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Greenwashing, gaz à effet de serre... L’hydrogène est-il vraiment une énergie verte ?

Trains, avions, bateaux, voitures, fusées… Présenté comme solution miracle, l’hydrogène est plébiscité par l’industrie des transports alors que les catastrophes environnementales sur fond de crise climatique agitent l’actualité. Ce vecteur énergétique permet au patronat de faire croire à une réponse de leur part face à la pression sur le secteur des transports. En réalité, l’hydrogène est une énième stratégie de diversion et de greenwashing, en effet des études récentes anéantissent toutes idées d’un bénéfice de cette technologie pour le climat.

jeudi 9 septembre

Crédit image : Air Liquide

L’hydrogène, le vecteur énergétique star de la transition

L’hydrogène ne rejette que de la vapeur d’eau lors de son utilisation. Cette caractéristique en fait le vecteur énergétique de choix pour la communication verte du grand patronat et de nombreuses démocraties (UE, Japon, Allemagne, France etc.).

La stratégie climat de l’Union Européenne pour atteindre la neutralité carbone en 2050 comprend le développement de la filière hydrogène et l’installation d’électrolyseurs industriels capables de produire 1 million de tonnes d’hydrogène vert en 2024 et 10 millions de tonnes après 2030.

Dans le même objectif, le gouvernement Macron veut devenir un leader mondial de la filière d’ici à 2030, avec un investissement de 7 milliards d’euros pour industrialiser le secteur de l’hydrogène dit « vert ».

Ces investissements se traduisent par des cadeaux versés au grand patronat à l’image d’Airbus qui a reçu 1,5 milliards d’euros pour mettre au point l’avion à hydrogène “vert” de demain. Non sans communication à outrance sur fond de greenwahing, Guillaume Faury, PDG d’Airbus, se donne pour objectif d’être le premier constructeur mondial de ce nouveau type de motorisation à pile à combustion.

Derrière le discours d’un hydrogène vert fonctionnel affiché en grande pompe par le patronat et les gouvernement, la réalité se veut en tout cas bien plus mesurée. En premier lieu, le développement - très lent - de l’hydrogène vert. En effet, le commissaire européen de l’énergie, Kadri Simson, précise bien que « que l’hydrogène bleu [produit à partir d’énergies fossiles]« aura un rôle à jouer » en attendant que l’hydrogène vert se développe et que ses coûts baissent  » comme le rapporte un article Médiapart. De la même façon, Al Cook, haut dirigeant de la compagnie pétrolière norvégienne Equinor, explique « notre destination, c’est le vert, mais nous y arriverons via une autoroute bleue  » toujours rapporté par Mediapart.

La réalité de l’hydrogène aux mains des firmes capitalistes : du gris au bleu

Le problème avec l’hydrogène c’est qu’on ne le trouve pas à l’état pur sur la planète bleue. Il faut l’extraire de matériaux plus ou moins émetteurs en carbone lors de leurs conversions, elles-mêmes plus ou moins chères.

Le procédé le moins cher est la production d’hydrogène dit « gris », extrait à partir de gaz naturel ou de charbon gazéifié ; un procédé extrêmement polluant puisqu’il émet plus de gaz à effet de serre que la consommation et la combustion de diesel. Une production polluante qui s’explique par le rejet important de méthane [1] lors de sa conversion. L’hydrogène « bleu » répond au même procédé de conversion mais il se couple avec l’utilisation de technologies de capture carbone qui piègent le carbone directement à la sortie des cheminées pour ensuite l’ensevelir sous terre. Robert Howarth et Mark Jacobson ont montré dans une étude datant d’août 2021 que l’hydrogène bleu n’émet que 9 à 12% de gaz à effet de serre en moins par rapport à l’hydrogène gris, à cause des dégagements de méthane et, plus largement, l’empreinte carbone de l’hydrogène bleu est supérieur de plus de 20% à celle de la combustion de charbon pour le chauffage comme le rapporte l’article Médiapart ! Ceci sans parler du risque de fuites du CO2 enseveli qui réduirait à néant le maigre bénéfice.

