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Grève à Neuhauser. Forces et faiblesses d’une lutte nationale, par Christian Porta, délégué syndical central de l’entreprise

Ce 27 octobre, les 5 sites de Neuhauser en grève ont décidé de reprendre le travail après avoir obtenu près de 1000 euros de primes. Si nous nous battions initialement pour des augmentations de salaires, cette grève comporte quelques leçons importantes pour l’avenir.

lundi 31 octobre

Ce 18 octobre à l’occasion des négociations annuelles obligatoires du groupe industriel Neuhauser où la direction proposait 0€ d’augmentation, la colère des salariés a explosé. D’abord déclenchée sur les sites de Maubeuge et Furst (Moselle), les plus importants du groupe, la grève s’est étendue rapidement : pour la première fois 6 sites sur les 11 du groupe se sont mis en mouvement avec des taux de grévistes à 100% sur la plupart des usines, impactant plus de 70% la production.

Le mépris du patron, nous le connaissons et il n’a pas de limite. Déjà l’année dernière nous, travailleurs et travailleuses de la deuxième ligne pendant le Covid, avons dû faire grève pour des augmentations de salaires alors même que c’est nous qui nourrissions la population pendant la crise !

Cette année encore, c’est avec un mépris affiché que la direction nous annonçait… 0€ d’augmentation ! Alors que c’est cette même direction qui, il y a quelques semaines, nous annonçait fièrement augmenter ses prix de 40%. Une augmentation du prix du pain et des viennoiseries que nous payons tous et toutes à la caisse des supermarchés. Dans le même temps nous apprenions l’augmentation de 500€ en moyenne par mois et l’obtention de prime allant de 10 000 euros à 50 0000 pour les plus hauts salaires de l’entreprise. C’en était trop pour beaucoup de salariés qui, parfois pour la première fois, ont décidé de sortir en grève partout dans le pays. Une telle grève dans le groupe, ça n’était jamais arrivé : des débrayages à chaque fin de poste dans chacun des 6 sites, avec des taux de grévistes impressionnants.

Aujourd’hui, on a réussi à arracher au patron des primes de presque 1000 euros. Ce ne sont certes pas les augmentations de salaires dont on a besoin urgemment pour faire face à la flambée des prix mais c’est plus que tout ce que proposait le patron lors de la première réunion de négociation, durant laquelle aucun chiffre n’était avancé. Avec les salariés du noyau dur de grévistes, une cinquantaine, nous avons décidé de réunir des assemblées générales dans chaque site pour que les grévistes décident de la poursuite ou non de la grève. Les retours de ces assemblées montraient un point noir majeur de notre lutte : il manquait une caisse de grève pour permettre à tous et toutes de tenir sur la durée un conflit qui aurait pu permettre de faire tomber primes et augmentations de salaires. C’est un précieux enseignement pour nos luttes futures : mettre au cœur une caisse de grève commune et gérée par les grévistes pour faire face à toute éventualité de conflits plus dur ou plus long.

Aujourd’hui, si l’obtention de cette prime confirme que la lutte paye, elle n’a pas calmé nos colères, notre envie et notre besoin de décrocher ces augmentations de salaires. En ligne de mire, la réunion qui va être organisée pour janvier, lorsque l’inflation, qui ne manquera pas de grimper aura continué de rogner sur nos salaires et que se mettra en place la clause de revoyure prévue dans l’accord de fin de conflit.

En réalité partout en France les grèves pour les salaires se multiplient, qu’il s’agisse de Geodis, d’entreprises de l’aéronautique ou des transports. Une chose est claire : plus personne ne veut accepter une mesure fixe qui sera rattrapée immédiatement par l’inflation. Ce que nous voulons, c’est une augmentation générale et pérenne de nos salaires dans un contexte où les profits explosent grâce au travail que nous fournissons.

C’est la raison pour laquelle cette expérience doit nous servir pour la suite dans une période où l’ensemble des travailleurs sont amenés à s’affronter au patronat dans un but commun.

En effet, durant la grève, nous avons réussi à développer des outils qui nous ont permis de nous coordonner, au delà des élus et des syndicalistes, en réunissant des grévistes, syndiqués ou non de tous les sites, afin d’échanger ensemble sur toutes les propositions faites par la direction. L’objectif était clair : laisser celles et ceux qui perdent du salaire décider de la suite de leur lutte.

Néanmoins, de mon point de vue, il aurait fallu trouver les moyens de continuer à défendre par la grève les revendications initiales : 400 euros d’augmentation pour tous et l’indexation des salaires sur l’inflation car ce sont les seules mesures qui permettent aux travailleurs de ne pas perdre du salaire. Malgré tout, l’obtention de ces primes démontre bien que c’est par la grève qu’il est possible de faire reculer une direction déterminée à ne rien lâcher.

Rien n’est perdu, tout est à faire ! Ces 7 jours de débrayage auront montré que c’est par la prise en main des outils d’auto-organisation par tous.tes les salarié.es, que l’on arrive à mener, même à une échelle nationale, des luttes qui peuvent aller plus loin que nos revendications par sites. Ce n’est que par ce biais que, d’ici janvier et la clause de revoyure, nous pouvons d’ores et déjà préparer la lutte collective pour de réelles augmentations de salaires. Ce n’est que par les liens de solidarité tissés entre nous que nous pourrons faire face ensemble aux attaques que nous préparent le patronat et le gouvernement main dans la main. Nous avons posé une première pierre pour les combats futurs, pour que nos colères et notre solidarité puissent réellement gagner !



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