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Getrag Ford Transmission. « Plus vite on fera les stocks, plus vite ils pourront nous virer »

À Blanquefort, à l’usine de GFT qui fait des boîtes de vitesse, mono-cliente de Ford – dont la dernière usine en France vient de fermer -, la direction a fait appel, après une fermeture imposée par les salariés qui ont fait valoir leur droit de retrait, à une reprise partielle basée sur le volontariat.

samedi 4 avril

Dans l’atelier, une centaine de personnes est retournée travailler depuis le début de semaine, après que la direction ait appelé des salariés de tous les services. Pour justifier sa reprise, la direction a annoncé avoir pris les mesures nécessaires pour freiner la propagation du virus. Ainsi, l’équipe volontaire n’a pas accès à la cantine collective, ni aux coins pause pour prendre un café. Pas le droit non plus de sortir pour aller fumer à la pause, tout ça pour éviter les contacts entre les salariés. Quoiqu’il arrive, pour la direction de l’entreprise, il s’agit coûte que coûte de maintenir la production, « pour faire du stock », nous confie un syndiqué de la CGT, même au prix de la vie de salariés. Pour l’instant, plusieurs travailleurs seraient suspects de porter le virus avec au moins un cas avéré dans la maintenance. 

Mais cela fait déjà plusieurs semaines que dans l’usine, c’est la bagarre contre la direction. Le lundi, avant l’annonce du 20H de Macron qui actait le confinement total, la direction avait refusé de réunir un CSE extraordinaire. Gilles, délégué de la CGT nous disait « s’il annonçait le confinement total, l’équipe d’aprem et l’équipe de nuit arrêtaient les machines, et on va plus bosser ». En effet, Macron avait déjà annoncé la fermeture des écoles, et la majorité des salariés de l’entreprise sont parents : comment allaient-ils faire ? Après l’annonce du confinement, sous prétexte que Macron n’a pas empêché de travailler, la direction a communiqué que l’usine ne fermerait pas et continuerait de tourner. « Après les annonces sur le confinement, on voyait ce qu’il se passait en Italie, il y avait des cas suspects qui n’étaient pas déclarés, la cantine collective restait ouverte, tout ça faisait un climat bizarre dans l’usine. Mardi matin, à 5H30 des gens venaient me voir (pas particulièrement proches de la CGT ni de moi), "là on va crever et on a aucune communication de la direction !" Il s’est passé un truc global, "on peut pas en rester là, il faut qu’on sorte". Des gens parlaient d’eux-mêmes du droit de retrait. La direction des cadres s’est réunie en catimini et ils nous ont rien dit en sortant » raconte Thomas, délégué de la CGT. « Nous on continue de travailler, avec des listes de précautions, de “faire attention”... on n’est pas en sécurité ! Nous [la CGT GFT] on s’est réunis et on a dit ça suffit. On a fait le tour des ateliers, on leur a expliqué la situation, ça a été très rapide, les gens sont sortis naturellement d’eux-mêmes} ». Sur 200 personnes qui constituent l’équipe du matin, 180 ouvriers font valoir leur droit de retrait. Par la pression les ouvriers ont réussi à fermer l’usine, mais la direction n’avait pas dit son dernier mot. « Ils ont vu le nombre de gens, qui se sentaient vraiment pas en sécurité, on est tous sortis, ça leur a fait peur. » La direction a ensuite imposé de prendre aux salariés 10 jours de RTT, en faisant une demande de chômage partiel pour une partie d’entre eux. S’ils obtenaient la demande, ils rendraient les RTT. « Mais ça, c’est resté un accord oral, et pas écrit » rajoute le syndiqué. 

« Pour les intérimaires, on les a foutus en fin de mission » ajoute Thomas, mettant ainsi une centaine de personnes au chômage. Pour certains, on leur a proposé sur la base du volontariat de venir travailler dans l’usine pour adapter les postes afin que les ouvriers - quand ils reprendront - puissent faire tourner l’usine le plus possible. « À Cologne dans l’usine de Ford, les ouvriers ont obtenu la fermeture jusqu’au 20 avril, où il y a eu un cas avéré » raconte Gilles. 

« La crise sanitaire va avoir énormément d’impacts pour l’usine » nous confie Thomas « ils préparent des trucs violents » : en effet, Getrag est mono-client du géant automobile américain Ford. L’usine de Ford à Blanquefort, la dernière dans l’Hexagone, ayant récemment fermé, avec la crise économique qui se profile, à Getrag, les travailleurs savent à quoi se préparer. En plus de ça, les ventes de l’automobile vont réduire avec cette crise, et entre les innovations techniques, les nouvelles normes environnementales et les politiques envers les hybrides, la fabrication de ces boîtes de vitesse ne semble pas pérenne pour l’avenir des profits des patrons. « En gros, du jour au lendemain, on peut se retrouver sans rien » résume Thomas de la CGT. Il ajoute que les conditions de travail sont extrêmes, et dans ce contexte l’atmosphère est morose et difficile de mobiliser du monde. Et pourtant, le coronavirus montre plus que jamais les intérêts antagoniques entre le patronat et les travailleurs, c’est bien pour cela qu’à l’annonce du confinement, plus d’une centaine de travailleurs ont exercé collectivement leur droit de retrait pour imposer la fermeture de l’usine. 

C’est principalement pour faire du stock que la direction a imposé la reprise, mais la suite reste encore floue : « Plus vite on fera les stocks plus vite ils pourront nous virer » nous dit Thomas. Maintenant, le discours de la direction se résume à « on a mis en place des solutions alternatives donc vous pouvez revenir travailler ». « Vu les pics épidémiques qui sont annoncés, la CGT a envoyé une lettre à la direction, FO a suivi quelques jours après : nous ne sommes pas un secteur essentiel dans la gestion de la crise sanitaire, on refuse le redémarrage ». 

Crédits photo : Cottereau Fabien




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