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Gestion sanitaire répressive : le gouvernement augmente les amendes pour les « soirées clandestines »

Alors qu’Emmanuel Macron annonçait ce mercredi 14 octobre la mise en place d’un couvre-feu dans 9 métropoles en France, au nom de la crise sanitaire, le porte-parole du gouvernement déclare que les amendes de 135 euros pour l’organisation de « soirées clandestines » vont augmenter.

jeudi 15 octobre

Crédits photo : FRANCE INFO/ RADIO FRANCE

Au lendemain de l’annonce autoritaire et répressive d’Emmanuel Macron sur la mise en place d’un couvre-feu dans 9 métropoles, au nom de la crise sanitaire, Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement déclare qu’il pourrait y avoir une augmentation des amendes concernant l’organisation de « soirées clandestines ».

Sans réellement définir ce qu’il appelle « des soirées clandestines », il a donc déclaré sur le plateau de FranceInfo à ce sujet que l’amende de 135 euros «  n’est pas suffisamment élevée […] Donc oui il faut augmenter les sanctions pour ceux qui organisent des soirées clandestines, que ça soit dans des établissements dont ils sont gérants ou que ça soit en privé.  »

Pour justifier cette future mesure encore plus répressive, il n’hésite pas à prétendre que cela serait pour soutenir et répondre à la colère des petits commerçants et restaurateurs : « Ça choque et ça énerve par ailleurs, et je le comprends beaucoup de restaurateurs, beaucoup de patrons de boîtes de nuit, qui sont aujourd’hui fermés et qui voient qu’il y a des personnes aujourd’hui qui organisent des fêtes clandestines.  »

Cependant, rappelons que ce ne sont certainement pas les restaurateurs et les petits commerçants qui ont bénéficié du plan de relance annoncé comme historique : 100 milliards d’euros offerts aux grands patrons qui ne se privent pas de licencier massivement.

Quand on lui demande à combien s’élèverait l’augmentation de cette amende, il répond : « Si on veut une sanction dissuasive, elle peut être très dissuasive.  » et n’hésite pas à prendre pour modèle un des pays les plus répressifs à ce sujet : « Vous avez des pays je crois que c’est au Royaume-Uni où vous avez une sanction qui va jusqu’à 10 000 euros. A partir du moment où vous avez ça qui tombe, c’est assez dissuasif pour ceux qui organisent.  »

Une gestion autoritaire et répressive de la crise pour dissimuler la responsabilité de l’Etat

Depuis le début de l’épidémie, le gouvernement n’a cessé de nous prouver son incapacité à protéger la population de l’épidémie : en démontre le mensonge concernant les masques au début de la crise sanitaire, ou le maintien de la production non-essentielle pendant le confinement, au détriment de la santé des travailleuses et des travailleurs. Toujours pendant le confinement, alors que les personnels soignants pointaient du doigt le manque de moyens, de lits en réanimation et de matériels, l’État fournissait 43 milliards d’euros pour l’économie, et seulement 2 milliards pour la santé.

Ces exemples affichent clairement les priorités du gouvernement : «  la vie économique », comme le mentionnait Emmanuel Macron hier soir dans son discours, c’est-à-dire les profits des grands patrons au détriment de la santé de la population.

Ainsi, l’Etat n’hésite pas à réprimer pour masquer sa gestion catastrophique de la crise et les réels intérêts qu’il défend, qui ne sont pas ceux de la grande majorité de la population. L‘annonce de cette nouvelle mesure concernant l’augmentation des amendes, s’inscrit donc dans le tournant répressif et autoritaire du gouvernement depuis le début de la crise sanitaire, comme ont notamment pu en témoigner l’aggravation des violences policières dans les quartiers populaires pendant le confinement, ou encore l’annonce d’un couvre-feu dans 9 grandes villes de France dès ce vendredi à minuit.

Une fois de plus, cette mesure concernant l’augmentation des amendes pour l’organisation « de soirées clandestines », vise à responsabiliser et à individualiser la population face à une épidémie dont elle n’est pas responsable. Elle s’appuie sur l’idée selon laquelle les personnes qui font la fête, et particulièrement les jeunes seraient donc responsables de la reprise de l’épidémie. Cette même jeunesse travailleuse qui était en première ligne pendant le confinement et qui a subi de plein fouet les licenciements suite à l’apparition de l’épidémie.

En ce sens, lorsque Gabriel Attal évoque le but du couvre-feu sur le plateau de FranceInfo, il affirme : " Ce qu’on vise avec ce couvre-feu, c’est les rassemblements privés, parfois festifs, qui sont aujourd’hui une source importante, si ce n’est majeure, de contamination"

Ainsi, pour accompagner ses mesures répressives, le gouvernement ne cesse de reporter l’accélération de l’épidémie sur la sphère privée, comme si le virus ne circulait que pendant les moments de convivialité. Or, comme en témoignent les chiffres de Santé Publique France datant du 7 octobre : le milieu familial élargi représente 6,4% des clusters en cours d’investigation et les événements publics ou privés 10,4%, contre 25% pour les entreprises, 21,2% pour le milieu scolaire et universitaire et 11,3% pour les hôpitaux.

L’Etat réprime pendant que les professionnels de santé réclament plus de moyen !

Le gouvernement se déresponsabilise donc dans l’évolution de l’épidémie et ses conséquences et préfère, en pleine crise sanitaire, placer l’argent public dans les moyens de répression : comme l’achat de 89 blindés pour 65 millions d’euros en septembre. ou encore l’augmentation de 325 millions d’euros du budget du ministère de l’intérieur. Pendant ce temps, alors que les personnels soignants se battent depuis des années, la situation dans les hôpitaux est toujours catastrophique et le système de santé manque toujours cruellement de moyens. Face à l’aggravation de l’épidémie, les soignants continuent donc de lutter contre la casse du système de santé, et appelaient ce jeudi 15 octobre à manifester pour de meilleures conditions de travail, une augmentation du budget pour les hôpitaux, et contre la suppression de lits.




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