En arrière fond, ce procédé a de grands avantages pour les industriels ; en premier lieu il permet de ne pas remettre en question la dépendance du système aux énergies fossiles ultra rentables - il faut rappeler que 25 entreprises de pétrole, gaz et charbon sont responsables à elles-seules de 71% des émissions de gaz à effet de serre mondiales. Mieux encore, le carbone stocké sous terre permet de faire remonter des restes de pétrole difficile à extraire, comme l’explique Reporterre : « en fait, le CSC (capture et séquestration du carbone) apporte un énorme avantage… aux compagnies pétrolières. Le gaz carbonique injecté dans d’anciens puits de pétrole permet, par l’augmentation de pression dans le réservoir ou par fluidification, de faire remonter le pétrole qui y subsiste. Sur les vingt-quatre expériences de CSC en fonctionnement dans le monde, dix-neuf vendent le CO2 ou l’utilisent directement pour l’extraction améliorée du pétrole ». Dans cette logique, l’hydrogène n’a pas pour objectif de remplacer ces énergies fossiles mais bien au contraire d’en perpétuer la dépendance et d’en accentuer l’exploitation.

L’hydrogène « jaune » est lui produit à partir de grandes quantité d’électricité provenant du nucléaire et s’ancre ainsi dans la dépendance au nucléaire. Enfin l’hydrogène « vert » lui est produit à partir d’électricité issue des énergies renouvelables (ENR), qui ne sont pas des énergies propres aux mains des firmes capitalistes. En effet, l’extraction de cuivre et de métaux rares, nécessaires à la production d’ENR, s’opère notamment grâce à l’énergie de centrales à charbon, comme nous l’avions montré.

Malgré la volonté affichée de l’UE mais aussi de l’Allemagne (plus avancée) ou de la France d’industrialiser l’hydrogène « vert », la production d’hydrogène largement majoritaire sur les marchés est... l’hydrogène bleu. Sans surprise cette préférence s’explique pour des raisons financières, elle est plus de trois fois moins cher que la production d’hydrogène vert et jaune – 2,50 euros le kilo contre 5,50 euros le kilo. Quant aux problématiques de transport, le réseau de gazoducs existant peut être reconverti pour l’acheminement de l’hydrogène bleu, là aussi, à moindre coût. En plus d’être peu cher, il est compatible avec un certain discours de greenwashing qui permet au patronat du secteur automobile, mais aussi Airbus ou encore Total d’ouvrir de nouveaux marchés très juteux. Car comme l’a montré récemment le géant TotalÉnergies à travers sa nouvelle communication, toute sa stratégie repose désormais sur la diversification de son portefeuille de technologie à travers la mise en place d’un mix énergétique dont le seul et unique but est de pérenniser la vente et la consommation des énergies fossiles. Car, il ne faut pas s’y méprendre, les investissements pétroliers restent largement majoritaires. Pour exemple, les gains par l’efficacité trois fois supérieure de l’hydrogène sur l’essence ne lui permettent même pas d’entrer en compétition avec le pétrole qui reste bien moins cher à exploiter et qui restera donc l’énergie pilier de l’économie capitaliste.

Effectivement, les lobbys du pétrole sévissent notamment à Bruxelles pour imposer l’hydrogène bleu et les intérêts de l’or noir. Comme l’explique l’article Médiapart : « Le lobby de l’hydrogène, représenté par Hydrogen Council (une association internationale de 123 industriels du secteur fossile) et Hydrogen Europe (regroupant plus de 260 grandes entreprises européennes), a dépensé en 2020 58,6 millions d’euros pour influencer Bruxelles quant aux bienfaits économiques et climatiques de cet hydrogène produit à partir de gaz naturel  ». L’ex-président de l’UK Hydrogen & Fuel Cell Assocation, Chris Jackson, dénonce cette connivence des gouvernants et des industriels vers des intérêts prviés et contre l’intérêt des populations et de la vie sur Terre, ce qui l’a amené à démissionner.

