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Politique

Après la carotte, le bâton…

Gilets Jaunes : « 170 points de blocage évacués » mais 300 maintenus

Interrogé sur RMC, le secrétaire d’Etat à la sécurité intérieure, Laurent Nunez a annoncé que « 170 points de blocage ont été évacués ». Pour preuve que la « carotte » des mesures annoncées par Macron n’a pas fonctionné. Sur les ronds-points, beaucoup de Gilets Jaunes délogés appellent à s’y réinstaller.

mercredi 19 décembre 2018

Des annonces inefficaces

Voilà plus d’une semaine que les mesures gouvernementales pour enrayer la mobilisation des Gilets Jaunes ont été annoncées. Après l’extension du chèque énergie et le doublement de la prime de reconversion annoncés par Edouard Philippe fin novembre (mesures finalement maintenues après un énième couac gouvernemental), on a pu entendre le gouvernement revenir sur la hausse des taxes sur le carburant. Enfin, Emmanuel Macron lui-même, dans son allocution, annonçait une « augmentation de 100 euros » pour les salariés au Smic par le biais de la prime d’activité, l’annulation de la hausse de la CSG pour les retraités dont les revenus sont inférieurs à 2 000 euros, et la mise en place d’un « grand débat national ».

Si léger recul du gouvernement il y a, il reste largement insuffisant aux yeux de ces milliers de gilets jaunes qui se sont mobilisés ces dernières semaines. La manifestation de samedi dernier, bien qu’en déclin, a tout de même fortement mobilisé à Paris et surtout dans les grandes villes de Province comme à Bordeaux, Toulouse, ou Marseille. Cela en dépit des annonces martiales de Christophe Castaner, de la militarisation des centres-villes, des violences policières et des injonctions à retirer les gilets et à circonscrire les points de rassemblement pour invisibiliser les manifestants au maximum.

Des blocages qui perdurent malgré les interventions policières

Mais c’est surtout dans les petites villes de zones rurales ou semi-rurales qu’on trouve les irréductibles Gilets Jaunes. Ceux qui occupent jours et nuits les ronds-points, ils étaient 10 000 la semaine dernière, 4 000 personnes cette semaine selon Laurent Nuñez. Et ils ne sont pas prêts à lâcher pour ces miettes. En effet, seuls 55% des salariés au Smic vont profiter de la mesure annoncée par le gouvernement. Surtout, les revendications dépassent aujourd’hui les seules questions économiques et se placent également sur le terrain démocratique.

A Villars, dans la Loire, la « cabane du peuple » a été installée sur un rond-point et est occupée depuis un mois par des Gilets Jaunes. Les ronds-points sont devenus cette nouvelle place du village comme le souligne le Point où l’on parle politique et conditions de vie, où s’expérimentent des formes de solidarité qui font « chaud au cœur ».

« Joyeuse carotte à tous » annonce cette pancarte aux pieds d’un sapin de Noël à Beauvais. Ici comme ailleurs, les dons en nourriture, en palette, les marques de sympathie, affluent de la part des automobilistes et des routiers qui s’arrêtent ou klaxonnent.

La fin des Gilets Jaunes ?

Certes, comme l’a indiqué Laurent Nuñez, la mobilisation des Gilets Jaunes est en « décroissance ». Pas tant du fait des annonces gouvernementales que de ses tentatives pour étouffer le mouvement : terroriser par la menace de répression, déloger par la force et dans le sang ces centaines de points de blocages qui persistent, voilà sa méthode.

Mais la mobilisation est loin de s’épuiser d’elle-même. Y aura-t-il un acte VI ? Certains Gilets Jaunes y appellent. Il ne s’agirait plus de se rassembler à Paris, mais dans des villes de province ou de périphérie, épicentres des mobilisations. C’est le cas d’Eric Drouet qui pencherait pour un événement à Versailles le weekend prochain.

En parallèle de cette organisation du mouvement Gilet Jaune pour les fêtes de fin d’année, ce sont les péages Vinci-Autoroute qui sont dans le viseur des Gilets Jaunes, notamment dans le Sud de la France comme à Béziers, Narbonne, Perpignan, Bandol ou Manosque où des incendies et dégradations de péages du concessionnaire privé ont été revendiqués par des Gilets Jaunes. Sous pression du gouvernement qui craint plus que tout un nouvel embrasement, Vinci a même renoncé à faire payer les automobilistes passés gratuitement lors des opérations des gilets jaunes et qu’il comptait sanctionner.

Aucun signe donc, que le gouvernement soit parvenu à éteindre l’incendie des Gilets Jaunes. La « carotte » des annonces n’ont vraisemblablement pas réussi à redorer la Macronie, pas plus que redonner une légitimité politique à son président, toujours aussi contesté. Il lui reste ainsi les évacuations policières et son lot de violences, dans une guerre de l’épuisement que les forces de l’ordre mènent cette semaine contre ces ronds-points occupés, repris souvent quelques heures après. Un autre signe que la défiance et la colère sont solidement ancrées et donneront du fil à retordre dans les prochains mois à la majorité.




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