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Monde

Après les mobilisations contre l’austérité version Tsipras

Grèce. Comme avant, sous, la droite, trois manifestants anti-Mémorandum condamnés

Le résultat du procès contre les manifestants arrêtés lors de la mobilisation du 15 juillet à Athènes, au moment où Tsipras faisait voter au Parlement l'accord honteux avec la Troika, est tombé le 28 juillet. Trois d’entre eux, militants révolutionnaires, ont été condamnés à plusieurs mois de prison avec sursis.

jeudi 30 juillet 2015

Laura Varlet, correspondance d’Athènes

Des arrestations ciblées contre des militants d’extrême gauche

Le 15 juillet, plus de 15.000 personnes ont manifesté à Place Syntagma, face au Parlement grec, pour protester contre l’accord que Tsipras et son gouvernement ont fait adopter ce jour-là, un nouveau Mémorandum fait d’attaques redoublées contre les travailleurs, les retraités et la jeunesse de Grèce. Lors de la manifestation, la police a violemment réprimé les manifestants. Cette même police, maintenant sous les ordres de Tsipras et qui est connue pour voter très majoritairement pour la droite et l’extrême droite, notamment Aube Dorée, a cherché à viser et à frapper l’extrême gauche. Selon les témoignages de plusieurs manifestants arrêtés ce soir-là, les policiers, qui frappaient sauvagement, demandaient aux militants arrêtés s’ils avaient voté Syriza aux élections, ou encore s’ils avaient voté pour Antarsya, la coalition de la gauche anticapitaliste.

Parmi les 54 manifestants qui ont été arrêtés le 15 juillet, 14 ont été inculpés et envoyés en procès. Les accusés ont été jugés dans deux procès différents. Des accusations plus graves, comportant le port d’armes et l’utilisation de cocktails molotov, ont été portées contre 6 des 14 manifestants inculpés. Leur procès a commencé mercredi 22 juillet et a été suspendu jusqu’à nouvel ordre. Le résultat du second procès, contre les huit autres manifestants, parmi lesquels deux militants de l’Organisation des Communiste Internationalistes (OKDE-Spartakos), membre d’Antarsya, a été rendu mardi 28 juillet. Un verdict lourd : plusieurs mois de prison avec sursis pour trois des accusés.

Mikhalis Goudoumas, militant de l’OKDE-Spartakos, enseignant et membre du Syndicat des travailleurs de la Fondation pour les enfants« Pammakaristos », a été condamné à 13 mois de prison avec sursis. Deux autres manifestants anti-mémorandum ont également été condamnés à 32 et à 12 mois de prison avec sursis. Dans les trois cas, les condamnations ont été actées pour une période de trois ans. Cela veut dire qu’ils n’iront pas en prison dans l’immédiat, mais si l’un d’eux est arrêté à nouveau et se retrouve inculpé, alors il sera emprisonné et devra purger la totalité de la peine. Les manifestants condamnés ont fait appel, tout en continuant à appeler à la mobilisation et à mener une campagne pour leur acquittement.

Les cinq autres manifestants qui étaient inculpés ont été acquittés. Parmi eux Manthos Tavoularis, également militant de l’OKDE-Spartakos, travailleur de librairie et secrétaire du Syndicat des Libraires d’Attique, qui avait été arrêté lorsqu’il essayait de défendre ses camarades face à la violence de la police.

Un procès politique, des condamnations « pour l’exemple » : Tsipras responsable

Le procès en tant que tel a été orchestré contre les manifestants arrêtés. Plusieurs témoignages portés contre les inculpés étaient du fait même de la police et les provocations se sont multipliées, jusque dans la salle d’audience. La complicité entre la police et les juges sautait aux yeux, de même que la volonté du gouvernement Tsipras d’envoyer un avertissement.

Ces condamnations « pour l’exemple » contre les militants anti-austérité est un message envoyé à tous ceux qui voudraient donner de la voix contre les programmes d’ajustement concoctés par Tsipras et la Troïka. L’idée, c’est que ceux qui pourraient avoir l’intention de se mobiliser, dans les entreprises, les administrations publiques, dans les quartiers, les lycées et les facs, y pensent à deux fois avant de manifester.

C’est en ce sens qu’il est central d’intensifier la solidarité à l’égard du peuple et des travailleurs de Grèce. Ce gouvernement, pour lequel une majorité du monde du travail et de la jeunesse a voté, ne vient pas seulement de passer définitivement du côté de la Troïka et de mettre en place le pire des programmes austéritaires depuis que la crise a commencé à secouer le pays. De surcroît, il ordonne de réprimer tous ceux qui cherchent à s’y opposer.

Ci-dessous, le communiqué de l’OKDE Spartakos à l’issue du procès

Ils ne nous font pas peur - ils renforcent notre colère.

Déclaration pour le procès des interpellés du 15 juillet.

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Aujourd’hui, le 28 juillet, le procès des sept interpellés du 15 juillet a pris fin. Malgré l’instruction à charge et les multiples contradictions des policiers / témoins de l’accusation, seulement quatre des sept accusés ont été jugés non coupables, alors que les trois restants ont été condamnés avec une sévérité sans précédent, sans aucune clémence pour aucun des trois et avec la période de probation maximum de trois ans. Des procédures d’appel ont déjà commencé.