Dans le même sens, le rapport de l’observatoire des multinationales “Plans de relance européens : l’hydrogène, bouée de sauvetage pour l’industrie des énergies fossilesdatant de juillet 2021 est explicite sur l’utilité de l’hydrogène pour les grands industriels. Le secteur représente un « cheval de Troie » permettant de pérenniser la vente et la consommation de gaz naturel. « En présentant l’hydrogène comme une solution miracle pour décarboner l’économie, les entreprises d’énergies fossiles parient sur le fait que la demande dépassera l’offre très limitée d’hydrogène vert. Nous resterions alors dépendants de l’hydrogène fossile  ».

Car l’hydrogène vert n’est pas prêt d’être concurrentiel notamment à causes de limites techniques : on ne sait pas encore construire des électrolyseurs de façon industrielle - permettant de produire de l’hydrogène grâce à l’électricité renouvelable ou nucléaire - et la pile à combustible - le moteur à hydrogène - coûte très cher. Les capitalistes jouent sur l’ambiguïté du terme “vert”, comme alarme Robert W. Howarth, professeur de l’université Cornell : “en aucun cas l’hydrogène bleu [ne peut] être considéré comme une énergie verte”. Avant d’ajouter qu’il s’agit d’une véritable “stratégie de diversion” pour continuer vers la route des énergies fossiles comme le rapporte toujours l’enquête de Mediapart.

Malgré le lointain rêve d’un véritable hydrogène vert, la France a signé avec l’entreprise Alstom la mise en marche de trains à hydrogène gris - qui, rappelons-le, pollue plus que le diesel ! - alors même que le ferroviaire est le transport en commun le plus sobre énergétiquement à l’heure actuelle. Cette politique venue d’Allemagne constitue un véritable scandale écologique !

Alors même que l’on sait que pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, il faut laisser 60 % du pétrole et du gaz dans le sol, et 90 % du charbon, l’hydrogène est aujourd’hui produit à 95% à partir d’énergies fossiles dans le monde, consommant 6% du gaz naturel extrait, d’après l’Agence internationale de l’énergie… Et cela n’est pas prêt de changer si on laisse les commandes à une poignée de capitalistes.

Une réelle transition énergétique ne peut se faire que dans un monde débarrassé des logiques de profit

Pour un monde où ce sont les productions énergétiques les plus écologiques qui seront réellement développées - à savoir l’hydrogène produit par électrolyse à partir d’électricité provenant d’énergies renouvelables produites elles-mêmes à l’aide d’énergies non-fossiles -, nous devons organiser la lutte conjointe des travailleurs qui s’attaque directement à la propriété des capitalistes pour la mettre sous contrôle démocratique des travailleurs.

Les capitalistes ne feront rien si ce n’est développer de nouveaux marchés lucratifs encore plus destructeurs comme on peut le voir par exemple avec Jeff Bezos, Elon Musk et Richard Branson qui développent le marché du voyage spatial avec des fusées à hydrogène qui émettent, en 30 minutes de vol, l’équivalent de 20 à 30 fois les émissions de CO2 moyennes d’un français sur une année...

Cette impérieuse transition, on ne peut l’attendre ni du patronat ni du gouvernement qui organisent conjointement la continuité de notre dépendance au pétrole et, en même temps, le maintien des profits colossaux du patronat du secteur des énergies fossiles. Comme face à la casse sociale, c’est la lutte la seule réponse viable au défi écologique ; lutte dont le point de départ est la réponse aux attaques sur les salaires et les emplois. Comme ce fut le cas lors de la grève du site Total de Grandpuits où les raffineurs se sont battus pour 0 suppression d’emploi, 0 baisse de salaire et pour un vrai plan de reconversion écologique du site, sous contrôle des travailleurs et en lien avec les organisations écologistes. Ceci dans l’objectif d’aller vers une planification démocratique permettant d’organiser la transition énergétique et d’établir un plan commun de transports où le ferroviaire et les petites lignes puissent prendre une plus grande place et où les compétences des salariés mais aussi la technologie et les installations de l’industrie soient mises au service de la transition écologique.

[1] Sachant que le potentiel de réchauffement (PRG) du méthane est beaucoup plus élevé que celui du CO2 : une tonne de méthane contribue 72 fois plus au réchauffement qu’une tonne de CO2 sur 20 ans et 25 fois plus sur 100 ans. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Potentiel_de_r%C3%A9chauffement_global




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