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Politique

Grand froid et fiasco énergétique : la population appelée à baisser sa consommation d’électricité

Le gestionnaire du réseau électrique (RTE) a demandé à la population de réduire sa consommation d’électricité via des “éco-gestes” ce vendredi afin d'éviter un dépassement de la marge de sécurité disponible de production, faisant ainsi peser le poids de la responsabilité d'une mauvaise gestion de la production sur le dos de la population, avec une bonne dose de greenwashing à l'appui.

vendredi 8 janvier

Crédits photo : AFP/Archives/BORIS HORVAT

Le RTE, gestionnaire du réseau a invité la population à réduire sa consommation d’électricité ce vendredi de 7 heures à 13 heures, invitation due à la peur d’une forte consommation face à la baisse des températures attendues (entre − 4 et − 4,5 °C). Cette “surconsommation” (88 000 mégawatts (MW)) aurait en effet pu réduire la marge de sécurité disponible de production pouvant s’étendre jusqu’à 88 200 MW. En réalité, d’après Météo Contact, les températures, mêmes en dessous de la moyenne pour les prochains jours, ne sont pas caractéristiques d’une vague de froid et l’on s’attend à ce qu’elles remontent dans les semaines à venir.

La solution proposée par le RTE consiste à faire reposer la responsabilité d’une mauvaise gestion de la production d’électricité sur le dos de la population, en leur demandant de baisser leur chauffage et d’éteindre leurs ampoules. Pour leur donner une idée de leur impact, le RTE explique qu’une ampoule éteinte sur une certaine période donnée reviendrait à une économie d’électricité de 600MW, c’est-à-dire la consommation d’une ville comme Toulouse. Une manière de jouer sur le fait que les problématiques environnementales touchent aujourd’hui une grande partie de la population, en leur demandant de réduire leur consommation via des "écogestes".

Dans la même lignée, le hashtag #MetsTonPull s’inscrit aussi dans une stratégie de green-washing. Celui-ci incite la population à se couvrir pour baisser d’un degré ou deux le chauffage. Mais, une fois de plus, nous ne sommes pas dupes face au capitalisme vert orchestré par les multinationales, qui ne cherchent qu’à cumuler des profits, face aux factures qui augmentent malgré les efforts de certains. D’après le média LCI, ces augmentations peuvent s’expliquer par différentes raisons. D’une part, le confinement a fait exploser la consommation d’électricité, mais c’est une conséquence qui aurait pu être prévue plus tôt. D’autre part, le tarif de l’électricité est déterminé par différents facteurs, dont les taxes qui financent la transition énergétique.

Ces taxes, qui ont été multipliées par 5 sur la période de 2009 à 2016, touchent en premier lieu les populations précaires, sous des prétextes écologiques, quand dans le même temps, 100 entreprises sont responsables de 71% des émissions de gaz à effets de serre. Pourtant, ce ne sont pas elles que les différents gouvernements successifs ont cherché à taxer, mais bien la population, tout en développant un discours individualisant reposant sur les "petits gestes". L’électricité devient par ailleurs de plus en plus coûteuse à produire car elle est majoritairement issue du nucléaire qui nécessite des travaux importants de sécurisation et qui peuvent se faire ressentir dans les factures. Enfin, la campagne du compteur Linky a pu aussi participer à l’augmentation des tarifs.

D’autre part, EDF a une implication directe dans l’augmentation des tarifs et d’explosion du service public pour pouvoir répondre aux besoins de la finance. En effet, on peut le voir à l’image de leur projet de privatisation et de découpe des activités les plus rentables par le biais du projet Hercule, qui avait entraîné une grève de la part des travailleurs en décembre dernier.

Au contrario de faire peser une responsabilité individuelle sur la population en utilisant son inquiétudes face à la catastrophe écologique imminente, il semble indispensable que la gestion de l’énergie soit administrée aux travailleurs et aux consommateurs au sein d’un monopole public. Une fois de plus, il apparaît nécessaire d’installer un contrôle de l’énergie, non pas seulement dans le domaine de l’électricité mais aussi dans le domaine pétrolier, et ainsi dire sur la totalité de la branche énergétique. Ce contrôle ne peut se faire que par la nationalisation des entreprises comme EDF et par le biais de la création de comités de régulation. Cette lutte peut notamment s’illustrer autour de la grève de Grandpuits, grève essentielle pour comprendre la nécessité du contrôle ouvrier quant à la gestion des ressources mais aussi pour la transition écologique.




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