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Du Pain et des Roses

Géorgie. Tabassé lors d’une manifestation LGBTphobe, un caméraman décède

Dans un climat LGBTIphobe alimenté par l’Eglise orthodoxe et les groupes d’extrême-droite, un journaliste géorgien a été assassiné en marge d’une manifestation contestant l’interdiction de la marche des fiertés par les autorités le 11 juillet dernier. Un meurtre qui fait écho aux virages autoritaires et réactionnaires observés dans plusieurs pays exposant les militants, les journalistes et les personnes LGBTI à la violence de l’extrême-droite.

jeudi 22 juillet

Crédits photo : AFP

Le 11 juillet, la communauté internationale a appris la mort d’Alexander Lashkarava, un caméraman géorgien de 37 ans qui travaillait pour la chaîne indépendante Pirveli. La victime avait été violentée à mort par des militants d’extrême droite en marge de manifestations contre la tenue de la marche des fiertés qui devait se tenir ce mois-ci. Dans la continuité de la répression qui s’abat sur les travailleur-euse-s de médias de contestation, le même jour, c’est plus de 50 journalistes qui ont été attaqués : Reporters sans frontières mentionne « des blessures incluant des commotions, des brûlures chimiques et des fractures du bras ». La marche LGBTI+ prévue à Tbilissi a été annulée par ses organisateur-ice-s pour des raisons de sécurité.

Ces attaques dramatiques s’inscrivent dans une offensive globale envers les LGBTI+ qui augmente de manière exponentielle depuis le début du mois des fiertés, un mois de commémoration des révoltes LGBTI+ qui ont débutées par les émeutes de Stonewall de 1969.Une série d’évènements étaient prévus en Géorgie entre les 1er et 5 juillet. Dès le premier jour, des contre-manifestants, en grande partie issus de l’Église orthodoxe, se sont attaqués aux spectateur-ice-s de la projection du film « La marche de l’honneur ». Alors que ce film dénonçait les nombreuses oppressions que subissent les minorités sexuelles géorgiennes, les contre-manifestants ont insulté les spectateur-ice-s et leur ont jeté des œufs.

Une marche de solidarité s’est tenue le lendemain à Tbilissi pour dénoncer les violences anti-LGBTI+. Des milliers de personnes se sont rassemblées en silence devant le Parlement. Beaucoup arboraient des drapeaux arc-en-ciel et celui de l’Union européenne. Une marche organisée en réaction aux myriades d’offensives homophobes perpétrées chaque année sur le territoire. En 2019, des centaines de militants d’extrême droite avaient brûlé des drapeaux arc-en-ciel à Tbilissi pour protester contre la projection dans les cinémas d’un film sur le thème de l’homosexualité. Six ans plus tôt, des milliers d’ultraconservateurs avaient interrompu une marche contre l’homophobie.

Bien que l’homosexualité ait été décriminalisée en 2000 et que des lois contre les discriminations aient été adoptées en 2006 et 2014, celles-ci ne sont que cosmétiques et ne préviennent en rien les raids de violences envers les minorités sexuelles et ses groupes militants. Cette répression brutale est légitimée et permise par l’État et sa police. L’État géorgien entretient en effet des liens étroits avec l’Église orthodoxe, principale opposante à l’amélioration des conditions de vie des LGBTI+. Cette dernière, qui ne compte pas moins que des dizaines de milliers de fidèles, avait appelé à se réunir lundi pour une prière publique contre la Marche des fiertés. Sans surprise, le cortège de la contre-manifestation était en grande partie composé de prêtres et de figures religieuses. En 2019, un célèbre homme d’affaires avait même mis sur pied des "milices populaires" armées, par exemple le "Conseil des vrais hommes", pour "éradiquer le péché et l’hérésie". Cette initiative dont le principal objectif était de lutter contre la communauté LGBTI+ avait reçu le soutien tacite de l’Église orthodoxe de Géorgie. -> Géorgie : l’extrême droite et l’Église orthodoxe agressent des militants et saccagent des associations LGBT (france24.com)] Selon Thorniké Gordadzé, enseignant à Sciences Po et ancien ministre de l’intégration européenne de la Géorgie, « ces groupes radicaux ont eu le feu vert du gouvernement, qui les a encouragés et laissé impunis. Cette action avait pour objectif de faire peur à l’intérieur du pays, de punir les médias critiques envers le pouvoir et de dire aux Occidentaux qu’il faut arrêter de demander [au gouvernement] de protéger les minorités ».

Le terrible assassinat d’Alexander Lashkarava fait écho à l’assassinat homophobe de Samuel, un jeune espagnol filmé et battu à mort ce 3 juillet. Dans un contexte international d’offensive réactionnaire qui s’est récemment exprimé par la sortie de la Turquie de la Convention d’Istanbul qui obligeait les 45 gouvernements signataires à prendre des mesures pour endiguer les violences conjugales et le projet de loi du gouvernement de Victor Orban en Hongrie qui cherche à criminaliser les personnes LGBTI+ en assimilant les homosexuel-le-s à des pédophiles.. Ces attaques visent à contenir et réprimer tous les mouvements de protestation et de lutte pour les droits des personnes LGBTI+ à l’international, alors même que la crise économique et sanitaire a révélé la situation de précarité extrême dans laquelle se trouvent les LGBTI+, quand il ne faut pas juste se battre pour avoir le droit de vivre.




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