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Du Pain et des Roses

Grève à la raffinerie Total

Grandpuits. Les familles des grévistes se mobilisent : « Total ne peut pas avoir le monopole sur nos vies »

La grève est lancée depuis 15 jours à Grandpuits contre le PSE qui menace 700 emplois. Sur le piquet les familles sont présentes aux côtés des grévistes, pour mener le combat contre le géant Total qui menace de détruire leurs vies. Nous avons rencontré plusieurs femmes de raffineurs qui participent au groupe des familles de raffineurs.

mercredi 20 janvier

Début janvier s’est ouvert à la raffinerie de Grandpuits, une grève contre le Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE) qui va toucher 200 emplois de chez Total et 500 sous-traitants du site, et plus largement, qui va impacter l’ensemble de la région. Sur le site la très large majorité des personnes employées sont des hommes, mais derrière eux il y a des familles. Et plusieurs de leurs compagnes ou épouses se sont constituées en groupe de soutien à la grève. Avec le collectif Du Pain et des Roses et Révolution Permanente nous avons rencontré quatre d’entre elles, Adeline, Amélie, Laurie et Bénédicte sur le piquet installé devant la raffinerie. Pour certaines, entourées de leurs enfants, elles venaient passer le samedi après-midi aux côtés des grévistes.

« Fermer la raffinerie ça va changer la vie de centaines de personnes et de familles entières »

Amélie témoigne des conséquences de l’annonce du géant Total : « Avec une perte d’emploi telle que celle-ci c’est toute une famille qui est concernée […] Nous on venait d’acheter une maison dans le coin, et deux semaines plus tard on apprenait le PSE. C’était un coup de massue, on s’est engagé sur 25 ans et là on apprend ça. » Dans toutes les maisons l’annonce a fait le même effet, Adeline raconte : «  Moi ça m’a mis beaucoup de stress, à ne pas dormir la nuit, à avoir du mal à manger. […] Lui aussi il est stressé, il est jamais à la maison, il arrive pas à décrocher, c’est aussi compliqué à gérer. »

Et pourtant Total joue les employeurs responsables en ne pratiquant pas les licenciements secs au profit de mutations. Ces dernières sont pourtant loin d’être une solution pour les employés et leur famille. Pour Amélie «  la mutation ce n’est pas possible. Mon fils aîné, d’une précédente union, a son papa dans la région, on est en garde partagée, je ne peux pas l’arracher comme ça, je ne peux pas accepter comme ça une mutation qui couperait les liens. » Du côté de Laurie la situation est la même et elle ajoute : «  nous on n’a pas encore acheté, c’est un projet qu’on avait cette année, mais avec le PSE ça ne sera pas possible, parce qu’on ne peut pas se projeter à long terme. On est dépendants de Total, de ce qu’ils veulent pour les salariés et on ne peut pas projeter notre avenir ». Adeline travaille dans la chimie et pour elle non plus la mutation n’est pas envisageable : « Ça voudrait dire retrouver du taff et selon où tu es muté tu ne sais pas si ça sera un bassin chimique. C’est tout ça qui rentre en jeu. Au final c’est toute une organisation personnelle pour la femme autant que pour l’homme.  » Et toutes le disent, ça serait un bouleversement dans leur vie sans aucune garantie derrière : « Ils proposent d’être mutés ailleurs, mais pour combien de temps ? Un an, deux ans, avant que cette raffinerie soit encore en PSE ? C’est déplacer le problème ! […] A un moment on n’est pas des pions, on est des humains. » On voit derrière ces témoignages combien la proposition de mutation de Total est une solution hypocrite, qui loin d’être une issue envisageable pour les salariés est une manière de poser un choix cornélien entre garder son emploi ou sa vie et son équilibre familial.

