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Notre classe

Grève pour l'emploi

Grandpuits. Contre le chantage de la direction, les grévistes restent unis et reconduisent la grève

Lors de leur trentième jour de grève, les raffineurs ont insisté sur la nécessité de s’opposer aux tentatives de division de Total qui voudrait opposer les salariés qui sont censés partir du site et les salariés qui restent. Malheureusement pour la multinationale, la détermination pour lutter pour l'emploi reste ferme et la grève a été reconduite à l’unanimité jusqu’au 11 février.

mercredi 3 février

30 jours de grève dans les pattes, la détermination reste forte

 
30ème jour de grève à Grandpuits. Sur le piquet de grève aménagé, les raffineurs attendent le début de l’assemblée générale qui doit voter la reconduction du mouvement. Après un mois de mobilisation, la fatigue est présente mais la détermination reste forte. Entre collègue on échange sur la suite du mouvement. « Qu’est-ce qu’on fait après le 9 février ? Voilà de quoi on discute sur le piquet ! » raconte un raffineur à des visiteurs venus le saluer.
 
A une semaine du 9 février, date du rendu de l’avis du CSE sur le projet de réorganisation, la pression augmente sur les organisations syndicales auxquelles Total impose un chantage : signer les mesures sociales d’accompagnement, sous peine de voir les quelques concessions de l’entreprise sur ce terrain s’envoler. Du côté des grévistes en revanche, la signature des MSA doit être subordonnée à l’obtention d’emplois. « On est partis sur l’emploi, pour notre sécurité sur le futur site, pour que les CDD soient embauchés. Pour l’instant on n’a rien obtenu de tout ça donc il faut continuer. Il n’y a rien à signer » note ainsi grand Franck, raffineur reconnaissable à sa longue barbe et ses deux mètres, à un collègue.
 
Pour l’occasion une petite dizaine de cheminots sont venus rendre visite aux raffineurs. Eric, cheminot et militant SUD Rail il explique à Révolution Permanente : « En 2020 on a pris des coups. Les bagarres il faut qu’elles reprennent, et si ça doit partir d’ici et ben ça fait plaisir qu’il y ait du monde et que ce soit médiatisé. Surtout quand des travailleurs s’attaquent à un gros groupe comme Total, c’est normal qu’on vienne les soutenir. » Progressivement les grévistes se regroupent sur le piquet pour l’assemblée générale du jour.
 

Rester unis face au chantage de Total

 
C’est Mathieu qui introduit l’AG pour le comité de grève, composé de délégués élus au sein de chaque ligne. « Les MSA sont actées et seront mises à la signature à partir du 10 février. L’AG des grévistes sera consultée, mais elles ne vont pas bouger d’ici là donc il n’y a pas besoin d’en débattre. L’intérêt maintenant c’est de maintenir le collectif. On est fatigués, des tensions montent mais il faut discuter. » note-t-il avant d’évoquer la stratégie de la direction. « Ils veulent opposer les grévistes entre eux, après avoir essayé de nous opposer aux sous-traitants. Pour nous faire peur, ils opposent les MSA à l’emploi, alors que les deux sont complètement liés, en disant que les mecs qui se battent pour l’emploi risquent d’impacter ceux qui veulent partir. C’est faux, et il faut se rappeler que c’est par le rapport de forces qu’on a obtenu des avancées ! Maintenant il va falloir préparer le 4 et le 9 février. » conclue-t-il.
 
Après le comité de grève, les syndicats prennent la parole. Florian, délégué Force Ouvrière réitère la volonté de son syndicat de lutter pour l’emploi et de se soumettre à l’AG. « La direction est sourde. On invite donc tous les salariés à rester en grève, faut pas lâcher aujourd’hui » avant de poser la question des modalités de grève, en revendiquant l’arrêt des dépassements horaires. « Il faut décorréler l’emploi des MSA. C’est deux choses bien différentes » note de son côté le délégué CFDT, en contradiction avec le comité de grève, avant d’ajouter : « sur les MSA on consultera nos adhérents, on prendra une décision en fonction ».
 
