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Du Pain et des Roses

« Désobéissance civile »

Grenoble : des militantes en burkini revendiquent le droit de se baigner

Une dizaine de femmes se sont baignées en burkini à la piscine municipale de Grenoble – et ce malgré l'interdiction de ce maillot de bain. Une action pour défendre « la liberté de toutes les femmes ».

lundi 24 juin

Vendredi, une dizaine de femmes de l’association Alliance Citoyenne se sont baignées en burkini (maillot de bain intégral) à la piscine municipale de Grenoble – et ce malgré l’interdiction de ce type maillot de bain. Les militantes d’Alliance Citoyenne ont expliqué concevoir cette action comme de la « désobéissance civile » : elles ont en effet volontairement désobéi au règlement de la piscine et se sont baignées pendant une heure, malgré les injonctions à sortir.

Ces femmes expliquent avoir voulu mener une action médiatique pour défendre « la liberté de toutes les femmes ». Elles interpellent le maire de Grenoble pour que cette réglementation soit changée, afin de « permettre aux milliers de grenobloises musulmanes voilées de pouvoir se baigner dans les piscines publiques... sans avoir besoin de désobéir ».

Elles développent dans un post sur la page facebook de l’association : « La mairie nous demande d’attendre. Encore un été privé d’accès aux piscines publiques. Et nos enfants qui doivent être accompagnés par un adulte pour aller à la piscine sont aussi pénalisés quand leur mère est privée d’accès ».

Dans la plupart des piscines municipales en France, le burkini est interdit, soi-disant pour des raison d’hygiène et de sécurité. Il s’agit en réalité d’une réglementation islamophobe qui exclut de fait les femmes souhaitant porter ce type de maillot de par leurs convictions religieuses.

L’action de ces militantes n’a pas manqué de faire réagir les réactionnaires de tout bord. Éric Ciotti, député Les Républicains, a réagi sur Twitter.

Cette logique qui voudrait d’une part interdire le burkini sous prétexte d’égalité femme-homme et d’autre part associer ce militantisme à de l’ « activisme islamiste » est monnaie courante. Sauf qu’empêcher l’accès à certains lieux publics aux femmes voilées est tout sauf une mesure en faveur de l’égalité – au contraire, elles sont alors discriminées à la fois en tant que femmes et en tant que musulmanes. Les droits des femmes ne sont invoqués par ces réactionnaires que quand il s’agit de justifier des mesures racistes et répressives. Ceux-ci voudraient d’ailleurs, sous prétexte d’anti-sexisme et de liberté, forcer les femmes à porter un bikini plutôt qu’un burkini – en d’autres mots, choisir à la place des femmes quel maillot de bain elles peuvent porter.

Ceux qui brandissent la « laïcité » pour justifier de leur racisme semblent oublier que la « laïcité » était d’abord censée être un instrument de la séparation de l’Église et de l’État. Or la « laïcité » est bien trop souvent utilisée comme prétexte pour la répression d’une religion spécifique – disons le clairement, ce sont les musulmans les premières victimes de cette répression aujourd’hui. Les nageuses en burkini ont d’ailleurs écopé d’une amende de 35 euros pour avoir osé défier « l’ordre républicain » qui aurait voulu les empêcher de profiter de la piscine municipale en ces jours de forte chaleur.

Il faut rejeter la division héritée de la période coloniale française que les différents gouvernements et politiciens veulent installer entre « chrétiens » et « musulmans », entre les Français et le reste ; dans une version pathétique de « guerre de civilisations ». Il ne peut pas y avoir égalité entre hommes et femmes si des lois discriminantes persistent selon ses origines ou ses croyances religieuses. Le vrai islamisme politique a été alimenté, encouragé ou provoqué par l’action des puissances occidentales. La lutte contre un soi-disant islamisme en France ne sert que de prétexte pour renforcer la discrimination. La lutte des femmes contre l’oppression machiste mais aussi contre toutes les formes d’oppression et d’exploitation pourra créer un mouvement puissant qui, allié aux autres exploités et opprimés de la société, imposera non seulement dans la loi mais dans la vie réelle l’égalité.




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