Femmes en première ligne

Gloire éternelle aux communardes !

Andrea D’Atri

Gloire éternelle aux communardes !

Andrea D’Atri

Dans chaque cœur qui bat pour la liberté vit la mémoire des communardes et des communards de Paris de 1871. Les femmes, comme dans tous les processus révolutionnaires de l’Histoire, ont été en première ligne des barricades.

Au moment de la Commune, les femmes en France avaient déjà derrière elles une longue tradition de participation aux luttes révolutionnaires. En 1789, pendant la révolution française, les femmes de la bourgeoisie avaient déjà assumé des revendications politiques, en défense de leurs droits, tandis que les femmes des faubourgs avaient eu un rôle central dans les mobilisations contre les pénuries et la cherté de la vie. Ce sont ces luttes contre la faim et les luttes révolutionnaires qui ont rendu possible la participation des femmes des classes populaires à l’action sociale et politique, brisant les chaînes de la domesticité.

Plus tard, pendant le printemps des peuples de 1848, on remarque la présence de travailleuses, inspirées par les idées socialistes et communistes, qui défendent l’égalité pour les femmes et qui l’associent à l’émancipation de la classe ouvrière, à travers le dépassement de l’ordre existant. À cette époque le Code civil napoléonien était l’un des instruments les plus puissants pour la subjugation des femmes, puisqu’il leur enlevait tous leurs droits, les soumettant entièrement à l’autorité du père ou du mari. Il ne reconnaissait pas les unions de fait et les enfants nés de ces unions étaient considérés comme illégitimes. Les femmes n’avaient pas le droit de vote, tandis que les travailleuses souffraient l’exploitation dans des conditions de travail misérables. Le Code affirmait aussi que les femmes étaient la propriété de leur mari et que leur rôle social était celui d’être exclusivement des mères. Mais l’expérience des femmes dans la lutte de classes en France a été un héritage révolutionnaire pour les femmes de 1871, qui ont vu dans la Commune un moyen d’acquérir enfin la république sociale et l’égalité réelle.

Le premier gouvernement ouvrier de l’Histoire

En 1870, l’empereur Napoléon III avait entraîné le pays dans une guerre contre la puissante armée prussienne. Quand les nouvelles de la défaite française sont arrivées à Paris, l’empereur abdique et la république est instaurée, créant un gouvernement de la défense nationale au moment où l’armée prussienne commençait le siège de la capitale. Des milliers de Parisiens formaient à l’époque la Garde nationale, composée majoritairement par des ouvriers qui élisaient leurs propres officiers. Quand en mars 1871 l’Assemblée nationale approuve une paix très défavorable au pays, la Garde nationale n’accepte pas le désarmement.

Le 18 mars 1871, les femmes ont été les premières à sonner l’alarme contre les troupes du gouvernement qui tentaient de s’emparer des canons de Montmartre. Elles se sont mises devant la troupe et ont empêché que les canons ne soient enlevés, se tournant vers prolétariat et la Garde nationale à défendre la ville. Telle est le début des 148 jours de la Commune de Paris. La communarde Louise Michel rappelle : « Je suis descendue de la colline avec mon fusil sous le manteau en criant « Trahison ! ». Nous voulions mourir pour la liberté. Nous sentions comme si nos pieds ne touchaient pas le sol. Si nous étions morts, Paris se serait soulevé. J’ai soudainement vu à ma mère près de moi et j’ai senti une grande angoisse ; inquiète, elle était venue, et toutes les femmes se trouvaient là. Elles s’interposaient entre nous et l’armée, les femmes se jetaient sur les canons et les mitrailleuses, les soldats demeuraient immobiles. La révolution était faite. »

L’Assemblée nationale, devant la rébellion de sa propre armée et du peuple parisien, s’est déplacée à Versailles, avec l’objectif de mater la capitale rebelle. Le peuple de Paris a mis alors en place un pouvoir révolutionnaire communal et a exhorté le reste des communes françaises à imiter son exemple et à s’unir dans une fédération.
En hissant le drapeau rouge sur l’Hôtel de ville, le premier gouvernement ouvrier et populaire de l’histoire a décrété en peu de temps la séparation de l’Église et de l’État, a déclaré comme propriété nationale tous les biens de l’Église, la révocabilité de tous les postes de fonctionnaire, la mise en place d’un salaire d’ouvrier pour les élus ; elle a aussi supprimé l’armée régulière, remplacée par le peuple en armes, annulé les dettes des locataires, et proclamé l’égalité des droits pour les femmes. La Commune a été un merveilleux exemple de comment le prolétariat peut accomplir les tâches démocratiques que la bourgeoisie ne peut que promettre.

