^

Notre classe

Grève des Toray

Grève à Toray pour 0 licenciement : rencontre avec Timothée, gréviste et délégué CGT

La grève des travailleurs de Toray est une bouffée de combativité dans ce contexte de réaction politique et d’offensive patronale. Face au plan de suppressions d’emploi de leur direction la réponse des salariés de Toray CFE est simple : 0 suppression d’emploi et grève illimité pour défendre les conditions de vie et de travail des salariés. Pour en savoir plus de cette grève exemplaire et en tirer des enseignements on a interviewé Timothée Esprit, délégué syndical CGT chez Toray CFE.

mercredi 18 novembre

Le 15 octobre, la direction du groupe Toray Carbon Fibers Europe (CFE) a présenté un plan de départs volontaires (PDV) accompagné d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) aux salariés des sites de Lacq et Abidos dans les Pyrénées Atlantiques. L’objectif du plan de départs consisterait à supprimer 29 emplois afin de passer de 412 salariés à 383 pour la fin mars 2021. Comme le souligne Timothée Esprit, « il faut traduire ça par faire plus de marchandises avec moins de monde ». Sans surprise, à l’image du reste du patronat de l’aéronautique la direction de Toray CFE (qui est un des premiers groupes mondiaux dans la production de fibre de carbone) se sert de l’argument des difficultés financières pour faire payer la crise aux salariés.

Les attaques de la direction ne sont cependant pas restées sans réponse.Depuis le 18 octobre où les salariés se sont mis en grève à l’appel de la CGT pour montrer leur détermination à refuser les suppressions d’emploi avant le CSE qui se tenait le lendemain, les travailleurs de Toray maintiennent le bras de fer contre le « plan de la honte » que cherche à imposer le groupe. Contre l’illusion, colportée par les directions syndicales et des élus politiques, des « PSE dignes », leur revendication est claire, ils réclament le retrait pur et simple du plan de licenciements. Pour y parvenir, depuis mercredi 4 novembre, le mouvement s’est durci et élargi à la majorité des salariés : l’usine de Lacq est à l’arrêt complet (une première depuis sa fondation en 2014) et pour celle d’Abidos une seule des cinq lignes fonctionne : « les gens quittent le lieu de travail et tiennent un piquet ou une assemblée. Après évidemment ça fait boule de neige ». « Depuis deux, trois ans on se rendait compte que l’effectif se réduisait, mais c’était pas encore une claque. Mais le 15 octobre, l’annonce de 29 licenciements […] a mis le feu aux poudres ». Le plan non seulement vise à laisser dans la rue 29 salariés mais aussi à augmenter une « charge de travail qui était déjà forte ».

De par leur combativité et leur intransigeance la grève des travailleurs de Toray CFE est un exemple qui vient rompre avec l’ambiance qui règne aujourd’hui notamment dans le secteur industriel. Comme le relevait Gaëtan Gracia, délégué CGT chez les Atelier Haute Garonne « il y a pas mal d’autres attaques, des suppressions d’emploi, mais la réponse […] reste dans la négociation. Beaucoup partent du principe qu’il n’est pas possible de gagner, qu’il n’est pas possible de lutter et ce qu’il nous reste est de négocier le moindre mal ». Cela évidemment s’explique en partie par ce que souligne Timothée : « la destruction massive d’emplois fait un effet d’aubaine au patronat. Chez nous ils disent « soit c’est 29, soit on ferme l’usine complètement » voilà la perspective qu’ils mettent devant les gens. Donc ça fait asseoir les gens, ça leur fait peur. Parce qu’on se dit « j’espère de ne pas être dans le wagon des 29 » ».

Mais un autre facteur déterminant, comme le rappelait Gaëtan Gracia, dans l’absence de réponse face aux attaques patronaux c’est la ligne conciliatrice des directions syndicales et la manque d’un plan de bataille regroupant les salariés au delà des frontières de son usine. En effet les méthodes de lutte sont liés aux objectifs, si face à l’offensive patronale, les directions syndicales et les élus politiques fixent l’objectif de négocier « le poids des chaines », la lutte passe au plan secondaire. Comme explique Timothée Esprit, « l’objectif qu’on se donne en tant que structure syndicale, va déterminer les moyens pour y parvenir. Si l’objectif aujourd’hui c’est la négociation, le chemin pour aller vers cette négociation c’est tout sauf la lutte. Pour négocier il suffit de s’assoir sur un fauteuil, autour d’une table et de discuter. La lutte elle est anecdotique. Elle n’est pas quelque chose de fondamental ».

Face à cette situation Timothée et Gaëtan reviennent sur l’importance de continuer à construire le Collectif des Salariés de l’Aéro pour regrouper les différentes entreprises, bâtir une solidarité de classe et lutter pour 0 suppressions d’emploi et 0 baisse de salaire. « On est en lutte de classes, les travailleurs ils doivent se battre contre les velléités du patronat. Le patronat il se réunit et il se coordonne. Par exemple, que ce soit Lindt ou Toray, la stratégie patronale est la même. Ils ont fait du stock avant l’annonce de leur plan de restructuration pour affaiblir le rapport de forces [...] si les patrons ils se réunissent pour travailler contre nous, il faut aussi qu’on se réunisse pour travailler contre eux ».

Le patronat se sert des attaques dans d’autres entreprises pour faire peur aux salariés, de la même manière une victoire dans le secteur pourrait commencer à changer la conscience et la dynamique qui domine actuellement dans l’industrie : « S’il y a des boites qui arrivent à avoir une victoire, nous on va se servir de l’exemple dans toutes les boites ». Gaëtan Gracia rappel cet aspect pour appeler largement à soutenir les salariés de Toray CFE et les aider à gagner notamment en participant à leur caisse de grève.

Pour encourager la lutte et casser le discours de la peur que le patronat et le gouvernement cherchent à imposer aux travailleurs, Timothée Esprit conclu l’interview avec ces mots : « moi ce que je dirai à tous les salariés qui vivent un PSE, c’est de se relever. […] Il faut montrer qu’on est là, et montrer qu’on est là ça veut dire se battre pour nos conditions de travail. C’est ça qui fait qu’on est ouvrier aujourd’hui, avoir la fierté d’être prolos et de ne pas se plier à toutes les injonctions patronales qui nous traitent, non comme des ouvriers, mais comme de la merde. […] C’est important de casser systématiquement le discours de la peur qui est organisé dans les boites. […] Il faut relever la tête et le faire collectivement. Quand il y a des groupes qui sont déterminés dans une boite, il faut porter la détermination aux collègues qui hésitent. La détermination il faut la partager. Comme on disait hier en assemblée générale : Il faut relever la tête. Dans une usine on est une famille, […] quand on touche à la famille il faut réagir collectivement »
Vous pouvez retrouver l’interview complète sur notre page Youtube




Mots-clés

Toray   /    Crise économique   /    Caisse de grève   /    Crise sociale   /    Grève   /    Licenciement(s)   /    Aéronautique   /    Notre classe