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« Grand débat » : De la répression des Gilets jaunes à l’enfumage des maires

Quoiqu’on puisse en penser de ce « Grand débat », il est une première pour un président en exercice. Près de 600 maires questionnant tour à tour Jupiter qu’ils n’avaient que peu eu l’occasion de côtoyer. Si certains maires ont pu retrouver voix, la plupart des questions sont restées largement éloignées des préoccupations des Gilets jaunes, tout en restant politiquement correcte, comme en témoignent les commentaires sur les réseaux sociaux. Déjà très sceptiques, le peu d'illusions se sont dissipées. Pour exemple, seulement quelques minutes après son début, certains Gilets jaunes se donnaient déjà rendez-vous pour la prochaine séance : « Le Grand débat, ce sera samedi » dans la rue pour l’acte X !

mardi 15 janvier

Crédit photo : (LUDOVIC MARIN / AFP)

Entre une ville en état de siège et un « grand débat » avec un air de campagne présidentielle, Macron avait tout prévu pour l’acte 2 de son quinquennat. Première mauvaise nouvelle, un sondage paru le matin-même a donné un net regain de soutien au mouvement des Gilets jaunes.

Après avoir reculé à 60% la semaine dernière, l’approbation de la population à l’égard des « gilets jaunes » est en hausse de 7 points soit 67%. Tandis que 52% de la population ne compte pas participer au grand débat : la pression est maximale pour Macron.

Préparer le grand débat : une ville en état de siège

Pour Macron, le « Grand débat » revêt un enjeu de taille et il a donc tenté de sortir le grand jeu pour ouvrir « l’acte 2 » du quinquennat. Il s’agissait pour cet exercice de renouer les liens avec les maires, qu’il n’a eu de cesse de bafouer depuis le début du quinquennat. L’objectif, tenter de ressusciter et regagner la confiance de ces « corps intermédiaires » que sont les maires, un « corps » central pour renouer le contact avec la population afin de circonscrire et de canaliser une colère des Gilets jaunes qui n’en finit pas de mettre le pouvoir à l’épreuve acte après acte.

Tout, d’une certaine manière, se devait donc d’être parfait, et réglé au millimètre pour cette journée inaugurale de grand débat.

Attendu de pied ferme par de nombreux Gilets Jaunes, et dans la droite ligne des dernières semaines, la réponse a été identique : la répression. Alors que la ville de Grand-Bourgtheroulde était quasiment en état de siège pour la venue de Macron, ce dernier a été accueilli par de nombreux Gilets Jaunes. La réponse démontre tout ce que le gouvernement entend par « débat » : les Gilets Jaunes présents ont ainsi été gazés, expulsés, les forces de répression procédant même à une interpellation. De quoi donner le ton.

Un grand débat très cadré

Il faut le reconnaître, Macron n’a pas lésiné, n’hésitant pas à mouiller la chemise, aller « au contact » comme il le dit, se confrontant, sept heures durant, aux interrogations portées par les maires. Une façon de casser la stature jupitérienne, éloignée du terrain et des corps intermédiaires, une démonstration « d’écoute » de la part du Président après une première partie de quinquennat pleine de mépris pour ces corps intermédiaires, dans le vague espoir de remettre sur pied les airbags qui lui ont manqué dans son choc avec les Gilets jaunes.

Mais derrière le décor en carton-pâte et le show, pas grand-chose à se mettre sous la dent. Loin de pouvoir aborder tous les sujets, il s’agissait en réalité pour Macron de poser rapidement le cadre des discussions de la suite du grand débat.

Il avait prévenu d’avance : rien de ce qui a été fait ces 18 derniers mois ne sera défait. Exit donc l’ISF, : « Il ne faut pas raconter des craques : c’est pas parce qu’on remettra l’ISF comme il était il y a un an et demi que la situation d’un seul gilet jaune s’améliorera. Ça, c’est de la pipe. »

Et c’est la même chose pour nombre de sujets. Alors que la destruction des services publics est une des causes de la colère des Gilets Jaunes, le Président a par exemple rappelé : « On a préservé beaucoup d’emplois de gens qui sont peut-être plus protégés des réalités directes. Donc on a peut-être trop de fonctionnaires de circulaire et pas assez de fonctionnaires de guichet. »

Bref, un débat à des années lumières des préoccupations des Gilets Jaunes.

Un grand débat, enfin, qui ne serait pas ce qu’il est sans la fameuse touche Macron, à savoir les petites phrases pleines de mépris. Après celle sur les « pauvres qui déconnent » peu avant le début du débat, on a pu ainsi entendre Macron faire la leçon sur la meilleure façon de trouver un travail : « Là où j’habite, je peux vous dire on en trouve, mais c’est pas vrai partout. Parfois on fait des caricatures [...] que voulez-vous, on est au temps du numérique. Je suis comme ça, je ne changerai pas. »

Nouvel enfumage, le soutien au mouvement connaît un net regain

En plein cœur de cet enfumage généralisé, dans la suite logique de sa lettre envoyée aux Français, cet exercice de grand débat atteste déjà du niveau de déliquescence des institutions de la Vème République, Macron étant contraint de s’adresser à l’ensemble des maires de France et mettre à l’arrêt son quinquennat, mis en échec par les Gilets Jaunes.

Dans ce contexte, après un acte 9 qui a montré que ni la radicalité ni le nombre n’avaient faibli, le soutien au mouvement connaît un net regain selon un sondage publié ce jour par Elabe pour BFM TV avec 67% d’opinion favorable.

Il en est de même pour la poursuite du mouvement que 54% (+3 points) des interrogés soutiennent.

Grand débat ou pas, et malgré la répression brutale qui accompagne ce soi-disant débat, ce n’est pas avec ce procédé grotesque de théâtre que Macron se tirera d’une crise politique d’une ampleur inédite qui ébranle les piliers de la Vème République.




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