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Politique

Greenpeace réclame la fermeture du site Tricastin : 26 interpellations

Tôt dans la matinée, une cinquantaine de militants de Greenpeace ont investi le site nucléaire de Tricastin pour une action symbolique. Ils ont décidé de mettre en scène le démantèlement fictif de la centrale qui est sur sa 40ème année de service, à la suite de quoi trente-quatre d’entre eux ont été interpellés par la gendarmerie et placés en garde à vue.

samedi 22 février

Crédits photo : AFP/MICHEL EULER

Un démantèlement théâtral

Un peu avant 7h du matin ce vendredi, une cinquantaine de militants de Greenpeace se sont rendus sur le site nucléaire de Tricastin sur la commune de Saint-Paul-Trois-Châteaux, près d’Avignon ; cette centrale construite en 1974 et mise en service en 1980, est désormais une des plus vieilles centrales du parc nucléaire français ainsi qu’une des plus dangereuses.

Les militants s’y sont introduits dans le but de faire appliquer symboliquement la réglementation concernant l’arrêt des centrales nucléaires. Déguisés en ouvriers de l’entreprise fictive “Tricasto”, les militants ont déployé des banderoles ainsi que deux engins de chantier et quelques accessoires en mousse pour mettre en scène le démantèlement symbolique et la mise à l’arrêt de la centrale.

Des actes symboliques, des arrestations et condamnations bien réelles

L’acte de dénonciation de Greenpeace a donné lieu à une intervention hors normes de la gendarmerie où "90 gendarmes de la Drôme et du Vaucluse ont été mobilisés" selon le lieutenant-colonel Christophe Bentzinger de la gendarmerie de la Drôme. C’est vingt-six militants de Greenpeace qui ont été arrêtés et placés en garde à vue à l’issue de l’intervention.

EDF Tricastin souligne pourtant que “les militants ne sont pas rentrés dans une zone nucléaire” et “qu’à aucun moment la sûreté des installations n’a été remise en cause” tandis que le procureur de la République Alex Perrin précise quant à lui “qu’il n’y a pas eu de dégradations à l’intérieur du site, pas de tags retrouvés”. Malgré tout, le procureur ajoute plus tard que ces militants sont en garde à vue “sur une qualification prévue par les textes. Le fait de pénétrer de façon non autorisée dans une enceinte nucléaire est une infraction pénale, qui est aggravée lorsqu’elle est commise en réunion et avec des dégradations”.

Ce n’était pas la première action symbolique de Greenpeace à Tricastin ni la première répression juridique subie. Le 15 juillet 2013, vingt-neuf militants s’étaient alors introduits au sein de la centrale pour y dénoncer les failles de sécurité multiples, notamment en cas d’attaques terroristes, généralement un in-pensé des sécurités des centrales. Cette action avait été décidée après qu’en août 2012 la sécurité des réacteurs de Tricastin fut mise en cause par l’AFCN (l’Agence Fédérale de Contrôle Nucléaire belge) qui alertait sur la dangerosité de nombreuses fissures. Les militants de Greenpeace s’étaient donc introduits en toutes facilités dans la zone nucléaire. Ils y avaient, entre autres, déployé des banderoles indiquant “Tricastin : accident nucléaire” ou encore “François Hollande : président de la catastrophe ?“ au niveau des réacteurs n°1 et 3 tout en s’enchaînant à certaines structures métalliques. Cette action, là encore symbolique, avait valu aux militants des condamnations de trois mois de prison avec sursis.

Malgré la facilité des activistes à pénétrer dans la zone, EDF Tricastin avait déclaré ne pas y voir de failles de sécurité mais “une opération de communication qui ne prouve strictement rien.”

Des problèmes d’âge et de sécurité ? Pas seulement !

La centrale de Tricastin arrive à sa 40ème année et c’est là la durée maximale pour laquelle ses réacteurs ont été conçus. Passée cette limite de quarante ans de service, on ne peut plus prédire les conséquences du vieillissement des centrales. Ce n’est cependant pas cette seule raison qui a poussé les militants de Greenpeace à s’attaquer symboliquement au démantèlement de Tricastin en particulier. Cette centrale est de plus construite sur une zone sismique, la cuve d’un de ses réacteurs est aujourd’hui la plus endommagée de tout le parc nucléaire Français et sa proximité avec des sites aquatiques comme le Rhône ou la Gaffière l’expose à des risques d’inondation plus élevés. Mais ce n’est pas fini !

Des taux anormaux de tritium dans les eaux de la centrale

En août 2013, des inspecteurs de l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire) confirment lors d’une inspection la présence d’une fuite radioactive dans les eaux souterraines de la centrale. Celle-ci avait alors amené le taux de tritium dans ces eaux à un niveau anormal, ce qui avait conduit l’ASN à prescrire à EDF un renforcement du contrôle des eaux souterraines. Loin d’être une première dans l’histoire du nucléaire français, cette détection de tritium dans les eaux s’inscrit au contraire dans une longue liste d’autres centrales.

En décembre 2013, le réseau “Sortir du Nucléaire” a porté plainte contre EDF pour pollution des eaux et de nombreuses violations de l’arrêté du 7 février 2012 qui réglemente les installations nucléaires de base. La plainte n’a abouti qu’à un classement sans suite et à un rappel à la loi pour EDF. À la suite de quoi, “Sortir du Nucléaire” a déposé une citation directe à l’encontre de l’exploitant à laquelle les associations Stop Nucléaire 26-07 et FRAPNA Drôme se sont constituées partie civile. La démarche n’aboutira qu’à une relaxe pour EDF et les deux directeurs successifs de la centrale de Tricastin.

Plus récemment encore, en novembre et décembre dernier EDF a de nouveau découvert des taux anormalement élevés de tritium dans des nappes. Taux qui ont nécessité de nouveau un signalement à l’ASN. Cela ne semble pourtant pas inquiéter ni EDF ni l’ASN qui estiment que cette eau, confiné sous la centrale, ne présente aucun risque pour les nappes phréatiques aux alentours, ce que semble confirmer les tests effectués, pour le moment.

Face à ces centrales susceptibles de poser des problèmes de sécurité importants, se pose alors la nécessité de revendiquer pour ces centrales, un véritable contrôle démocratique et transparent des travailleurs du site ainsi que de la population avoisinante.




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