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Grenoble : le maire EELV cautionne l’offensive réactionnaire contre des conférences antiracistes

Des structures locales organisent à Grenoble un « mois décolonial », cycle de conférences autour de « l'imaginaire post-colonial », provoquant un tollé chez les réactionnaires de tous bords, au point que le maire EELV de la ville s’est désolidarisé de l'événement et a laissé les organisateurs en pâture à la droite.

jeudi 27 mai

Crédits photo : DR

Depuis son élection à la mairie de Grenoble, Eric Piolle est le premier maire EELV d’une ville de plus de 100 000 habitants. Figure de l’aile « gauche » du parti vert, il incarne la frange progressiste des écolos, face à un Yannick Jadot plus droitier. On se souvient notamment de la polémique entre lui et Darmanin, qui avait profité d’un simple tournage de clip de rap pour faire un coup de comm’ sécuritaire, que le maire avait à l’époque dénoncé. Le ministre de l’Intérieur l’avait à ce sujet accusé d’angélisme, collant au script de préparation des présidentielles, avec des Verts laxistes et des LREM forts face aux dealers. Rien n’est moins vrai, puisque Piolle, si progressiste qu’il soit, réclame lui aussi plus de policiers à Grenoble pour lutter contre le trafic de drogue, ce qui ne mène en réalité qu’à un harcèlement accru des quartiers populaires et des personnes racisées ciblés par la police.

L’image progressiste de Piolle continue à s’effriter, cette fois-ci autour de l’antiracisme. Il n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’en 2020 déjà, en plein débat sur sa dissolution, il avait demandé au CCIF de rembourser les subventions qu’il avait reçu de la municipalité. Nouvelle polémique, aujourd’hui : plusieurs organisation grenobloises avait pour projet d’organiser, en juin, un « Mois décolonial » dans la ville, soit un cycle de conférences « pour l’émancipation, l’écologie et la justice sociale », et pour « déconstruire l’imaginaire post-colonial », selon les organisateurs. Un cycle dont le programme précis n’a pas encore été entièrement dévoilé, mais qui doit notamment recevoir Taha Bouhafs et Rokhaya Diallo, deux figures de la lutte contre le racisme et les violences policières, et cibles privilégiées des réactionnaires de tous bords.

Bémol : l’évènement affiche le soutien de la mairie de Grenoble. L’occasion pour les dits-réactionnaires de jouer à qui sera le moins séparatiste, et surtout de placer ses pions face à EELV pour les présidentielles à venir. « Avec son « mois décolonial », le maire de Grenoble promeut les délires du racialisme et de la mouvance décoloniale. La ville de Grenoble ne peut pas encourager cette radicalisation du communautarisme qui est la négation de notre nation. » tweet ainsi Laurent Wauquiez, de LR. La LICRA parle quant à elle d’un « branle-bas de combat identitaire ». Petit à petit, un événement antiraciste qui dénombrait une soixantaine d’intéressés sur Facebook devient donc un enjeu de politique national.

Des réactions qui ont finalement mené la mairie de Grenoble à se désolidariser de l’événement, se rangeant de fait du côté des réactionnaires voulant faire taire les militants de l’antiracisme politique et toute voix critique et radicale à gauche.

Aujourd’hui, à travers l’échiquier politique, la répression de l’antiracisme politique, tout comme l’agenda sécuritaire, est un gage de présidentialité. « Nous regrettons l’instrumentalisation de l’événement à des fins politiciennes en pleine campagne électorale », déclare Nadia Kirat de l’association Peps, co-organisatrice du Mois décolonial, citée par France 3. Eric Piolle, derrière son profil progressiste, est en réalité tout aussi aligné sur la droitisation du débat politique en France que les autres figures de son parti. Face aux pressions et aux instrumentalisations racistes, soutien aux organisateurs du Mois décolonial et à tous les militants attaqués pour avoir pointé le caractère systémique et historique du racisme en France.




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