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Politique

Portrait d’un président - 1ère partie

Giscard : un président qui nous a coûté cher

Alors que Valéry Giscard d’Estaing a cassé sa pipe, les médias brossent un portrait des plus élogieux de l’ancien président de la République. Pourtant la réalité est bien moins flatteuse.

jeudi 3 décembre 2020

Né en 1926 en Allemagne dans une famille bourgeoise et dont le père a racheté la particule d’Estaing, Valéry avait tout pour réussir. Il participe à la libération de Paris. Décoré de la croix de guerre, il reprend ses études après la guerre et fait polytechnique avant de rejoindre l’ENA qui vient d’être créée. En 59, à 32 ans, il est nommé secrétaire d’État aux Finances aux côtés du ministre des Finances et des Affaires économiques. Un premier poste qui va le propulser à la tête du ministère dès 1962. Poste qu’il occupera également sous Pompidou. En 1974, il remporte de justesse l’élection présidentielle face à Mitterrand avec 50,81 % des suffrages exprimés et 424 599 voix d’avance, soit le plus faible écart dans toute l’histoire de la Ve République. Un septennat marqué par la fin des 30 glorieuses, par l’austérité et les interventions impérialistes en Afrique.

Une grève historique dans les PTT dès les premiers mois de mandat

Les premiers mois de son mandat sont marqués par les plus grandes grèves connues par le pays depuis mai 68. En octobre 1974, les postiers se mobilisent contre les mauvaises conditions de travail et les faibles salaires. De plus, l’arrivée au pouvoir du libéral Giscard fait craindre une privatisation des PTT. Certains centre de tri comptent plus de 90 % de grévistes. Ils sont rejoins par le secteurs hospitaliers et les éboueurs. Le gouvernement ne cédera pas et en décembre la grève historique aux PTT s’achève sans avoir obtenu gain de cause. Cette défaite entraînera un reflux des mouvements sociaux malgré la crise économique qui va arriver.

Fin des 30 Glorieuses et début de la rigueur

En 1975, les répercussions du choc pétrolier se font sentir et la conjoncture économique change drastiquement. On passe d’une croissance de 4,3 % à une récession de -1 %. Le premier ministre Jacques Chirac souhaite mener une politique de relance mais Giscard défend une politique de rigueur. C’est dans un premier temps Chirac qui l’emporte mais avec sa démission en 1976, outre la fracture consommée à droite, la politique d’austérité va maintenant être mise à l’ordre du jour avec la nomination de Raymond Barre comme Premier ministre.

Dès son arrivée à Matignon, ce dernier donne le ton : « La France vit au-dessus de ses moyens ». Giscard et son gouvernement vont pouvoir tailler dans le lard. Les attaques contre les travailleurs arrivent de toute part. En particulier le plan de « sauvetage » de la sidérurgie qui prévoit de supprimer 21 000 postes en 2 ans. Le chômage explose et dépasse le million de personnes. L’inflation est galopante et le gouvernement est incapable de la stopper. Il est alors décidé de limiter les hausses de salaires et le CDD rentre dans le droit du travail français. Ce qui est la norme maintenant était considéré avec raison comme une régression sociale d’ampleur par les syndicats à l’époque. Malgré tout, les déficits budgétaires s’accumulent et ne quitterons plus l’État français.

Qui dit crise dit bouc émissaire. Une rhétorique tristement connue qui n’a rien à envier à l’extrême droite : « les étrangers nous volent notre travail ».

Pour lutter contre le chômage... expulsons les étrangers

On est bien loin de l’image de Giscard au petit déjeuner avec les éboueurs. Là il faut que les immigrés quittent le pays pour que les « vrais Français » puissent travailler, la politique raciste fait son lit. Si dans un premier temps, Giscard souhaite impulser des retours volontaires grâce à des aides financières, devant l’échec de cette stratégie, il utilisera la force. Il prône ainsi une politique de retour forcé et planifié. Avec en ligne de mire les travailleurs algériens. On parle alors d’expulser 100 000 Algériens par an pendant cinq ans, soit 500 000 personnes.

Giscard, c’est surtout des affaires

Outre le fiasco et scandale politico-financier des fameux avions renifleurs, le mandat de Giscard a été marqué par plusieurs morts suspectes. Pas moins de trois anciens ministres impliquées dans des affaires ont été assassinés ou retrouvé morts dans des conditions suspectes. Jean de Broglie ancien ministre sous de Gaulle et député de l’Eure, a été exécuté d’une balle dans la nuque en 1976. Joseph Fontanet, ancien ministre de la Santé sous Pompidou en 1962, puis du Travail sous Chaban-Delmas en 1969, a été assassiné par balle en février 1980. Robert Boulin, lui, a été retrouvé mort le 30 octobre 1979 dans un étang dans la forêt de Rambouillet.

Mais le septennat de Giscard est aussi connu pour sa fin. Chirac crée en 1976 le RPR en opposition à la politique du gouvernement et se réclame de l’héritage gaullien d’intervention de l’État. L’UDF est crée en soutien à Giscard en 1978. Les deux hommes vont s’opposer pour les élections de 1981 divisant ainsi la droite tandis que Mitterrand va porter le programme commun de l’union de la gauche. Les hommes du Service d’action civique, service d’ordre gaulliste impliqué dans de nombreuses affaires allant de l’assassinat au détournement et au braquage, vont coller des diamants sur les yeux de Giscard sur ses affiches de campagne. Cela fait référence aux cadeaux de l’« Empereur » Bokassa Ier. Ce dernier, président de la République Centrafricaine avant qu’il ne soit renversé par Giscard, lui avait offert une plaquette de bijoux d’une valeur estimée à un million de francs en 1973 alors qu’il était ministre des Finances. Sa défense chaotique sera une des raisons de sa défaite.

Outre la politique de rigueur, le bond du chômage et l’inflation, c’est l’affairisme et les interventions militaires à répétions en Afrique auront raison de VGE. Sous De Gaulle, il n’y a eu « que » deux interventions militaires françaises en Afrique. Entre 1977 et 1981, l’armée française intervient trois fois plus. Quasiment une guerre par an. Deux fois au Zaïre (actuel RDC) en avril 1977 et en mai-juin 1978, deux fois en Mauritanie en novembre 1977 et en juin 1978, deux fois au Tchad en 1978 et mai 1980 et une fois en Centrafrique en septembre 1979 pour se débarrasser de Bokassa un peu trop encombrant et qui se rapprochait un peu trop de Kadhafi. Giscard a essayé tant bien que mal de se débarrasser de ce dernier sans succès. On ne compte plus les tentatives de déstabilisation organisées par les services français, en Libye, en Angola et au Bénin. Le but : lutter contre expansion de l’influence communiste en Afrique. Mais nous reviendrons sur la politique extérieure de Giscard lors d’un prochain article.

En tout cas, pour Valéry Giscard d’Estaing, partisan de la rigueur et lui même radin d’après son autobiographie, sa mort va permettre à l’État d’économiser. En effet, Giscard coûtait la petite bagatelle de 2,5 millions d’euros par an. Il avait à sa disposition un splendide appartement boulevard Saint-Germain à Paris, et sa résidence privée à Authon mobilisait quinze gendarmes à temps plein, pour un coût annuel de 1,1 million d’euros. Il avait une voiture de fonction avec deux chauffeurs, et pouvait voyager gratuitement via Air France ou la SNCF (comme quoi la gratuité des transports c’est possible). Giscard avait également à sa disposition deux sous-officiers de l’armée de terre, et trois sous-officiers de la marine pour un coût total de 287 000 euros. La rigueur ne passait donc pas par lui.




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