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Politique

Hypocrisie

Gouvernement sous pression. La déconjugalisation de l’AAH enfin votée à l’Assemblée nationale

L'Assemblée nationale vient de voter la déconjugalisation de l'AAH dans le cadre de la lutte pour le pouvoir d'achat. Une mesure attendue de longue date par les militant.e.s féministes et anti-validistes que le gouvernement excluait jusqu'à tout récemment, signe de l'hypocrisie de l'exécutif face au mécontentement de la population frappée par l'inflation. Elle ne sera appliquée qu'en octobre 2023.

vendredi 22 juillet

Crédit : LCP

L’Assemblée nationale vient de voter la déconjugalisation de l’Allocation Adulte Handicapé (AAH) à l’unanimité moins une voix dans la nuit de mercredi à jeudi. Cette allocation d’un montant maximum de 904€ par mois était calculée par la CAF en tenant compte de l’ensemble des ressources d’un foyer. Elle est très rapidement dégressive : au-delà de revenus dépassant 20000€ par an, le ou la conjoint.e handicapé.e ne peut plus prétendre à aucune aide, ce qui ne correspond pourtant qu’à 1667€ par mois pour deux personnes. Ce mode de calcul conjugalisé concerne également d’autres allocations telles que le RSA ou l’ASPA, et il est vivement critiqué par les militant.e.s féministes et anti-validistes car il entretient une dépendance financière du ou de la conjoint.e handicapé.e. Une situation d’autant plus terrible lorsque l’on sait que les femmes handicapées sont surexposées aux violences sexistes et sexuelles, y compris dans le cadre du couple : elles sont 4 sur 5 à avoir été victimes de violences sexistes ou sexuelles.

La déconjugalisation de l’AAH est donc revendiquée depuis longtemps par plusieurs associations, et avait même été portée au débat pendant les élections présidentielles et législatives de cette année, ainsi que pendant la précédente législature de Macron. Lors du précédent quinquennat, les députés macronistes se sont opposés systématiquement à cette mesure. Y compris Emmanuel Macron et Elisabeth Borne, en plus de s’être prononcés contre ont enchaîné les sorties validistes.

Emmanuel Macron avait ainsi pu répondre à une femme handicapée qui disait hésiter à se marier par peur de perdre toute indépendance financière de simplement "choisir l’amour". Elisabeth Borne il y a seulement six semaines disait à une autre femme handicapée qui se plaignait de n’avoir aucune indépendance financière de "reprendre une activité professionnelle" le cas échéant auprès de "structures dont c’est la responsabilité". Des propos indécents lorsqu’on sait que les structures comme les ESAT (Établissement et service d’aide par le travail) ne sont pas soumises au droit du travail et payent les travailleurs seulement 55% du SMIC. De plus, on sait très bien que beaucoup de patrons préfèrent payer des amendes pour non respect des quotas légaux de salariés handicapés plutôt que d’adapter des postes de travail ou de perdre en rendement à cause d’un salarié handicapé.

Toujours opposée à la déconjugalisation de l’AAH, le gouvernement, sous pression tente de glisser une mesure progressiste dans sa loi pouvoir d’achat, pour draguer la gauche. En réalité, en plus de l’hypocrisie de cette manoeuvre politique, la mesure reste insuffisante.

En effet, comme le souligne plusieurs associations , l’AAH ne sera pas indexée sur l’inflation et elle ne sera effectivement déconjugalisée qu’en octobre 2023 ce qui laisse encore les personnes handicapées dans une situation de dépendance économique encore pour de longs mois. En cause, la nécessité de mettre à jour les logiciels de la CAF alors que l’organisme victime de coupe budgétaires, est déjà surchargé de dossiers et se voit imposer des objectifs de contrôles des allocataires. De plus, sans hausse conséquente du budget des CAF, des observateurs craignent que l’AAH, déjà difficile à obtenir ne soit encore plus fréquemment refusée aux handicapé.e.s.

Si la déconjugalisation de l’AAH peut constituer un acquis minime, il ne change en rien le quotidien de discrimination des personnes handicapé.s. Actuellement, de nombreuses personnes se trouvent exclues de l’emploi, parfois en raison de handicaps légers - parfois causés directement par des conditions de travail dangereuses - sans même que l’État ne leur reconnaisse le droit à une allocation de 900€, déjà inférieure au seuil de pauvreté. Pour une pension à la hauteur du SMIC revalorisé qui permette une véritable autonomie financière et une vie décente, on ne peut faire aucune confiance à ce gouvernement pour avancer dans nos droits et combattre la discrimination quotidienne des personnes handicapés au travail et dans vie.



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