Parmi les acquittés se trouve notre camarade Manthos Tavoularis, secrétaire du syndicat des travailleurs de librairie d’Athènes, qui avait été arrêté pour avoir tenté de protéger ses collègues des attaques de la police anti-émeute.

Les juges se sont acharnés sur les trois militants qui ont été condamnés. Le seul travailleur migrant parmi les prévenus et les condamnés, N.L., a été frappé de la peine la plus dure, un signal envoyé par le gouvernement prétendu de gauche aux migrants qui oseraient s’organiser et manifester. Le travailleur et militant d’OKDE-Spartakos et d’ANTARSYA, notre camarade Michalis Goudoumas, a été également condamné pour l’exemple et pour donner un signal à la gauche qui s’oppose et se dresse au premier rang contre les memoranda, d’où qu’ils proviennent. Le dernier militant, G.K., actif dans les réseaux de solidarité dans son quartier, a été condamné car la solidarité est à l’opposé de l’individualisme et du cannibalisme social que défend le gouvernement SYRIZA-ANEL. Pendant les trois jours de cette parodie de justice, des policiers témoins et leurs collègues et amis étaient présents, afin de créer un climat de terreur et de peur non seulement pour les témoins mais aussi pour les soutiens. Les objections des avocats de la défense n’ont pas été prises en compte alors que, de l’autre côté, les échanges de bons procédés étaient évidents entre les policiers et les juges. Les témoignages de la défense ont été ignorés, comme la déclaration de solidarité de 83 syndicats et 2700 signatures de pétition et déclarations de solidarité que nous avons obtenu durant le procès.

Le gouvernement SYRIZA-ANEL, marchant fidèlement dans les pas de ses prédécesseurs, montre qu’il ne peut mettre en place de nouvelles mesures de destruction des travailleurs et des classes populaires et pousser jusqu’au bout la logique du non respect du vote « NON » de classe au référendum sans avoir recours à ces formes ultimes mais pas nouvelles : la violence d’Etat et policière et la répression. Le gouvernement porte toute la responsabilité non seulement des arrestations, passages à tabac et torture des sept militants qui ont été arrêtés mais aussi pour la condamnation des trois militants. La volonté politique du Député Premier Ministre Giannis Panousis (Ministre de la « Protection de la Citoyenneté ») et la doctrine de « taper ce que vous pouvez » et « arrêtez tout le monde » n’est pas seulement l’apanage des anciens gouvernements. La police de Nikos Dendias (ministre du gouvernement de Nouvelle Démocratie) n’a rien à envier à la police de SYRIZA-ANEL. Comme l’a dit de manière édifiante un des accusés : « les policiers anti-émeute en nous tapant se disaient les uns aux autres qu’ils ne s’étaient pas senti aussi bien depuis 2012 ». L’Etat bourgeois se situe dans une continuité, celle de la répression d’Etat et les responsabilités politiques s’étendent non seulement au gouvernement mais aussi à chaque organisation et membre de SYRIZA qui refuse d’être solidaire et de dénoncer son parti. « La solidarité à géométrie variable » n’a pas de place dans notre gauche ou le monde que nous voulons construire.

Chaque jour le gouvernement dissipe les illusions sur ses intentions par rapport à la mobilisation. Le gouvernement vote le nouveau memorandum avec les partis bourgeois, avec le soutien des médias officiels, le capital local et européen, l’UE et le FMI. Ils ont choisi d’attaquer, de « déchaîner » et de réactiver les mécanismes bien connus de la répression, le flicage systématique de la jeunesse, des travailleurs, des syndicalistes et des organisations politiques qui se sont dépensées sans compter ces dernières années dans la lutte contre l’austérité, les memoranda, les lois d’exception et l’autoritarisme, qui se sont engagées dans la bataille du « NON » au référendum et se sont battus pour l’émancipation de la majorité laborieuse et sa libération de l’enfer capitaliste.

L’engagement irréversible du gouvernement du côté du monde politique bourgeois et du capital n’est ni une surprise ni une raison d’effroi. Ceux qui pensent qu’ils peuvent mettre au pas par la pauvreté et la violence les travailleurs, les jeunes et les immigrés nous trouveront toujours sur leur chemin et connaitront le sort des précédents gouvernements.

Quoi qu’ils fassent, peu importe tous les procès qu’ils intentent contre nous, peu importe les accusations mensongères qu’ils soulèvent contre nous, nous serons sur le terrain. OKDE-Spartakos, en première ligne de la lutte depuis bien des années, ne sera pas intimidé par les procès truqués et les condamnations.

Nous restons en première ligne dans la lutte contre les memoranda, le gouvernement SYRIZA-ANEL et tout autre gouvernement bourgeois.

Nous sommes et restons en première ligne contre ces mesures qui atteignent la majorité sociale. Nous sommes et restons en première ligne dans la défense des droits des travailleurs.

Nous sommes et restons en première ligne pour mettre fin à l’exploitation et à l’oppression.

Nous sommes et restons en première ligne jusqu’à la victoire !

OKDE-Spartakos




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