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Grève à Geodis : « Une victoire pour vous, c’est une victoire pour tous les travailleurs ! »

Les salariés de Geodis à Gennevilliers entament leurs 3ème semaine de grève pour les salaires et la direction sous pression commence à lâcher des miettes. Pour gagner, les grévistes doivent tenir. C'est pourquoi l'ensemble des organisations syndicales et politiques doivent être solidaires et apporter un soutien financier à la caisse de grève.

mardi 1er novembre

Pour soutenir les grévistes de Geodis à Gennevilliers, donnez à la caisse de grève !

« Tant que la direction ne signe pas nos revendications, on continue » : détermination et combativité des grévistes

Après quinze jours de grève, et malgré les manœuvres de la direction pour casser la grève, la détermination restait intacte sur le piquet des Geodis ce lundi 31 octobre. Quelques minutes avant le lancement d’une assemblée générale, un gréviste nous confie : « s’il faut continuer jusqu’en 2023, on continuera jusqu’en 2023. » Le ton est donné.

« La direction propose 4% d’augmentation des salaires, et une possible nouvelle revalorisation en janvier si l’inflation dépasse les 7% » introduit Mouloud Sahraoui, délégué CGT Geodis Gennevilliers. En effet, alors que la direction du site refusait initialement de négocier, elle a reçu ce lundi une délégation de grévistes sous pression du mouvement de grève suivi à 80% par les salariés. « Il est aussi question d’une prime de 500 euros. Pour ce qui est de la rémunération des jours de grève, elle ne veut pas en entendre parler, sauf si on pose nos repos » conclue-t-il, ce qui provoque les hués des grévistes. En réaction et à l’unanimité, les travailleurs votent la reconduction jusqu’au lendemain.

Et pour cause, les propositions restent bien loin de ce que les salariés en grève revendiquent :150 euros d’augmentation des salaires pour toutes et tous, 100 euros de plus pour les salaires les plus bas, ainsi qu’une prime de fin d’année de 1000 euros. Alors que l’inflation atteint plus de 9% pour les produits de grande consommation selon l’Insee, la proposition de la direction résonne donc comme une nouvelle insulte. « Ils se sont octroyés jusqu’à 300.000 euros de prime, », dénonce un gréviste en référence aux primes touchées par des membres de la direction, avant de déclarer : « nous on a récolté que des problèmes de santé, des dos cassés et des salaires de misère. Tant qu’ils ne signent pas sur nos revendications on continue. »

Toutefois, ces propositions de la direction montrent que la grève et le rapport de force commence à inquiéter « en haut ». La preuve : « des cadres du service RH ont dû eux-mêmes déballer des palettes », explique un des grévistes participant à la délégation reçue pour les négociations. « Sauf que eux ils étaient cinq autour d’une palette, tandis que nous on est cinq pour un camion entier ! » lâche-t-il. Un prochain rendez-vous est prévu mercredi à 13 heures. En attendant, les grévistes ne flanchent pas. La plupart ont encore en tête, le souvenir, marqué au fer rouge, d’un précédent conflit social dans l’entreprise qui avait mené au licenciement de cinq des leurs. Cette fois promettent-ils : « on va gagner ! »

« La grève appartient aux grévistes ! »

« C’est une question de dignité pas seulement de salaires » nous explique un gréviste. Un autre commente « ici, c’est la lutte des classes en pire, c’est la lutte des classes plus le racisme ». Dans leur grande majorité issus de l’immigration, les travailleurs de Géodis s’affrontent à des conditions de travail inhumaines dans cette entreprise de logistique, filiale de la SNCF spécialisée dans le transport routier.

Réduction des effectifs, augmentations des cadences, flicage des travailleurs (même lorsqu’il s’agit d’aller aux toilettes, de prendre un café ou de fumer une cigarette), transports de cercueils et d’animaux morts sans mesures d’hygiène, etc. : la surexploitation est la norme. « Ces dernières années on vu notre travail augmenter par deux sans augmentation de salaires. On doit porter en 7h, 4000 à 5000 colis de 30 kilos. On a le dos cassés. Beaucoup de gens démissionnent, parce qu’ils sont détruits et en mauvaise santé. On risque notre vie en travaillant ici » résume un travailleur.

Alors depuis deux semaines, les travailleurs s’organisent. « On se rencontre, on discute », raconte un gréviste. « Ce combat on va le mener tous ensemble, si l’en d’entre nous lâche il pénalise tous les autres » avance un autre. Plusieurs assemblées générales sont organisées (selon les plages horaires et emplois du temps de chacun). « C’est comme cela que la grève appartient aux grévistes » nous dit un travailleur. Ces derniers jours, lui et ses collègues ont cherché à étendre le conflit et la solidarité. Après s’être adressés à leurs collègues d’autres dépôts franciliens, ils appelaient à un rassemblement de solidarité ce lundi.

« Une victoire des Geodis c’est une victoire pour l’ensemble des travailleurs » : comment élargir la solidarité et remplir la caisse de grève

Quelques minutes plus tôt, Rachel Keke, députée LFI et femme de chambre ex-gréviste -victorieuse- des Ibis Batignoles, avait lancé les prises de parole de solidarité. « Il faut être solidaires et s’organiser, car en face les patrons s’organisent. Ce que vous demandez, c’est rien par rapport à ce qu’ils gagnent. Ce n’est pas parce qu’on est immigrés qu’on a pas de droits ». « Que ce soient les retenus de salaires, les accidents de travail, les salaires de misère … c’est inacceptable quand on voit les profits que la direction se met dans les poches. On sera là avec vous jusqu’au bout pour vous soutenir » abonde James, étudiant, militant au Poing Levé et à Révolution Permanente.

Dans la soirée, plus de 100 soutiens viendront sur le piquet exprimer leur solidarité et assister à la projection des « Petites Mains Invisibles » : un film-documentaire sur la grève victorieuse de 84 agents de nettoyage de l’entreprise d’Onet pour le respect et la dignité. « Pour gagner la grève, c’est important de s’inspirer des victoires de nos frères et sœurs contre les patrons » introduit Anasse Kazib. Une discussion s’ensuit. Plusieurs grévistes prennent la parole.

Parmi eux Moussa, travailleur chez Geodis depuis 39 ans. « En 1985, on a gagné le 13ème mois. Cette fois on va aller leur arracher encore plus, parce que c’est notre dû. Parce que on vit dans la misère depuis trop longtemps ». Djibril, embauché depuis trois ans, renchérit : « J’ai beaucoup appris en regardant ce film. Si on veut gagner, il faut qu’on reste unis. Alors on va continuer à se battre tous ensemble, pour aller gagner notre argent ! »

Pour clore la soirée, vient le décompte de la caisse de grève. Cette soirée aura rapporté 1250 euros . Une première contribution qui en appelle d’autres. Travailleurs précaires, souvent issus de l’immigration, ils montrent l’exemple face au mépris de leur direction. Après deux semaines de grève, plus que jamais l’argent devient le nerf de la guerre. A ce titre, Adrien Cornet, raffineur et militant CGT Total Grandpuits, a apporté avec lui un chèque de 500 euros de la part de son syndicat. Il explique : « une victoire des travailleurs de Geodis, c’est une victoire pour tous les travailleurs. C’est un exemple de comment notre camp social doit se battre face à l’inflation et aux attaques des patrons. C’est pour cela que toutes les organisations syndicales et politiques doivent être solidaires de cette grève, en apportant un soutien financier à la caisse de grève ! »

Pour soutenir les grévistes de Geodis Gennevilliers, donnez à la caisse de grève !



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