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Politique

Quitte ou double

Gilets Jaunes : Castaner demande au nouveau préfet de Paris une « impunité zéro »

Le gouvernement cherche à instaurer un climat de terreur en vue de dissuader les manifestants. Au risque de nouveaux débordements, qui, dans un contexte de mobilisation de l'armée, seraient lourds de conséquences politiques.

jeudi 21 mars

Crédit photos : CHRISTOPHE ARCHAMBAULT AFP

Samedi dernier, acte 18 des Gilets Jaunes, la débâcle sécuritaire essuyée par le gouvernement a été proche de l’humiliation. Entre une police dépassée et un Macron au ski, les images d’un Paris en flammes ont menacé de transformer le revers sécuritaire en revers politique : c’est toute la consolidation, certes précaire, dont a bénéficié Macron suite au grand débat qui menace de s’évaporer.

Au premier chef, c’est le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, qui a été désigné comme responsable. Dans une opération de sauvetage du premier flic de France, le préfet de Paris, Michel Delpuech, limogé, a servi de fusible ; et, pour envoyer un message politique fort, le gouvernement a joué la surenchère sécuritaire : amendes de 135 euros pour participation à une manifestation non déclarée, périmètres d’interdiction de manifestations, marqueurs chimiques. La course en avant s’inscrit dans la continuité de la répression brutale qui s’abat sur les Gilets Jaunes et marque un saut net dans l’offensive répressive.

A ce titre, Castaner, en sursis après la débâcle de l’acte 18, joue sa peau. Aussi a-t-il enjoint le préfet récemment appointé, Didier Lallement, à une « impunité zéro ». Déversant sa hargne et sa haine des Gilets Jaunes pour se repayer une légitimité qui est partie en fumée, Castaner a déclaré : « Samedi, sur les Champs-Elysées, il n’y avait pas de manifestants, il n’y avait que des haineux, des ultras, des factieux, des gens venus pour casser, pour détruire, pour agresser, car on ne peut pas se prétendre simple spectateur de ceux qui défigurent Paris, de ceux qui balafrent la France ».

Annonçant un changement dans la doctrine du maintien de l’ordre, qui consiste à déployer des unités plus mobiles, dont l’objectif est d’aller au contact pour interpeller, et plus seulement se contenter de contenir un périmètre donne, le ministre de l’intérieur s’expose en cela à un risque accru de blessés graves – un risque « assumé » dit-il – voire de morts, car avec le déploiement de l’armée de samedi, un cap est franchi.

Tout d’abord, même si elle marque un saut dans la répression, cette mobilisation de l’armée s’inscrit dans un processus de militarisation accru de l’espace public, et de la constitutionnalisation de l’état d’urgence, dont l’arsenal juridique a servi, et sert encore principalement à la criminalisation des mouvements sociaux. « Reposant sur la distinction du délinquant et de l’ennemi, le cloisonnement juridique entre la sécurité intérieure et la défense extérieure est l’un fondements démocratiques de l’usage de la force. La lutte anti­terroriste avait déjà mis à mal ce principe. En engageant les militaires de Sentinelle pour sécuriser des « sites fixes » face à des manifestants, le pouvoir exécutif, visiblement déso­rienté par l’acte XVIII, prend un nouveau risque considérable », écrit Jean-Dominique Merchet, éditorialiste spécialiste des questions de sécurité à l’Opinion.

En effet, les risques sont tout autant tactiques que politiques. Tactiques, car l’armée n’étant nullement formée au « maintien de l’ordre », les risques sont accrus, comme le confie, inquiet, un secrétaire d’état au Figaro : « On n’a jamais utilisé des unités d’intervention comme celles qui ont été annoncées. Si ce week-end il y a des blessés graves ou des morts, on entre dans une autre dimension et tout sera bousculé. Alors, il faudra enclencher un processus de réconciliation nationale, que chaque camp fasse un geste envers l’autre. Le remaniement de la semaine prochaine en serait impacté. »  

 C’est que les risques, de tactiques, pourraient bien devenir politiques : « Mais surtout, jusqu’où pourront aller ces militaires si un bâtiment public se retrouve menacé ? interroge Vincent Brengarth, avocat au barreau de Paris. Pourront-ils faire utilisation de leurs armes contre une population qui, quoi que l’on en dise, reste profondément civile malgré les insinuations formulées par le gouvernement et le chef de l’Etat ? Les conséquences seraient à n’en pas douter dramatiques. » 

Un risque que le gouvernement, acculé à la répression semble, pour le moment, assumer, tendant par là même à instaurer, comme le dit Vincent Brengarth, un « climat de guerre civile. »




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