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Société

Mort d’un sans-abri à Douai

Grand froid : les grands médias inquiets pour la Fashion Week

Ce 23 Janvier, les températures sont tombées à un niveau critique pour les sans-abris avec de nombreuses chutes de neige, contraignant même 22 départements à adopter le plan Grand Froid. Mais heureusement, les températures n’ont pas empêché Marion Cotillard d’aller au défilé Chanel, ni Paris Match de couvrir cette actualité en or.

mercredi 23 janvier

Le 18 janvier, nous publions un article qui traitait notamment, de l’hégémonie qu’exercent des médias dominants, qui diffusent une idéologie faite de désinformation. Un bon exemple peut être trouvé dans le traitement médiatique du froid pendant l’hiver. Paris-Match nous fournit une illustration parlante.

Alors que les températures ont causé la mort d’un sans-abri hier à Douai, la seule référence que l’hebdomadaire fait au froid se trouve dans le traitement du sujet que tout le monde attendait : non, le froid n’a pas eu raison le défilé Chanel. On est sauvés...

Mais l’hiver pour les personnes qui n’ont pas de toit, est synonyme de bien plus que l’inconvenance de ne pas pouvoir se rendre au défilé de son créateur préféré, 3000euros en moyenne la pièce de tissu. La neige est particulièrement dangereuse parce qu’elle favorise l’humidité et donc, empêche de correctement se réchauffer comme l’indique Brigitte Lucas, responsable du centre d’accueil de jour des sans-abri de l’hospice Saint-Michel, dans le 12e arrondissement de Paris. L’accès des personnes sans-domicile à un hébergement sûr et salubre est donc une question vitale pendant l’hiver. A Lille, on a mesuré jusqu’à 13 cm de neige, et entre 5 et 10cm dans les Ardennes et la Bourgogne.

Pendant ce temps, zéro mention dans Paris Match des risques encourus par les centaines de milliers de personnes qui vivent dans la rue aujourd’hui en France. L’hebdomadaire témoigne d’une ligne éditoriale aux priorités contestables. Une ligne qui reflète les priorités d’une minorité, en l’occurrence Arnaud Lagardère pour Paris Match, qui contrôle la presse.

Pas mention non plus du dispositif Grand Froid, mis en place par les 22 départements, et qui ne propose une solution que temporaire au problème, loin de s’attaquer à la base des difficultés des personnes sans-domicile. Par exemple, beaucoup de personnes sans-domicile ne souhaitent pas aller en centre d’accueil, car elles redoutent le contact avec d’autres sans-domicile, à raison. La première cause de décès chez les personnes sans-abri est la violence à laquelle elles sont particulièrement vulnérable. Elles sont isolées et on avant tout besoin de contact humain. Selon Brigitte Lucas, les grandes structures du plan Grand froid ne sont pas adaptées : « On se retrouve avec des personnes en situation de rue qui ne veulent pas aller dans les gymnases. C’est parce que c’est du collectif, ils en ont une mauvaise image. Ils préfèrent rester sur leur lieu de vie, c’est là la réalité. Il faudrait des structures plus petites, plus accueillantes, plus chaleureuses qui leurs conviennent », estime-t-elle.

La situation est également dramatique pour les migrants, qui sont plus de 2 000 à vivre sous des tentes dans les rues du Nord de Paris. Pour l’instant, seuls 190 ont été dirigés vers des hébergement provisoires, principalement en gymnase.

Paradoxe, face à cette situation alarmante, 3 millions de logements sont vacants en France, selon l’Insee. Un nombre qui suffirait amplement à couvrir la demande en logements, de SDF, et de migrants. On estimait en 2012 le nombre de sans-domicile à 141 000 en France. Ils permettraient également de répondre au besoin de structures de proximité, plus petites et plus à l’écoute des personnes et de leurs besoins.

La persistance du problème des logements vacants témoigne du manque de volonté des autorités publiques et du ministère de la cohésion des territoires à remédier durablement au problème des personnes sans-abri. En contraste, le nombre de résidences secondaires a lui nettement augmenté, de 1.3% par an entre 2010 et 2015, soulignant le creusement des inégalités entre les riches et les pauvres.

En attendant, Paris Match continue de perpétuer une idéologie d’insouciance, à dose de people et de luxe, alors que le climat est lui bel et bien à l’urgence.




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