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Lois anti-grève

Grande-Bretagne : le gouvernement veut faire appel à l’armée pour briser les grèves

La vague de grèves pour les salaires qui frappe le Royaume-Uni depuis cet été ne faiblit pas. Autoroutes, transports, hôpital, poste, partout les travailleurs exigent des augmentations de salaires. Acculé, le gouvernement cherche à renforcer les lois anti-grèves et parle de mobiliser l’armée pour remplacer les grévistes.

Joël Malo


et Augustin Tagèl

7 décembre 2022

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Une vague de grèves inédite depuis des décennies touche le Royaume-Uni depuis cet été. Les cheminots et les travailleurs des transports urbains et aéroportuaires, ainsi que les dockers de plusieurs ports ont rappelé à toute la société britannique que c’est bien la classe ouvrière qui fait tourner le monde. Ces prochaines semaines, de nombreux secteurs vont poursuivre des actions de grève : notamment les 115.000 postiers de la Royal Mail, qui ont prévu six journées de grève disséminées sur le mois de décembre (1, 9, 11, 14, 15, 23, 24 décembre), les cheminots où le syndicat RMT appelle à plusieurs grèves de 48 heures (13 et 14 décembre, 16 et 17 décembre, 3 et 4 janvier, puis les 6 et 7 janvier), le Royal College of Nurses, syndicat du personnel hospitalier, a voté la grève vendredi pour les 15 et le 20 décembre. Cette mobilisation est historique, et n’était pas arrivée depuis plus d’un siècle. De son côté le syndicat de fonctionnaires PCS a indiqué que les agents des autoroutes allaient débrayer à de multiples reprises entre le 16 décembre et le 7 janvier.
 
Ces mobilisations prennent principalement leurs sources dans l’exigence d’augmentation de salaires de la part des travailleurs. L’inflation globale au Royaume-Uni atteint désormais 11 % sur un an, pour une inflation alimentaire plus proche des 17 %.
 
Face aux travailleurs qui exigent massivement de meilleurs salaires et de meilleures conditions de vie et de travail à travers tout le pays, le nouveau premier ministre ultraconservateur, Rishi Sunak, entend ne rien céder et tout faire pour casser les grèves, y compris avoir recours aux militaires. Durant l’été, le gouvernement, alors dirigé par Boris Johnson, a déjà modifié la loi pour permettre aux entreprises d’embaucher des intérimaires pour remplacer les grévistes.

Plusieurs plans sont à l’étude par le gouvernement. Celui-ci s’en prend d’ores et déjà au mouvement écologiste, le mouvement Just Stop Oil recensant les arrestations de 700 militants depuis le mois d’octobre, alors que des condamnations de prison ferme sont désormais mobilisées contre les activistes du climat. Les principales attaques contre le droit de grève visent à instaurer des éléments de service minimum dans différents secteurs : les transports, les docks, dans la santé etc. Cela implique de menacer les grévistes de réquisition, d’amende et de peines pénales si ceux-ci refusent de se soumettre aux interdictions de grève. Certains membres de la bourgeoisie anglaise réfléchissent également à imposer des amendes aux syndicats qui par leur action de grève bloquerait la production ou un service !

Le droit de grève est déjà extrêmement réduit en Angleterre, puisqu’il est encadré par le besoin de procéder à un référendum majoritaire au sein des organisations syndicales pour déposer un préavis de grève, et donc de prévenir des actions de grève très en avance. Mais cet arsenal anti-grève s’est averé de faible efficacité face à la volonté et à la combativité de la classe ouvrière britannique.

C’est ainsi que Nadhim Zahawi, président du parti conservateur, a annoncé ce dimanche : « nous envisageons l’armée, une force d’intervention spécialisée ». Pour tenter de casser la grève le gouvernement annonce avoir commencé à entraîner près de 2000 soldats pour remplacer les grévistes des secteurs stratégiques, notamment pour la conduite d’ambulances ou encore dans les aéroports, avec la Force Frontalière.

Si Rishi Sunak dit n’avoir pas encore tranché à propos du déploiement ou non de troupes pour briser la grève, il s’agit d’une menace ouverte à l’attention des grévistes, alors que se rapprochent les fêtes de fin d’année et les importants déplacements en transports qu’elles impliquent.

Le message du premier ministre est clair : tout plutôt que de céder aux revendications légitimes des grévistes. Le recours à l’armée dans le cadre d’une politique anti-grève est un pas à la fois symbolique et bien réel de la part d’un gouvernement réactionnaire et autoritaire, qui entend utiliser tous les moyens à sa portée pour casser la mobilisation.

Le gouvernement utilise déjà plusieurs ficelles pour limiter la puissance de feu des travailleurs en lutte. La désynchronisation et l’éparpillement des dates de mobilisation et de grève, secteur par secteur imposé par les directions syndicales, pour maintenir le mouvement dans une logique corporatiste en est une. D’un autre côté, le gouvernement lance des campagnes médiatiques violentes contre les grévistes, les accusant de déstabiliser le pays et d’être eux-mêmes responsables de l’inflation. Le recours à la force et au renforcement des lois anti-grève est un aveu de faiblesse, en même temps qu’une volonté claire de passer à l’affrontement. Les Conservateurs britanniques sont sur les dents, après les fiascos des gouvernements Johnson et Truss, livrer la bataille contre les grèves est la seule option qu’ils entrevoient pour éviter le naufrage.
 
Face à ces attaques, à ces tentatives de division en utilisant des travailleurs précaires pour remplacer les grévistes, ou en menaçant de faire appel aux forces de répression pour assurer un service minimum, la réponse de la classe ouvrière britannique doit être unanime pour renforcer le mouvement et faire mordre la poussière aux capitalistes, à leur gouvernement et aux Travaillistes, qui ne trouvent rien à redire au fait que les Conservateurs tentent de museler les travailleurs.


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