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Grève Générale pour une augmentation générale des salaires et des pensions !

Depuis une semaine, un air de « grève générale » traîne dans l’atmosphère. Les Gilets jaunes de Rouen qui appellent à une grève générale illimitée, tout comme l’appel relayé par Drouet à une grève générale à partir du 5 février ont remis la question de la grève générale au centre, alors que enchaînement des manifestations ouvre la nécessité d’un saut dans le mouvement. C’est aussi l’appel d’Olivier Besancenot, du NPA, rejoint par Jean-Luc Mélenchon, de LFI, et finalement de Solidaires qui pose de son côté la possibilité d'une reconduction, qui mettent la pression sur la direction de la CGT qui, après avoir tourné le dos à la colère sociale depuis 2 mois, se trouve désormais au pied du mur.

jeudi 24 janvier

Crédits photo : O Phil des Contrastes

Le mouvement des Gilets Jaunes n’en finit plus de donner des cheveux blancs à Macron. Depuis deux mois, la contestation gronde, faisant preuve d’un « état d’esprit » déterminé et exemplaire, jusqu’à raviver le spectre de la Révolution.

Pourquoi l’appel à la grève de la CGT est un point d’appui

Disons le tout net, ce n’est pas par un « éclair de lucidité » que Philippe Martinez a changé son fusil d’épaule après avoir tourné le dos à la colère sociale. C’est bien parce que les travailleurs du rang participent aux journées du samedi et que la contestation en interne de la CGT vis-à-vis de la position confédérale s’est faite de plus en plus présente que Martinez consent à l’organisation de cette journée de grève du 5 février.

Toutefois, et malgré toute sa combativité, le mouvement des Gilets Jaunes semble aujourd’hui se heurter à un plafond de verre. Le rapport de force imposé, s’il a ébranlé la macronie jusqu’à ces racines, n’est pas suffisant pour obtenir une victoire sur toute la ligne. La question qui se pose aujourd’hui, c’est donc bel et bien l’amplification de ce rapport de force et la massification du mouvement dans la rue et dans l’action. Et pour que nos week-ends de mobilisation se transforment en semaine jaune, la question de la Grève Générale se pose avec une actualité brûlante. Cette aspiration à mettre le pays à l’arrêt devient chaque jour un peu plus une aspiration qui gagne du terrain chez les Gilets Jaunes eux-mêmes.

C’est bien pourquoi, au-delà de la rancœur légitime des Gilets Jaunes envers les « chefs syndicaux », que la date du 5 février est une occasion à saisir. Non pas pour une alliance « par en haut » avec Martinez, mais pour tisser des liens de convergence « à la base » concrètement, préavis de grève en main. Car il est clair qu’il s’agit la d’une base matérielle indispensable pour que le mouvement des Gilets Jaunes « contamine » les entreprises : s’il était possible de s’en passer, il y a fort à parier que la grève ne serait pas seulement une aspiration, mais une réalité aujourd’hui.

Le 5 février, point de départ de la Grève Générale ?

Reconnaissons une réalité à Martinez : il n’existe pas de bouton à la grève générale. Reconnaissons-lui un tort aussi : le secrétaire général de la CGT, comme ses prédécesseurs et semblables, ne mettent jamais le « paquet » pour la préparation de ces journées de grèves nationales, souvent sans lendemain. Là encore, c’est de la base de la CGT, les militants de terrain honnêtes, et des travailleurs du rang syndiqués ou non que viendra la solution.

Mais le problème est plus profond. Plusieurs décennies d’offensives néo-libérales ont dressé de véritables digues à la mobilisation des travailleurs. Sous traitance sauvage, rendant difficile toute structuration collective des ouvriers, multiplication des contrats précaires (CDD, Intérim) ouvrant directement la porte du chômage en cas de « rébellion », harcèlement des militants syndicaux combatifs, tout a été bon pour brider la capacité de mobilisation de celles et ceux qui sont au cœur de l’économie. Une atonie imposée à coup de trique, alimenté par la succession de défaites depuis 1995, et qui fait le lit de la propagande néo-libérale : au final, il n’y aurait ni alternative souhaitable, ni alternative souhaitée !

Et c’est bien là que le mouvement des Gilets Jaunes nous a offert un véritable bol d’air frais : en ouvrant grand les fenêtres, en desserrant la camisole, en brisant en mille morceaux ce « mythe néo-libéral » ! Non, nous ne voulons pas de ce monde imposé, qui nous exploite jusqu’à la tombe, qui rogne nos conditions de vie, qui nous plonge sans cesse dans les affres de la précarité. En d’autres termes, il a redonné l’espoir dans notre capacité collective à surmonter l’ensemble de ces difficultés.

La Grève Générale débutera-t-elle le 5 février au matin ? Il serait bien optimiste de répondre catégoriquement par l’affirmative. Mais cette date peut marquer un tournant pour s’atteler à sa construction : converger concrètement entre Gilets Jaunes et secteurs mobilisés, notamment avec le début de mouvement chez les enseignants. Mettre dans la rue et s’adresser à certains secteurs du monde du travail, ceux qui jouissent encore de la possibilité de se mobiliser (comme, par exemple, le bastion des cheminots qui a fait preuve de sa force, malgré la défaite dû au plan de bataille désastreux des directions syndicales, au printemps dernier) pour qu’ensemble, avec les Gilets Jaunes, s’ouvre la perspective d’entraîner d’autres secteurs du monde du travail.

Poser les bases de la convergence et de la Grève Générale dès maintenant ! Revendiquons une augmentation générale des salaires, des pensions et des minimas sociaux !

C’est bel et bien cette tâche qui se pose devant nous aujourd’hui. Pour cela, il apparaît comme indispensable de faire émerger une série de revendications générales, embrassant et unifiant l’ensemble des revendications sectorielles du monde du travail et des Gilets Jaunes.

L’augmentation générale des salaires et des pensions, avec indexation sur l’inflation pour éviter que le « surplus gagné » se fasse bouffer en quelques mois comme en 68, apparaît ainsi comme une des revendications absolument centrales. Il s’agit aussi d’exiger l’abolition des impôts indirects, comme la TVA, au profit d’une taxation directe sur le capital des grandes entreprises et des multinationales. Pour enrayer et éradiquer le chômage tout en mettant un terme aux cadences infernales, il s’agit d’exiger la fin des contrats précaires, l’interdiction des licenciements et l’embauche massive, dans le privé comme dans le public, avec baisse drastique du temps de travail. De telles mesures revendicatives, si elle n’assure ni la victoire, ni la certitude de concrétiser l’émergence et la généralisation de la grève, posent les bases d’une possible contamination de « l’esprit révolutionnaire » des Gilets Jaunes aux entreprises. Un combat qui vaut la peine d’être mené.




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