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Grève pour les salaires

Grève à Roissy : indexer les salaires sur l’inflation, une revendication qui fait son chemin

Jeudi dernier, une première journée de grève a secoué l’aéroport Roissy Charles de Gaulle. Les salariés réclament 300€ d’augmentation sur le salaire de base. Mais pour certains grévistes, il faut aller plus loin, et lutter pour l’indexation des salaires sur l’inflation.

lundi 13 juin

Jeudi dernier, plusieurs milliers de salariés étaient en grève à Roissy Charles de Gaulle. Une mobilisation décidée début mai pour réclamer une augmentation du salaire de base de 300€, pour tous les travailleurs de l’aéroport. Pour beaucoup de salariés, une telle augmentation est devenue une question urgente étant donnée la baisse drastique du pouvoir d’achat des salariés. Si celle-ci est en partie due à l’inflation, cette perte du pouvoir d’achat s’ajoute aujourd’hui aux politiques de baisses de salaires menées ces dernières années à la faveur de la crise du Covid, durant lequel le patronat a imposé, dans certaines entreprises, des accords de performance collective particulièrement destructeurs.

L’entreprise Aéroport de Paris, principal donneur d’ordre sur l’aéroport, avec Air France, a ainsi réussi à imposer, l’an dernier, un accord de performance collective, appelé « Plan d’Adaptation des Contrats de Travail » (PACT), grâce à la signature de l’Unsa et de la CFE-CGC. Lors de la signature de l’accord, la direction avait promis que les salariés ne perdraient pas plus que «  5% en 2021 et 2022, puis pas plus de 4% en 2023  ». Un an plus, tard, force est de constater que même ces promesses n’ont pas été tenues. Chez beaucoup de salariés grévistes d’Aéroports de Paris (AdP), nous avons eu le même type de témoignage : des baisses de salaires qui vont de 12% pour certains, et jusqu’à 25% pour d’autres.

Pour Philippe, 28 ans d’ancienneté, « c’est un mois et demi de salaire sur l’année » qu’a perdu l’agent technique lors de la dernière année (soit 12,5%). Des pertes qui ne seraient même pas comblées par une augmentation de 300% sur le salaire net. Loïc, lui, contrôle la sécurité sur les pistes, et nous dit avoir perdu 25% de son salaire. Il faut dire que sur l’aéroport, une partie importante des revenus des salariés se fait grâce à des primes, lesquelles ont été au cœur du PACT qui en a supprimé beaucoup. «  On avait une prime kilométrique, nous confie Philippe ce qui représentait 200-220€ net par mois, ce n’est plus le cas. On nous a enlevé les primes de conduite, d’assiduité, etc. »

Face à l’inflation et ces baisses de salaires, une idée revient dans la bouche de plusieurs grévistes : l’indexation des salaires sur l’inflation. Pour Lionel, agent de sureté chez Samsic, cela devrait notamment concerner les indemnités kilométriques. Il nous confie devoir venir à son travail en bus, alors qu’il habite Meaux. Un très long trajet qu’il faisait auparavant en voiture, ce qu’il ne fait plus : « ce n’est plus rentable. Il faut une revalorisation salariale, que la prime kilométrique prenne en compte l’inflation » conclue-t-il. Un pompier d’aéroport de Paris va plus loin : indexer les augmentations de salaire sur le pouvoir d’achat.

Ces mesures proposées par les grévistes sont loin d’être de vagues formulations, comme tente de nous le faire croire le patronat. A l’heure où l’inflation dépasse les 5,2% sur un an en mai 2022, n’importe quelle augmentation de salaire se verrait rapidement être rattrapée par l’inflation. En d’autres termes, sans indexation des salaires sur l’inflation, toute augmentation de salaire, gagnée parfois très durement par des grèves, se verrait être un retour au point de départ. Cette issue n’est cependant pas une fatalité, et le mouvement de grève, qui va continuer avec une nouvelle de mobilisation depuis juillet, restera le seul moyen, pour les grévistes, de stopper la machine infernale de l’inflation qui les pousse, petit à petit, vers encore plus de pauvreté.



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