De son côté Adrien Cornet, revient sur les visites réalisées sur différents sites de Total : le dépôt de Gennevilliers, la raffinerie de Normandie, la raffinerie de Feyzin. « Il y aura des appels à la grève pour couper les expéditions les 3 et 4 février en solidarité avec Grandpuits et pour l’emploi. Parce qu’on a les mêmes emmerdes, le même bleu de travail, les mêmes galères que ceux qui travaillent sur ces sites. » raconte le délégué CGT. Rapidement, il revient sur la question de l’unité des grévistes. « On est là pour le collectif. On est là ensemble, on est rentrés ensemble on sortira ensemble. C’est parce qu’on est ensemble qu’on est fort : ceux qui partent et ceux qui restent, les futurs pré-retraités et ceux qui en ont encore pour 15, 20 ans encore dans la tôle. C’est comme ça qu’on est forts. Eux ils comptent sur notre individualisme ». Une manière de rappeler l’importance de lutter contre les tentatives de divisions semées par Total, en lien notamment avec la signature des MSA, face à laquelle l’intransigeance des grévistes sera la meilleure des armes. Or, si des discussions existent sur la question de la stratégie à adopter, l’issue de l’AG montre que la détermination à lutter contre Total reste ferme : à la fin des prises de parole, les grévistes reconduisent ainsi à l’unanimité le mouvement jusqu’au 11 février.
 

Continuer recueillir des soutiens, continuer à bâtir la solidarité

 
Le délégué CGT revient ensuite sur la centralité du travail vers l’extérieur. « Ils ont peur que ça se propage. Bien sûr qu’on lutte pour nos emplois, mais notre discours doit s’adresser vers l’extérieur. » Pour accentuer ce travail, une résolution est proposée à l’AG. Le texte pointe notamment le fait qu’« une victoire à Grandpuits serait un encouragement à l’ensemble des travailleurs qui subissent aujourd’hui des attaques contre l’emploi, les salaires et les conditions de travail. Pour cela, il faudrait que les directions syndicales mettent tout leur poids dans la balance, pour soutenir les luttes en cours et surtout pour avancer un plan de bataille pour les généraliser, ce qui manque cruellement depuis le début de la crise sanitaire.
 
Mais cela passe aussi par le fait de donner dès aujourd’hui de la visibilité à ces luttes, par exemple lors de la journée interprofessionnelle du 4 février avec un cortège en tête de manifestation des boîtes en lutte contre les licenciements et les suppressions d’emplois, indépendamment de leurs affiliations syndicales.
 » avant d’appeler « à la mise en place d’un Comité de Soutien aux Raffineurs de Grandpuits le vendredi 5 février à 19h. »
 
Il est voté lui aussi à l’unanimité, et comme pour mieux illustrer cette question fondamentale du soutien, les différents secteurs présents viennent conclure l’assembleé générale. SNCF, RATP, raffineurs de Carling, tous insistent sur l’importance du combat des Grandpuits et leur solidarité avec les grévistes. De son côté, Julie, militante au NPA – Révolution Permanente et étudiante en art rappelle qu’un grand piquet festif se tiendra dimanche 7 février, au cours duquel la comédienne Audrey Vernon viendra jouer la première de son nouveau spectacle, et une compagnie de cirque se produira.
 
De fait, il faudra dans les prochains jours maintenir et renforcer notre solidarité avec les grévistes. En ce sens, dans la manifestation du 4 février, où les grévistes devraient logiquement bénéficier d’une place d’honneur en tête de cortège, sur le piquet de grève le 7 février mais aussi devant la Tour Total le 9, il faudra être massifs aux côtés des raffineurs. Leur combat est aussi le nôtre, et il dessine une perspective essentielle pour faire face à la crise en cours et à venir.




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