Construction d’un groupe de femmes : la participation au combat contre Total

Amélie est à l’origine de la création du groupe : « Quand on a su qu’une grève se présentait, courant décembre je réfléchissais à comment faire pour aider le mouvement. J’avais besoin d’agir à ma façon, de ne pas rester sans rien faire. J’ai contacté une autre amie et camarade, elle avait d’autres contacts des femmes de raffineurs, et on a monté ça à deux. ». Elle le répète : «  On est tous impliqués, c’est pas juste un homme qui est sur site, qui se bat. Avec une perte d’emploi telle que celle-ci c’est toute une famille qui est concernée ». Et quand s’est posée la question de la grève elle nous le dit «  c’était une évidence et on a foncé à 100 %. C’était pas concevable de ne rien faire. Il faut pouvoir répondre. On est tous ensemble ou rien. » Du côté d’Adeline l’idée est la même : « il m’a dit on va faire grève, j’ai dit bah oui, là y a pas à discuter. Ne pas faire grève ça serait ne pas soutenir non seulement notre famille mais même tout le monde qui est impacté par ça. Et ça ce n’est pas concevable. » Le soutien est sur toutes les lèvres et dans chacune de leurs actions. Laurie le dit : « Je soutiens à 100% cette grève, même s’il doit faire 16 heures ou plus, même si ça demande plus de présence auprès des enfants. Il faut venir sur le piquet, venir aux AG, leur montrer qu’ils ne sont pas seuls, qu’ils ont des familles et des enfants, et que Total ne peut pas décider comme ça de l’avenir de 700 personnes et non 150 ou 250 comme ils le prétendent. » Elle nous explique : « on participe, on ramène de la nourriture pour eux. J’ai fait des accras, je pense que c’est important pour eux de voir qu’ils ne sont pas tous seuls, et qu’ils sont soutenus par leurs familles, par leurs enfants. » Julian a 14 ans et il est le fils de Samuel, raffineur. Lui aussi était sur le piquet ce samedi après-midi : « avec ma sœur et ma mère on a fait une centaine de crêpes et on les a distribuées aux grévistes ! Ça remonte toujours le moral ! » Et lui aussi le dit : « Je suis solidaire envers mon père ! […] Toute la famille est derrière lui, ça va de nous les enfants, jusqu’aux grands-parents, les amis, les voisins ! »

Bénédicte, infirmière, engagée depuis le début aux côtés de son mari a tenu tout particulièrement à venir avec ses enfants sur le piquet à l’assemblée générale de ce mercredi 20 janvier : « je voulais être présente aujourd’hui pour montrer à mes enfants pourquoi leur papa ne va pas travailler, qu’ils comprennent pourquoi on leur dit qu’on ne peut pas acheter telle ou telle chose ce mois-ci.  »

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« Mai 68 ne s’est pas fait tout seul »

Ainsi, le combat elles le mènent maintenant aux côtés de leurs proches grévistes, mais elles le mènent aussi pour leurs enfants et pour tous et toutes. Bénédicte nous confie où elle puise sa force : « Je veux donner de l’espoir à mes enfants, qu’ils ne voient pas qu’un avenir sombre. Si y a pas de boulot, y a pas d’enfants, les écoles ferment, c’est le village qui meurt, la ruralité. Je ne veux pas ça ». Adeline abonde dans le même sens : « fermer la raffinerie ça va changer la vie de centaines de personnes et de familles entières dans toute la région. Déjà qu’il y a une précarité sociale en France, là ça va faire exploser la chose, juste en Seine-et-Marne l’emploi c’est déjà compliqué mais alors si on enlève la raffinerie ça sera la fin. » Et toutes se préparent à une lutte de longue haleine, conscientes qu’elle sera difficile et que la solidarité est leur arme.

Pour Amélie ça commence maintenant : « quand il n’y aura plus de grèves et que tout sera signé, s’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent, on fait quoi ? On peut pas rester tous comme ça dans notre coin, au contraire il faut qu’on échange, qu’on parle. Même si on ne changera pas nécessairement les choses demain peut être qu’après demain on les changera et c’est aujourd’hui que ça se travaille. » Adeline ajoute : «  on va être clair, Total on ne pourra jamais les anéantir, mais à des moments c’est ce qu’il faudrait faire, parce qu’ils n’ont pas le droit d’avoir le monopole sur nos vies. C’est nos vies, pas les leurs. Se laisser faire maintenant c’est mourir à petit feu au final, et ce n’est pas possible. Au bout d’un moment il faut prendre les devant et dire ’merde’ au patron. » Amélie conclut avec détermination : « L’important c’est aussi de marquer l’histoire, en montrant qu’il y a des choses qui sont faisables malgré toutes les difficultés, que les choses sont possibles. Mai 68 ne s’est pas fait tout seul et là il faut y aller. C’est notre avenir, et l’avenir c’est ça : c’est la révolution. Il faut bouger maintenant, aujourd’hui on n’a pas le choix. »

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