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Politique

Grâce à la crise économique, les banques ont déjà engrangé 500 millions d’euros

La crise économique n'a pas le même goût pour tout le monde. Pendant que les travailleurs subissent de plein fouet le piétinement de leurs acquis sociaux, la menace des licenciements et du chômage de masse ; l'endettement des Etats a déjà rapporté aux banques 500 millions d'euros.

mercredi 17 juin

Crédit photo : Reuters

Des mécanismes de marché en temps de crise qui profitent aux banques

Confrontés à des besoins massifs de financement face à la crise du Covid-19, les Etats européens ont multiplié les émissions obligataires par syndication. La syndication est une forme d’emprunt qui permet de sécuriser la dette des États, de rassurer les investisseurs... et qui permet aux banques de prendre des commissions d’en moyenne 0,20% ! Et cela sans avoir ni à acheter les obligations et ni à garder un certain temps les titres dans le portefeuille- ce qui rend la valeur dépendante de la demande et augmente le risque de dépréciation. Plus précisément, dans le cadre de la syndication, au lieu d’acheter les titres, les banques « tiennent un livre d’ordres, dans lequel elles recueillent les demandes des investisseurs (gérants, fonds de pension, banques centrales, etc.) et elles touchent une commission sur les sommes levées […] les syndications de dette d’Etat, en euros et en livre sterling, ont ainsi déjà atteint 280 milliards d’euros en 2020. Une hausse de près d’un tiers par rapport à l’année dernière à la même époque  » comme l’explique les Échos. Profitant de ce contexte de crise, les banques ont ainsi pu générer 500 millions d’euros depuis le début de la pandémie ; « 2020 pourrait constituer une année record en matière de revenus pour les spécialistes des émissions de dette » toujours selon les Échos.

Une crise économique à double vitesse

Cet endettement des Etats qui profite grassement aux banques a été contracté pour répondre aux demandes du patronat. En France, le plan d’urgence de crise sanitaire déployé par le gouvernement a permis de débloquer 110 milliards d’euros pour financer en premier lieu le chômage partiel avec une enveloppe de 24 milliards d’euros. Ce qui, comme nous le relations, « permet surtout à un grand nombre de patrons et d’entreprises – y compris les plus grosses – de ne pas mettre la main à la poche et de préserver leurs bénéfices, qui se chiffrent pourtant en milliards d’euros pour certaines ».

Dans la poursuite de cette logique, 20 milliards ont été versés aux entreprises dites « stratégiques », c’est-à-dire les grands groupes tels que Airbus, PSA ou encore Renault. Autant de groupes et de secteurs financés par l’Etat, qui promettent aujourd’hui des plans de licenciements massifs. Pour ce qui est des PME, 1 à 7 milliards d’euros leur ont été versé ce qui représente un montant maximum de l’aide pour chaque petit entrepreneur de 2 000 à 5 000 euros.
 
Bref, le détail de la note de l’endettement de l’État français suite à la crise du Covid-19 montre que le gouvernement a fait le choix de gaver les acteurs privés et de préserver les profits des grands groupes.
 

Des « efforts » uniquement pour la classe des travailleurs

Des milliards versés aux entreprises, des banques qui récupèrent des millions d’euros sur l’endettement, et parallèlement des travailleurs qui paient et vont payer la crise. Les Accords de Performance Collective (APC) visant à remettre en cause les acquis sociaux des travailleurs (salaire, congés payés, primes, etc.) se multiplient en même temps que les menaces de licenciements massifs. En avril, 800 000 nouveaux chômeurs ont été recensé en France et l’exemple de Derichebourg où un APC vient d’être voté conduisant à des pertes de salaires jusqu’à 500€ pour certains salariés

Ceci n’est pas sans rappeler la crise de 2008 où le gouvernement français a garanti 320 milliards d’euros pour les prêts interbancaires et a offert 40 milliards pour recapitaliser et sauver les banques. Cela n’étant encore une fois pas sans conséquence pour nous, classe laborieuse : la dette publique a explosé passant à 73% du PIB, un endettement qui se paie encore aujourd’hui avec la casse des services publics comme la santé et l’éducation.

Les banques ont obtenu 500 millions d’euros par un approfondissement de la dette des États, qui justifiera à son tour de nouvelles politiques d’austérité contre le service public et plus largement contre nos intérêts de classe. Une situation qui interroge sur la façon de répondre à la crise économique, et la nécessité d’un programme qui permette de refuser que les travailleurs ne paient la crise. Dans le cadre d’un tel programme, le financement de l’économie serait évidemment central, mais devrait se faire dans le cadre d’une expropriation des grandes banques privées et d’une centralisation du crédit qui permette de guider celui-ci en fonction des besoins de la société et d’éviter la captation parasitaire par des acteurs privés des masses financières en jeu.




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