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Politique

Une grève inédite depuis 2007

Grève à la RATP : le premier wagon d’un « tous ensemble » contre la réforme des retraites ?

Ce vendredi, les travailleurs de la RATP débutent une grève pour défendre leur régime de retraite. Terrifié à l'idée qu'un secteur stratégique puisse être la locomotive d'un mouvement d'ensemble contre les retraites, l'exécutif a ajusté son discours dans le but de déminer le terrain.

jeudi 12 septembre

Tout faire pour déminer le terrain

A la veille de la grève massive des agents de la RATP, d’une ampleur inédite depuis plus de 10 ans, Edouard Philippe est longuement revenu sur la réforme des retraites. Une nouvelle occasion pour le premier ministre de montrer des signes d’ouverture, notamment en direction des régimes spéciaux. Pour les travailleurs concernés, « l’âge de départ sera progressivement remonté. Mais là encore la période de transition pourrait, si besoin, être plus longue que prévue. Cela va se négocier », a-t-il affirmé. Son objectif : tenter de déminer le terrain des régimes spéciaux qui pourrait bien s’embraser et donner des sueurs froides au gouvernement.

Le fond est clair : vers la fin des régimes spéciaux

Et pour cause, les contours de la réforme sur la question des régimes spéciaux sont bien définis : « la disparition des régimes spéciaux [...] qui, à quelques exceptions près, n’ont plus lieu d’être et qui auront encore moins de raisons d’exister dans 30 ou 40 ans », avait-il confirmé mercredi. Il précise que bien évidemment le corps des métiers régaliens, à savoir notamment les forces de répression qui ont maintenu « l’ordre » des classes dominantes à coups de mutilations, et de milliers de blessés et 2 morts, seront épargnés en partie, du moins en ce qui concerne les départs précoces à la retraite.

Les agents de la RATP, en grève contre la réforme des retraites

Si les articles de presse fustigeant à l’unisson ce qu’ils appellent d’avance une « journée noire » sont légion, le fond des revendications des agents de la RATP est rarement évoqué, si ce n’est pour le dénigrer.

Il est vrai qu’une mobilisation de cette ampleur à la RATP est inédite depuis 2007 ; cette année-là, ils défendaient déjà les régimes spéciaux de retraite.

Et le gouvernement revient aujourd’hui à la charge ; dans un contexte de renforcement des attaques néolibérales, les régimes spéciaux sont pris pour cible. Chez les agents de la RATP, cela s’incarne par la fin du calcul des pensions de retraite sur les 6 derniers mois ou encore par la suppression progressive des « tableaux spécifiques sur les mesures d’âge de départ des agents sous statut » : en clair, une liquidation de nombreux droits, acquis de haute lutte en contrepartie d’une vie professionnelle hachée, des horaires pénibles et des salaires bas, non sans effets sur la santé et l’espérance de vie des travailleurs.

Soutenons les grévistes et nos services publics !

C’est dans ce contexte que la RATP a lancé un plan anti-grève pour tenter de saper la mobilisation avant même son commencement.

Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, a annoncé qu’elle ne paierait pas la RATP si le service minimum n’était pas assuré demain, augmentant ainsi un peu plus la pression sur les grévistes. Elle déplore déjà « une prise d’otages » des franciliens, et en appelle à la « responsabilité des agents ». Rappelons que Valérie Pécresse défendait un peu moins les franciliens quand elle a augmenté le prix du pass Navigo en 2017…

Invité sur RMC, Marc Fesneau, ministre chargé des Relations avec le Parlement, s’est aussi fait porte-parole de la ligne du gouvernement Macron en dénonçant la grève : « On est un drôle de pays où on commence à se mettre en grève avant même d’avoir posé les termes du débat ». L’idée est claire : les grévistes n’ont pas de raison de faire grève, ils sont déraisonnables, ils ne veulent pas négocier…

Eh bien tant mieux ! On ne négocie pas une réforme qui liquide des acquis sociaux, on la combat ! Il faut inverser la rhétorique : au gouvernement, qui prétend qu’il faut faire « fusionner » les régimes de retraites, répondons qu’il faut les homogénéiser par le haut !

Pour un premier wagon pour un « tous ensemble » contre la réforme des retraites

Alors que le gouvernement est bien conscient que la question des régimes spéciaux peut s’embraser, il tente à tout prix de déminer le terrain de cette grève inédite à la RATP. En effet, dans le contexte où la moindre étincelle pourrait enflammer la colère toujours en suspension des Gilets jaunes, qui commence à déteindre sur certains secteurs du mouvement ouvrier comme les hospitaliers, une grève dure et reconductible d’un secteur stratégique comme la RATP pourrait être inflammable pour le gouvernement. Un mouvement de grève dure et reconductible pourrait être une locomotive pour un « tous ensemble » contre la réforme des retraites qui va toucher tous les travailleurs et les travailleuses.

Revendiquons notre soutien aux salariés de la RATP et mettons tout en œuvre pour faire de cette date de mobilisation une journée de convergence, impulsant un mouvement d’ensemble pour le retrait de la réforme des retraites.




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