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Politique

PAS DE TRÊVE POUR LA LUTTE

Grandpuits. Les grévistes RATP-SNCF convergent avec les raffineurs en grève

À Grandpuits, la convergence en actes. « C’est une première » explique un raffineur en grève : près de 200 personnes étaient réunies lundi 30 décembre en soutien aux raffineurs en grève, avant une AG pour décider de la suite du mouvement. Parmi eux, une importante délégation de grévistes de la RATP et de la SNCF, des Gilets jaunes, étudiants et professeurs ont convergé pour donner force et courage aux grévistes qui font face à d’importantes pressions de la direction de Total.

lundi 30 décembre 2019

C’est dans une ambiance particulièrement chaleureuse que près de 200 personnes dont une très importante délégation de grévistes de la RATP et de la SNCF s’est rendue à Grandpuits pour soutenir les raffineurs. Des délégations de la RATP Bus de Flandres, Ivry, Pleyel, Montrouge, St Maur Créteil, du RER B Massy, RER A Torcy, de la ligne 9 du métro, des cheminots du Bourget, de Chatillon, de Vaires-sur-Marne, de Paris Nord, de Melun, des Gilets jaunes et des étudiants d’Orsay, de Nanterre et Paris 1, une enseignante sont venus assurer leur solidarité sans faille aux travailleurs de la raffinerie. Le fait de venir rendre visite aux grévistes de Grandpuits a été l’une des propositions de la coordination RATP SNCF francilienne du vendredi 27 décembre pour cette deuxième semaine de vacances scolaires ; et d’autres secteurs de grévistes avaient aussi prévu de venir.

Un contexte difficile : la direction de Total met « le paquet pour casser le mouvement »

« Un grand merci à vous d’être là. Merci à vous, ça fait vraiment plaisir » a lancé un raffineur pour introduire la discussion entre camarades. « C’est la première fois qu’on a une interpro à Grandpuits. Ça se fait à Donges dans le Sud » a-t-il remarqué. Pour commencer, le raffineur a tenu à préciser les conditions particulières dans laquelle se déroulait cette Assemblée Générale : « C’est un peu compliqué ce qu’il se passe chez nous, donc on ne va pas lâcher, on est déterminés, mais il y a une grosse pression, au sein de la raffinerie à Grandpuits, et partout sur les autres sites, c’est la même chose, partout ils menacent de fermer les sites, menacent de pas faire la maintenance, de pas faire les arrêts. Les salariés sont un peu tendus par rapport à cette situation, notre AG de 14h va être très tendue ».

Et pour cause, depuis le début du mouvement, la direction de Total exerce une pression quasi-journalière sur les travailleurs. Comme l’explique un gréviste de la raffinerie : « encore aujourd’hui, ils vont nous voir en salle de contrôle pour nous expliquer, que si on arrête la raffinerie, on n’est pas sûr de redémarrer, on n’est pas sûr de faire l’arrêt, on n’est pas sûr de faire la maintenance sur le "pipe" », exprime-t-il, dénonçant le chantage de Total. Chantage généralisé sur l’ensemble des sites qui vise à mettre une pression permanente sur les salariés qui refuseraient de marcher au pas. « On sait ou on va, c’est toujours la même chose, dans tous les conflits ». « La direction va mettre le paquet pour casser le mouvement » explique le raffineur.

« LA RATP, la SNCF, les étudiants, on est tous là »

Cette pression terrible qui s’exerce contre les grévistes rappelle, s’il le fallait encore, cette brutalité de la dictature patronale qui s’exerce plus particulièrement dans le secteur privé avec un chantage à l’emploi permanent, comme une « épée de Damoclès », comme l’affirme Laura, cheminote gréviste du Bourget venue en soutien aux raffineurs.

Et c’est justement dans ce contexte particulier que la vigueur des grévistes en reconductible depuis 26 jours vient donner du moral aux raffineurs : « LA RATP, la SNCF, les étudiants, on est tous là », lance Ahmed du dépôt bus de la RATP à Flandres. Pour Laura, cheminote du Bourget, « c’est un devoir, un rendez-vous d’honneur, d’être la aujourd’hui », explique-t-elle. « Ce que vous êtes en train de faire, c’est très important, on sait très bien que c’est dur, dans le privé on n’a pas la sécurité de l’emploi. On sait que l’épée de Damoclès que vous avez sur la tête, elle pèse » ajoute-t-elle.

Pour un cheminot de Chatillon, « les patrons, ils nous font du chantage, pour dégager du profit. S’ils étaient tranquilles et droits dans leurs bottes, ils ne feraient pas » tentant de dialoguer avec l’état de conscience des travailleurs qui font face aux énormes pressions de la direction. « "Si vous faites la grève on arrête tout", ils cherchent à intimider, on ne peut pas les croire », ajoute-t-il. « S’ils veulent fermer une usine, ils le feront, notre seule force qu’on a c’est notre force collective. Notre solidarité, c’est ça qu’il faut mettre en avant. C’est notre seule garantie », ajoute-t-il.

A partir de début janvier, il faut « généraliser la grève » !

Pour Laura, cheminote, « on a une occasion de partir en grève tous ensemble, de généraliser la grève. » Il y a un vrai rapport de force à construire, « on a besoin que ça se généralise au privé. Faut aller encore plus loin tous ensemble ». Elsa, étudiante à Nanterre fait partie de ces « dizaines de jeunes qui soutiennent les grévistes sur les dépôts de bus et sur les piquets » et est venue soutenir les grévistes. Pour Elsa, il faut « soutenir les raffineries, pour que le mouvement se généralise, pour construire une grève générale ». Pour Kamel, de la RATP Ivry, il faut que « les raffineries viennent mettre le dernier coup de boutoir. »

Le responsable syndical FO de la raffinerie Grandpuits a tenu à réaffirmer qu’« on va rien lâcher, on ira jusqu’au bout, chacun comme il pourra, ça c’est sûr ». Il a tenu à exprimer « un grand merci aux dons de la cagnotte en ligne », ajoutant : « ça fait chaud au cœur ».

Les grévistes reconduisent le mouvement, bientôt un durcissement ?

Lors de l’Assemblée Générale, les grévistes mobilisés depuis le 5 décembre ont reconduit leur mouvement jusqu’au 6 janvier. S’ils n’ont pas décidé de durcir plus encore le mouvement, le vote a été très serré : 33 voix pour l’arrêt des unités contre 38 voix pour la continuité du mouvement en l’état. « L’hypothèse d’un arrêt de la raffinerie dans les prochains jours reste pourtant d’actualité », comme l’explique Le Parisien.

Mais si la raffinerie n’est pas encore à l’arrêt, le blocage est quasi-total depuis le 5 décembre. « En moyenne, 400 camions sortent chaque jour de la raffinerie », confie un salarié gréviste au Parisien. En continuant le mouvement, cela signifie qu’« aucun camion ne sortira ». Seule une « quantité infime de produit » sera sortie « via le pipeline », explique un gréviste : « rien de significatif ». Prochaine Assemblée Générale le 6 janvier.




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