolets à impulsion électrique. Une arme soi-disant non-létale, mais à l’origine de milliers de décès depuis son utilisation aux États-Unis.

mardi 9 juin

Sous la pression des mobilisations contre le racisme d’État et les violences policières qui font suite à la mort de George Floyd et ont rencontré un écho important en France, Christophe Castaner, ministre de l’intérieur, s’est vu contraint à quelques concessions, annoncées lundi en conférence de presse. Parmi les mesures les plus médiatisées, l’interdiction de la méthode d’étranglement pratiquée par les policiers au cours des interpellations et à l’origine de plusieurs décès.

« Personne ne doit risquer sa vie lors d’une interpellation » a ainsi décrété Christophe Castaner, laissant entendre que le fait d’arrêter d’enseigner cette clé d’étranglement dans les écoles de police permettrait de diminuer le nombre de victimes de violences policières. Pourtant, cette concession de façade n’aura pas fait long feu, puisque le lendemain même de sa conférence de presse, le ministre de l’Intérieur déclarait sur BFMTV que les policiers devaient avoir le droit d’user « d’autres techniques pour interpeller ».

Selon les sources du Parisien, cette « autre technique » serait la généralisation des pistolets à impulsion électrique, plus connus sous le nom de la principale marque les ayant commercialisés : les Tasers.

Ainsi, la colère suscitée par les violences commises par les forces de répression et par le racisme structurel devient prétexte à armer encore davantage les policiers. Car si les pistolets à impulsion électrique sont considérés comme des armes non-létales, leur utilisation par la police états-unienne prouve le contraire. En 2017, Reuters révélait après une enquête de grande ampleur que les pistolets de la marque Taser étaient à l’origine de plus d’un millier de morts au cours des dernières décennies aux États-Unis.

La même enquête révèle que l’usage de cette arme créé souvent des lésions irréversibles pour qui en est victime : une personne neutralisée par un Taser sur quatre souffre de troubles mentaux ou neurologiques. Plutôt que de mourir étranglés ou étouffés, aux États-Unis une partie des victimes de violences policières meurt donc électrocutée.

Si les informations du Parisien s’avèrent exactes, ce que Christophe Castaner s’apprête à annoncer aux syndicats de police n’a donc rien à voir avec des mesures qui viseraient à réduire le nombre de décès entre les mains des forces de répression. Il s’agirait plutôt de leur offrir une nouvelle arme mortelle avec autorisation de s’en servir, et dont la généralisation va très probablement venir augmenter le nombre de victimes de violences policières, et le sentiment d’impunité qui règne au sein des agents de police.




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