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Glyphosate : Monsanto fiche 200 personnalités pour son lobbying

La firme d'agro-alimentaire vient d'être épinglée dans une affaire de fichage massif et illégale de personnalités ayant une influence sur l'image de son pesticide phare.

lundi 13 mai

Crédit photo : Juliette MIchel / AFP

Le glyphosate défraie le chronique depuis des années tant son interdiction tarde à venir. Pourtant, les témoignages des dangers potentiellement cancérigènes que représente ce pesticide présent dans le Roundup, herbicide phare du géant Monsanto, ne manquent pas. Depuis 2015 même, le Centre international de recherche sur le cancer a classé l’herbicide comme « cancérigène probable ». En plus de la complaisance habituelle des pouvoirs publiques à laisser agir, et appuyer la firme agro-alimentaire qui vient d’être rachetée par Bayer, Le Monde et France 2 viennent de dévoiler un fichier destiné à influencer les personnalités les plus diverses pour qu’elles défendent le glyphosate.

Cette opération de lobbying remonte à 2016 ; lorsque Monsanto confie au cabinet de relation publiques et de lobbying Fleishman-Hillard la mission de l’aider à défendre le glyphosate. À l’époque, le risque d’une interdiction du produit chimique planait sur la firme qui a fait fortune sur ce dernier. Il fallait à tout prix défendre ce précieux sésame contre ses critiques. Pour ce faire, il fallait s’entourer d’alliés prompts à prêcher la bonne parole (et glisser les bons billets) de Monsanto dans tous les milieux. L’enjeu est de taille. Monsanto n’hésite pas à mettre les moyens pour cela : d’après les données du site lobbyfacts, Fleishman-Hillard aurait reçu près de deux millions d’euros de Monsanto pour ses services.

Ainsi, des journalistes, des scientifiques, des personnalités politiques et des dirigeants d’organismes professionnels ou publics ont-elles été fichées, en dépit des lois interdisant les fichages sans le consentement des principaux intéressés. En tout et pour tout, près de 200 leaders d’opinion ont été soigneusement ciblés en fonction de stratégie de lobbying ultra-personnalisées. Chaque fiche comporte des informations sur les opinions de chaque personnalité à propos du glyphosate, de Monsanto, des OGM... mais aussi des informations relatives à ses loisirs et centre d’intérêts. Les différents profils sont ensuite répartis en fonction de leur degré d’adhésion au glyphosate – les « alliés » – ou de leur dangerosité pour Monsanto – les « à surveiller ». Entre ces deux extrêmes, les personnalités sont classées en deux groupes : ceux « à recruter » et ceux « à éduquer ». D’autres fichiers classent les personnalités en fonction de leur crédibilité dans le débat public et de leur adhésion à Monsanto.

Chaque personnalité fichée est profilée en fonction de l’apport qu’elle peut apporter à la firme internationale. En fonction de son influence politique, de sa plus ou moins grande neutralité dans ses articles, une personnalité politique ou médiatique fera l’objet d’interventions ciblées allant d’un intervention de conseil jusqu’à la volonté d’« isoler sa voix » si elle ne correspond pas aux attentes de Monsanto. Ce fichage exhaustif va, en outre, bien au-delà des simples informations disponible dans le domaine publique puisque un document interne montre que l’agence Fleishman-Hillard a sous-traité à Publicis Consultants la tâche de « collecter du renseignement et des informations au niveau politique qui ne sont PAS dans le domaine public ».

Une connivence qui, loin de se limiter à des pratiques, bien réelles, de lobbying, de jeux d’influence, de communication et de pression, s’établit dans la nature même du système capitaliste, dans un lien organique avec les élites politiques, et, comme l’a montré la décision d’Emmanuel Macron, dépasse non seulement les frontières nationales, mais aussi les liens inter-personnels.




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