Pendant ce temps, l’Assemblée nationale a accéléré son attaque contre les rebelles, sous le regard approbateur des prussiens. La résistance de la glorieuse Commune de Paris n’a pu être brisée qu’après des semaines de luttes sanglantes qui ont conclu avec des représailles qui ont coûté la vie à des milliers de personnes. Il s’agit d’une des répressions les plus cruelles contre le mouvement ouvrier dans l’histoire. Plus de personnes sont mortes pendant la dernière semaine de mai que pendant toute la guerre franco-prussienne.

Des héroïnes incendiaires

Des femmes courageuses ont participé férocement à la Commune, prenant les armes, résistant contre les troupes françaises et contre les Prussiens, jusqu’à ce que la défaite n’arrive par la mort en combat, les exécutions ou la déportation. Les femmes ont fabriqué des uniformes, soigné les blessés, pris en charge le ravitaillement. Des milliers de femmes ont fabriqué des sacs pour la construction de barricades. En peu de temps, elles ont aussi mis sur pied des coopératives et des syndicats ; elles ont participé à des clubs politiques, revendiquant l’égalité des droits, en créant leurs propres organisations, comme le Comité de vigilance des citoyennes, le Club de la révolution, ou l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés, fondée par des membres de la Première internationale, influencées par la pensée de Karl Marx.

Mais, surtout, la Commune a organisé le travail de quelque 3 000 femmes dans les ateliers de munitions et d’armes, dans la construction des barricades. Elles ont ramassé les armes des morts pour continuer le combat, elles ont formé un bataillon féminin de la Garde nationale, composé par 120 femmes, qui a lutté sur les barricades de Paris jusqu’à la dernière semaine, quand elles sont toutes mortes au combat.

Elles étaient des travailleuses, des femmes des quartiers populaires, des petites commerçantes, des enseignantes, des prostituées, etc. Ces femmes se sont organisées dans des clubs de la même manière que l’ont fait les femmes de la révolution française de 1789. Mais, à différence d’elles, les femmes de la Commune ont pris les armes que la bourgeoisie leur a refusées.

Notre drapeau est rouge comme le sang versé des communardes et des communards de Paris

Le 21 mai 1871, les troupes versaillaises entrent dans Paris dans ce qui a été connu comme la Semaine sanglante. Les témoins de l’époque racontent que quand la Commune est tombée, les femmes révoltées par le massacre, attaquaient les officiers et se jetaient contre les murs espérant être fusillées. La propriétaire d’un restaurant est jugée pour avoir saccagé un commerce d’objets religieux avec le but de monter une barricade. Le juge lui demande : « Vous avez utilisé les statues des saints pour monter une barricade ? » Elle lui répond : « Oui, c’est vrai. Mais les statues sont en pierre, tandis que les morts sont en chair et en os ».
Les hommes et les femmes de la bourgeoisie ont fui Paris et le pouvoir ouvrier qui menaçait leurs privilèges de classe. Ils sont devenus des collaborateurs et des informateurs du gouvernement répresseur.

Finalement, quand la Commune a été écrasée, les femmes de la bourgeoisie sont retournées à leurs foyers et ont continué à se promener dans les rues de Paris, se réjouissant du retour à l’ « ordre », mouillant la pointe de leurs ombrelles du sang encore frais des martyrs de la Commune — comme le montrent des gravures de l’époque.

Il n’est pas difficile de se rendre compte que l’unité avec les femmes de la bourgeoisie était impossible sur les barricades. Deux classes s’affrontaient ouvertement et les femmes se sont alignées selon leurs intérêts de classe, d’un côté et de l’autre de la ligne de feu. Le prolétariat, qui s’était allié à la bourgeoisie contre l’absolutisme féodal, s’est transformé en un ennemi redoutable. La bourgeoisie, effrayée par le prolétariat en armes était incapable d’accomplir sa mission historique. Ce conflit s’est transformé en des rivières de sang pendant la Commune de Paris, sans retour en arrière possible.

Lors de chaque soulèvement de la classe ouvrière, lors de tous les événements de la lutte de classes, partout dans le monde, chaque fois que les opprimés luttent contre leurs oppresseurs, les femmes sont à l’avant-garde. C’est ce qu’a affirmé Léon Trotsky : ceux qui ont le plus souffert le monde ancien, sont ceux qui luttent le plus pour faire advenir le nouveau. Ou, comme le dit Louise Michel : « Faites attention avec les femmes lorsqu’elles sont dégoûtées par tout ce qui les entoure et se soulèvent contre le vieux monde. Ce jour-là naîtra le nouveau monde. »

Trad. CM

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